‹ Lord ByronChapitre 7 sur 116 · A MARIE · texte numérisé non relu

A MARIE

Lorsque , jeune montagnard , j'errais sur la sombre bruyère, gravissant les sommets escarpes du neigeux Morven (*),pour contempler le torrent qui grondait au-dessous , ou le brouillard de la tempête t^ui se rassemblait à mes pieds (*^), inbabile aux sciences , étranger à la crainte , et rude comme les rochers oii j'avais

"WliCD I rov'd, a yoang Highlander, o*er the dark heathy And clînib*d thy steep summit, ok! Morren of smiw To gaxe od the torrent , that thnnde/d beneath ,

Or tlic mist of the tempest that gatlicr'd below

Uniutor'd bj science , a stranger to fear.

And mde as the rocks, where my iniaDcy gfcw,

(*) Moruen , linite Bootagna du oomU d'Aberdeen. « Gomtl dt ocige » ett une expresnoB ^'oa leacoatic MNiTOitdaaui Ottiaii.

^**) Cda ncMiobUra pns eiunMpdiaaire aux pmoMMfl oot habité let pajt de rnootagnet; il b'mI pat nrt d'ajp«rccToir, en aiui^DMt k

VU le jour,inoa âme n'était remplie que d'un seul sentiment. Est-il besoin de vous dire, ù ma douce Marie ^ qu'elle était concentrée en vous ?

Ce ne pouvait être de l'amour , car je n'en connaissais pas même le nom. Quelle passion peut habiter dans le cœur d'un enfant ? Cependant j éprouve encore la même émotion que je ressentais près de vous dans ces solitudes montagneuses. Une image , une seule , était devant mes yeux. J'aimais ces régions glacées, je ne soupirais pas pour un plus beau séjour : j'avais peu de désirs , tous mes vœux étaient comblés, et mes pensées étaient pures ; car mon àme était eu vous.

No Ming, stve one, to my botom yna dfior.

Need I say, my sweet Mary, 'twas centred in you?

Yet it could not be love^ for I knew not the name;

Wbat passion ctn dwell in the heart of a child?

But, still, I percciye an emotion the same

As I felt, when a boy, on the crag-covered wild :

One image, alone, on ray bosom imprest,

1 lov'd my bleak regions, nor panted for new.

And few were my wants, for my wishes were blest,

And pore were my thoughts, for my aool was with you.

aoaoaiM da Ben « pi$ , du Bmi y Senrd, etc. » «dM soi et k wMt, des iiiiaaet qui le Ibndant en phuct amompa^iiëit souveat de lennent «id'tfdeiÉi, tendit ^ le speetnearcooteinple l'ee^iaas icHOUir ict

cnmRE accoHD« i5

Levé avec Taurore, n'ayaut pour guide que mou chiea, je bondissais de montagne en montagne; j'opposais mon sein nu aux vagues grossissantes de la Dee (*) à Theure du rellux, et j entendais au loin ie chant du montagnard. Le soir, étendu sur ma oouclie de bruyère, vous présidiez à tous mes rêves, o Marie, et mon ardente prière s'élevait jusqu'au ciel pour demander qu'il vous bénit.

l'ai laissé ma sombre patrie , et me^ visions se sont ({issipées ; ks montagnes se sont évanouies : Ma jeu-

I arose with the dcwn, with my dog as mj gnidey From moantain to moantain I boanded along ,

I breasted the billows of Dee's (*) rushing tide,

And heard^ at a distance, the Uighbnder s soDg :

At eve, on my heath-cover'd coach of repose.

No dreams, save of Mary, were spread to my view,

And warm to the skies my dévotions arose,

For the first of my prayers was a blessing uu you.

I left luy bleak home, and my visions are gone. The motmtains are vanish'd, my youth is no more;

(*) La Dee ctt une bdle rÎTÎire qui prend M loarce près de Sfir* Lo|de et se jjciu dans la a« à la MbiifiDe Aberdeoi.

l6 LORD BTAOV.

nesse n est plus. Lc dernier de ma race ^ il me faut languir seul : il n'est plus de bonheur que dans les jours qui sont passés. Ah ! les grandeurs , en élevant mon sort , l'ont rempli d'amertume; les scènes demon enfance me sont mille fois plus chères. Quoique mes espérances aient été déçues , cependant elles ne sont point oubliées. Quoique mon cœur soit iroid , il erre encore autour de vous.

Quand je vois quelque haute montagne élancer sa cime vers les cieux , je pense aux rocliers qui couronnent Colbleen(^). Quand je regarde le bleu humide d'un œil où se peint la tendresse , je pense aux yeux qui me fiiisaient chérir ces sauvages contrées*

As the last of my race, I must wither alone, And delight but in days I have witnessed before; Ah ! splendour has nis'd^ but emhttter^d my lot. More dear were the scenes which my infancy knew;

Though my hopes may have fail'd, yet they are not forgot, Tho' cold is my heart, still it lingers with you.

When I see some dark hill point its crest to the sky, I think of the rocks that o'crshadow Colbleeu {^'*); When I see the soft blue of a love-speaking eye, I think of those eyes that endeared the rode scene;

(*) OAh^etn est not montagne ^ ferme l'extrémiti dm haut§ê term ( Highlsnds ) » non loin de* rainei da chAicau de Dtê,

CHAPITRS SECOND. I7

Lorsque j'aperçois ces boucles flottantes et légères , dont la couleur me rappelle celles de Marie , je pense à ces longs anneaux d'or, à ces cbeveux si beaux dont j'étais idolâtre.

Cependant le jour viendra peut-être où je verrai s élever devant moi ces mêmes montagnes et leurs manteaux de neige. £Ues n'auront pas dhangë ; mais Marie sera-t-elle là pour me recevoir? Oh non! Adieu donc, adieu, collines où s'écoula mon heureuse en» fimce ; adieu , douces eaux de la Dee» La sauvage forêt n'abritera plus ma téte. Ah ! Marie ! est-il donc une patrie pour moi, où vous n'êtes pas! » (*)

Wbcoy hapljy lome light-wiving locks I behold, Tliat fidndj resembles my Mar/s in hne, 1 tUnk on the long flowing ringlets of gold , The lock^ that were sacred to beauty, and you. ^

Tec, the day may arrive, when die mountains, once moie. Shall rise to my sight, in their mantles of snow :

Bat, wliilc these soar above me, unchanged as before.

Will Mary be there to receive me? ah no!

Adieu! then , ye hills, where my childhood was bred.

Thou sweet flowing Dee, to thy waters adieu!

No home in die forest shall shelter my head,

Ah! Mary, what home could be mine, but with you? (^)

(*) Cette pièce da Yen ne fiit point partie de la tndntlioildw <BiaYm

éc lord Bjroo ; cDeiiPa pam que dant Vettai qui prfeède k titdnelioii.

l8 LORD BTROT.

L'éducation de lord Byron fut poétique comme sa vie. Aucune contrainte ne réprima l'élan de ses premières sensations. Ses idées se développaient au milieu d'une contrée pittoresque, et riche de traditions. Il aimait à recueillir les antiques lé* gendes de rÉcobse. Assis sous Tombrage des noirs sapins , il se faisait raconter les exploits des anciens chefs ; son âme s'enflammait k ces récits guerriers. Souvent l'étoile du soir apparaissait à rhorizon , avant qu'il eut pensé à regagner sa demeure. La vallée du Loch na Gar (*) était son séjour iavori ; il lui consacra ses premiei*s chants.

« Ombres des morts , s'écrie-t-il , n'ai-je pas enci tendu vos voix se mêler aux longs sifflemens de « la brise des nuits? C'est Tâme joyeuse du héros a qui, portée par les vents, passe au-dessus de sa a vallée natale.LesbrouilIardsserassemblentautour « du Loch na Gar, et l'hiver dans son char glacé « règne ausommet du mont. Là, mesaïeux sont ence veloppésde nuages ; ils babitentdans les tempêtes a du sombre Loch na Gar.

« O vous , nés sous ,une malheureuse étoile, quoi-

{*)9iZiaehin y gair, ou , connue on le prououce dan» Ta langue Eisc , «LochnaGar , t élHe pTèsdlttTercailId; un VApgcur inndcmc la cite « eoiniiiehpItitlHUItClliontagncdelaGraDde-firetagtic; cest asturt-metu « faae des plut ttdlliaMs et des plu» pittoresque» de nos AIpc» caléd»u ni«nnes. Soo aspect général est d'uuc teinte sombre , mai» sa clinc C8i u couronnée déneiges éternelles. Je passai près du Locii na (iar les prett niière» années de ma vie , et c'est le souvenir de ccrt hetireux. temps q'^i a m'a inspiré ces^lances. v (>ots de Loau Byrov. J

CH4PITXB fEGOHD. I9

« que braves » aucune vision prophétique ne vous « préditquele destinavaitsidjandonnévotre cause(*). « Destinés à mourir aux champs de Cullodeii , la « victoire ne couronna point votre chute de ses «t bruyans applaudissemens. Et cependant , heureux «encore dans votre hu prématurée, vous reposez « avec votre C&III dans les cavernes de Braemar « Les sauvages accords du pibroch (***) , unis au c chMit du barde, racontent vos exploits aux échos « du sombre I^ch na Gar. »

Son isolement et sa pauvreté , car sa mère n'avait conservé que très peu de bien, lui laissèrent son indépendance. Les lois de la société , ses amères critiques ne glacèrent pas les feux de son génie. Dans Marie, il avait une compagne de ses plaisirs. Sa mère veillait sur lui avec une tendre sollicitude, et son cœur se partageait entre les deux anges protecteurs de sa vie.

A neuf ans^ il entra dans une pension d'Aberdeen On le nommait alors Georges Byron

(•) L«ixl B>ron fait ici allusiou am Gordons , kfh aucôircs matcruris, dont plusicur» combattirent pour le malliciiri iii prince Charles , mieux connu sou* le nom du Préteudaut j cette brandie de sa fanûUe était alliée au\ SluarU.

(**) Nom d'une partie dea hautes terres de l'Ecoaie j il y a auaai un

château de Braemar.

(***)Le Pibroch n e^t point un instmmeut , mais bien un cliant guerrier des montagnard» écossais. Lord Byron les avnit coufondub ; erreur assex légère que la Revue d'Edimbourg relève avec ironie et amertume, ^ns sa critique dr.s premiers ouvrages de lordRjron*

f****) A l'école cniouMliaile iTAhcrdeen.

aO LORD BYAOM.

Gordon. II teiiait beaucoup à ce dernier nom , qui était celui de sa mère ; et lorsque par tiasard ou par malice il arrivait à ses camarades de le trans* poser, il se mettait en fureur, et regardait cela comme une insulte. Malgré sa Ëdblesse, il aimait les exercices viotens. Il montait bien à cheval, allait à la pèche, conduisait seul un bateau, et faisait un long trajet à la nage. 11 était aussi très brave. On raconte qu'un enfant, attaqué pour une cause injuste par un autre en£mt plus foit que lui, se réfugia chez madame Byron. Le jeune Gordon interposa son autorité, et dit qu il ne souffrirait pas qu'on maltraitât quelqu'un qui s'était mis sous sa protection. La querelle s'engagea entre lui et Vagresseur. Quoique moins robuste et moins grand , il porta les premiers coups. Le combat dura deux heures, et ne fut suspendu que parce que les deux champions étaient hors d'haleine.

11 travaillait peu, niais avec facilité. Une sensibiUté excessive le rendait irritable et susceptible. Cependant, son ressentiment s'exprimait plutôt par le mépris que par la colère. Il aimait les coutumes des Ueux où il était né, et se plaisait à raconter les légendes et les superstitions dont on l'avait entretenu. 11 y ajoutait la foi la plus vive. U était bon camarade et très dévoué. Il poussait même cette qualité fort loin. Un de ses compagnons, qui avait un petit cheval des îles Shetland, vint un jour lui proposer de &ire une promenade

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