‹ Lord ByronChapitre 68 sur 116 · CHAPITRE UUITIKME. j · texte numérisé non relu

CHAPITRE UUITIKME. j

route, maïs une plaine sauvage d'une immense étendue, buruéc par une soinbre foret.

« Le ciel était sombre, terne, grisâtre; comme nous iendious Tair, la brise gémissait autour de moi : j'aurais pu lui répondre par un soupir; mais nous fuyions avec une effrayante vitesse, et je ne pouvais soupirer ni prier, et des gouttes de sueur finoide tombaient comme la pluie sur la crinière hérissée du coursier; hennissant encore de rage et de crainte , il poursuivait sa course lointaine. Parfois , il me semblait qu'il allait ralentir sa

vitesse; mais non mou corps délicat et enchaîne

n'était rien à son puissant courroux , et n'agissait sur

« Bot a wild plain of far extent , « And bounded by a forest blarJt.

« The sky was dull, and dim, and gray, « And a low breeze crept moaning by — " « I could have answer'd with a sigh — « But fast we fled , away , away — a And I could neither sigh iiur [nay; « And my cold sweat-drops fell like rain « Upon the courser's bristling mane; a But , snorting still with rage and fear, (c He flew U[)on his far career <t At times I ahnost thought, indeed, « Ue must have slackened in his spttà; c But no— my bound and slender frame « Was nothing to his angry uii^t, « And merely like a spur became :

l86 LORD BTAOff.

luî que comme un aiguillon. Chaque mouvement que je &îsais pour dégager mes membres enflés augmentait sa ftireur et son effroi. J'essavai ma voix : elle

était Êiibie et ëtouilée, cependant il bondit comme sous le fouet, et tressaillant à chaque accent, il s'élança comme au bruit soudain de la trompette. Mes liens étaient trempés de sang, etc.»

Ils traversent un bois :

« Nous passions comme le vent à travers le feuillage : laissant derrière nous les arbrisseaux , les arbres et les loups. La nuit, je les entendais sur nos traces. Leur troupe nous poursuivait de ce pas allongé qui lasse la

haine persévérante du lévrier, et le feu du chasseur.

a Each motion wliich I m^de to free

oc My swoln limbs from their agony ,

(C Increased liis fury and atfright :

tt 1 tried uiy voice, — 'twas iaiut and low ,

a But yet he swerved as from a blow ;

« Andy starting to each accent, sprang

« As from a sudden trumpet's clang :

« Meantime my cordi were wet w ith j^on*

a We rustled through tlie h.avcs like wind, (c Left i>hrub6 , and trees, and wolves behind; « By night I heard them on the track , « Their troop came hard upon oar back, tf With their long gallop , which can tire (( The hound s deep hate, and huuler^ lire :

CHAPIXAE HUITIÈME. 187

£u quelque lieu que nous fuyions ils nous suivaient, et ne nouslaissaient point au lever du soleil : je Ic^ voyais , au point du jour, parcourirles détours sinueux des bois à travers lesquels nous venions de passer, et la nuit, j^entendais le bruit de leurs pieds rapides et fiirtife.»

£q vain JVIazeppa espérait-ii voir s affaiblir les forces de son coursier : impétueux comme le torrent ou ravalanclie qui descend des montagnes, rien n'arrêtait son e£Grayante ardeur. Bientôt le jeune homme succomba de froid, de &ini, de honte et de douleur.

« La terre se déroba sous moi, les cieux roulèrent à Ten tour, je crus tomber, mais je me trompais; car j étais toujours fortement attaché. Mon cœur faiblit, ma tète devint douloureuse, et se remplit de battemens pareils aux battemens du pouls, puis rien ne battit plus. Le ciel tournait comme une roue immense : je vis les

« Where'er wc flew they foQow'd on, « Nor left as with the momiiig son ;

« Behind I saw them , saircc a rood , ct At day-break wiudiiig through the wood, c Aod through the night had heard their feet c Their atealing, nittliog step repeat

« The earth gave way , the skies roU'd round ^ a 1 sccm'd to sink upon the ground; «Bat err (i« for I was fiutly boood.

c Hj heart tum'd sick, mj brain grew s6re , « And throbb'd awhile , then beat no more :

I 88 LOAD fiYUUN.

arbres vaciller comme autant d'hommes ivres : une

lueur passagère IVappa nus yeux, puis tout s'éteignit: celui qui meurt ne peut mourir plus que je ne mourus alors. Torturé par cette course hideuse, je sentais les ténèbres venir et passer. J'essayais de me sortir de cette transe; mais je ne pouvais ranimer mes sens presque éteints. J'éprouvais la nicine sensation qu'un malheureux naufragé en pleine mer, qui s attache à ime plan* che , et que les vagues soulèvent et engloutissent toui^à« tour, eu le poussant vers la plage déserte. Ma vie ondulante était comme ces lumières imaginaires qui passent devant nos yeux fermés dans l'ombre de minuit, quand la fièvre allume notre cerveau. »

<( The skies .s|mn like a mighty wheel ;

<& I saw the trees like druDkards reel,

ic And a slight flash sprang o'er my eyes,

<c Which saw no fitrther : he who dies

« (^n die no more lliati then 1 died.

a OVrtortured by that ghastly ride ,

« I felt the blackness come and go,

« And strove to wake ; bat could not make

« My senses climb up from below :

« I felt as on a plaiik at sea ,

<c When all the waves that dash o'er thee ,

a. At the same time upheave atad whelm ,

« And hurl thee towards a desart realm.

«c My nndnlating life was as

« The fancied Hghts that flitting pass

tt Our shat eyes in deep midnight, when

<c Fever begins upon the brain.

CHAPIXEE HUITIÈME. 1 89

Tout-à-coup ses pensées lui reviennent. La y\& ressaisit sa proie; son sang coule avec souffrance» des bruits étrangers retentissent à ses oreilles. Ses yeux se rouvrent quoique obscurcis et voilés. Ses sensations ne sont pas nettes.- Il ne peut les dé* finir. Cependant il croit sentir la fraîcheur des eaux y il croit entendre le bruit des vagues. Une lueur apparaît aussi dans le ciel parsemé d'étoiles. Ce n'est point un réve. Le cheval sauvage fend Tonde immense.

a Le courant impétueux de la brillante et large rivière roule et s*étend au loin : nous sommes au milieu , luttant pour atteindre la rive silencieuse et inconnue. Les eaux ont interrompu mon aflreuse agonie, et ont rendu à mes membres roidis une force passagère. Mou coursier oppose son large poitrail aux flots, et repousse les vagues, nous avançons! Nous atteignons enfin le

a The bright broad river's gushing tide

ce Sweeps , winding onward , far and wide ,

<K And we are balf-way , struggling o'er

« To yon unknown and «lent shore.

« The waters broke my hollow trance ,

<( And with a triiijxuary strcrij;tli

« My stifleu'd IuuIjs wwc t cbaptized.

« My eourser's broad breast proudly braves,

« And dashes off the ascending waves ,

« And onward we advance !

(c Wc reach the slippery shore at length ,

ige LOBD BTftOir.

glissant rivage, port peu desire; car en arrière tout était sombre et dësolé, et au-delà était la nuit et la

crainte

« La peau luisante, Teau dégouttant de sa crinitrc, les membres chancelans , le flanc enveloppé de fu* mée, le sauvage coursier gravit la pente rapide. Nous gagnons le sommet. Une plaine sans bornes s étend à travers les ombres de la nuit, et en avant, de tous oo* tés. Semblable aux précipices que nous voyons en rêve, die se déroule sans fin à ma vue. Çà et là, une tache blanchâtre, ou un petit point couvert d'une sombre verdure, s'éclairait en masse , à mesure que la lune

a A baven I but little prized ,

a For all behbd was dark and drear,

« And 9SI before was night and foar.

ft With glossj skin , and dripping mane ,

a. And reeling limbs , and reeking flank ,

<c The wild steed . s sitiewy nerves still strain

a Up the repelling bank.

« We gain the top : a boundless plain

« Spreads throngh the shadow of the night ,

« Anil onward , unw.ird , onward, secms

« Like precipices ui our dreams ,

« To stretch beyond the sight ;

« And here and there a speck of white ,

« Or scatter'd spot of dusky green,

« In masses broke into the light,

a As rose the moon upon my right.

« Bat nought distinctly seen

CHAPiTR£ mmkxE. 191

s élevait à ma droite. Mais rien, dans la vaste solitude, n'indiquait une chaumière. Aucune lumière ne brillait

au loin comme une étoile hospitalière. »

Les forces du chcTal sont aussi épuisées : chancelant, énervé, il écume de f;siiblesse. Un enfant Teut guidé. Mais Mazeppa ne peut rompre ses

liens.

« Le soleil se leva; les brouillards remontèrent vers

les cicux , et laissèrent voir le monde solitaire (jui s'étendait autour de nous. A quoi nous servait-il d avoir traversé les plaines , les forêts , es rivières ? les traces des hommes ou des animaux n'apparaissaient nulle part ^ûr ce sol sauvage et fertile. Point de signe de passage... , point de travaux. L'air même était muet : ni le chant aigu deTinsectc, ni la voix de loiseau matinal ne

a In the dim waste, ^voiild indicate « The omen of a cottage gate ; « No twinkling taper from alar « Stood like an hospitable star ;

a Up rose the sun ; the mists were currd

a Back from the solitary world

« Which lay around— behind — ^before :

« What booted it to traverse o*er

« Plain , forest , river? Man nor brute ,

tt ^'or duit of hoof, nor print of foot,

« Lay in the wild luxuriant soil ;

« No sign of travel — ^nonc of toil ;

« The very air was mute ;

iga LORD BTRON.

troubkit le repos des herbes et des buissons. Pantelant

comme si son cœur allait se briser , le cheval fatigué fit encore plusieurs wcrstes, tombant, puis se relevant, et toujours nous étions, ou nous sem^lions étre^ seuls. Ëiifin^au milieu de cette marche vacillante,il me sembla entendre un hennissement partir d'un petit bois de noirs sapins. Esl-ce le vent qui agite ces branches? non! non ! de la foret sort une troupe au galop. Je la vois venir ! Elle s'avance formant un nombreux escadron. J^essayai de crier , mes lèvres lurent muettes. Les coursiers accourent dans tout l'orgueil de leur force. Mais où sont les rênes pour les guider? Mille chevaux, et pas un seul cavalier! Leurs queues sont flottantes ,

a Aod uot ail iuscct's &hriU small horu , « Nor matiD bird's new voice was borne « From herb nor thicket. Many a werst,

c( Panting as if bis heart wotild bnrst ,

« The weary brute still staggcr'd on ; « And still wc w ere — or scem'dr^one :

« At length, while reeling on our way, « Methought I heard a courser neigh ,

(c From out yon l!ift of blackening firs.

« Is it the wiiul >vh()sc branches stirs?

« No, no ! from but the forest prance cc A trampling troop ; I see them come !

a In one vast squadron they advance !

« I strove to cry — my lips were dumb, tt The strrds rtish on in plunging pn(ic ; cc But where are they the reins to guide?

c A thousand horse— and none to ride !

CflA.FlTllE HUITIEME. IqS

kurs criuières volcut, leurs larges naseaux ([ue jamais te frein ne blessa aspirent l'aif avec force. Jamais le mors n'ensauglanta leurs bouches, jamais le fer nVuserra leurs pieds; 1 éperon ou le fouet u ont jamais touché leurs flancs. Mille chevaux sauvages et Hbnes comme les vagues qui se suivent sur la mer, s'a van* cent à notre rencontre, et la terre résonnait sous le bruit de leurs pas pressés. Cette vue redonna du nerf at^ pieds de mon coursier. Un moment cliancelant , il Revint agile. Un moment, il répondit par un faible hennissement, puis il tomba. Aux abois, les ^eux vitrés, les membres fiimans et immobiles, sa première

et sa dernière course est achevée! La troupe s'avança:

<L With flowing tail and flying mane ^

« Wide noftrils— never stretck'd by pain ,

« Months blnodkis to the bit or 'rein ,

« And feet dbt iron never shod,

« And flanks «nscarr'd by spnr or rod.

« A thousand horses , the wild , the ixee,

« Like waves that ibUow o'er the sea ,

« Came thickly thundering on ,

« As if our faint approach to meet ;

« The sight re-nerved uiy coursi i 's feet ,

« A moment, staggering, feebly fleet,

« A moment, with a laint low neigh,

c He answered, and then fell;

u With gaî>pî. and glazing eyes he lay ,

« And reeking limljs imjaoveable ,

« His first and last career is doue 1

< On came the tioop--»they saw him stoop,

,194 LOIKD BTROK.

die le vit tomber; elle me vit lié sur soa dos avec plus d'une sanglante courroie. Les sauvages coursiers s'aiv réteaty ils tressaillent, ils aspirent Tair, galoppent un moment çà et la , s'approchent, se retirent, tournent à l'entour, puis reculent en arrière par un élan soudain. A leur tête était un noir et superbe coursier, cpii semblait le patriarche de sa race; pas une tache blanche ne paraissait sur ses crins debènc. Ils hennissent... ils écument; ils s'éloignent, et fuient vers la forêt comme par instinct pour ^ter l'œil de l'homme.

« Le soleil se couchait, et j'étais tottjotm endiaîné

« They saw me strangely hound aloo^^

« His hack with many a bloody thong :

« They stop-Hhcy itari— they snuff die air /

€( GaUq> a moment here and ,

« Approach, retire, wheel romid and round,

a Tiien plunging hack with sudden hoimd^

« Headed hy one Idack mi|jhty steed,

« Who seemed the patriarch of his hrced ,

<c Without a single speck or hair

u Ot white upon his shaggy hide ;

« They snort — they foam — neigh— swerve aside ^

« And backward to the forest fly ,

« By instinct , from a homan eye.—

a The sun was smking — stiQ I lay

« Qiaiu'd to the chill and stiffening steed,

CHAP1T&£ HUITIÈME. IqS

à la froide carcasse : je croyais que noire poussière so mêlerait bientôt, et n ayant plus Fespoir (rêlre aflran* chi, j^appeiais la mort à mon aide. Je jetai un dernier regard vers Les cit ux ; eiitre moi et le suleil, je vis planer TimfMitient corbeau, qui pouvait à peine attendri que tous deux fussent morts pour commencer son re-* pas : il vola , et se posa, puis vola de nouveau, et cliaque fois pins près qu'auparavant, le voyais ses ailes pas* •er et repasser au travers du crépuscule. Lne fois, il descendit si près de moi, que j'aurais pu le frapper; mais je n'en avais plus la force. Enfin un léger mouvement de ma main, un peu de remuement dans le sable, le fiûble bruit que je tirai avec effort de mon go-

c I thottilit to mingle there oar day ; c And my dim eyes of dealb Ind need.

« No hope arose of being freed :

« I cast my last looks up the sky ,

« And ibere between me and the son

« I saw die eipecting raven fly,

« Who scarce would wait till both shoold die,

a Ere his repast begun ;

« He flew y and perched, then flew once more,

« And each time nearer than before ;

« I saw his wing through twilight flit,

tt And once so near me ]\e alit

« I could have smote , but lack'd the strength ;

« fiat the slight motion of my hand,

« And feeble scratching of the landy •

« The exerted throat's fiunt struggling noise ,

« Which scarcely could be cali'd a voice,

Jg6 LOAD BYRON.

sier ëpuisé, et qui pouvait à peine s\ippelér une voix, tout cela réuni IVpouvauta. Je ne sais plus ce qui m'advint; ma dernière vision ressemblait à une beUe étoile que fixaient au loin nies yeux appesantis et dont les rayons errans allaient et venaient. »

Mazeppa perd tout sentiment. Des soins empressés le rappellent à la vie, il se réveille daus la demeure d*un Cosaque. Du désert, il passe à un trône : ses libérateurs, le chobissent pour chef. Il use de son pouvoir pour se venger de son cruel ennemi dont il incendie le château.

L'art de raconter, d'analyser des sensations, ne peut être poussé plus loin que dans tout ce récit. Il s'éloigne aussi du genre habituel des compositions de lord Byrouy puisque au lieu detre intérieures les souffrances y sont toutes en dehors. Ici le poète s'est sorti de lui-même pour décrire aux yeux une nature visible et animée, et il n'est resté au-dessous de personne. H y a dans Mazeppa plus de puissance et autant de vie que dans les écrits de Walter*Scott.

«c Together scared itini off at length.— « I know no more — my latest draam

« Is soint^lhiiig ol a l«»velv star

« Which li\M my dull eyes Ixom afar,

a And went and came "with wandeiing beam,

CHAPITRJB UnSOVllàME.

Page 1