CHAPITRE NEUVIÈME. :2o
pour le voyageur qu'an intérêt de circonstances : il la considéra sous un aspect général , et déplora surtout le sort des victimes tombées dans cette ter» rible lutte. Il quitta Séville pour Cadix , alors sé^ ' jour des vices et de la corruption : c*est là qu'il assiste à un combat de taureaux, décrit avec une \er\e admirable.
« Il contemplait la foule, et ne s*y mêlait pas;
non qu'il la vit avec la haine d'un inisauthrope : il eût voulu de grand cœur se joindre aux danses et aux chants; mais qui pourrait sourire en succombant
r>ous le poids de son sort ?»
Les vers adressés à Inez expriment avec force , ce désenchantement des biens de la vie. On s'étonne d'abord de trouver un sentiment si douloureux dans un cœur si jeune : mais qu on se rappelle que lord Byron encore enfimt , fut délaissé par son père; qu'il aima avec toute lu passion d'une àme ardente , une jeune fille qui ne partagea pgint so tendresse , et dont les circonstances le séparèrent; que ses premiers écrits , j)leins de nobles sentimens et d'élan vers les grandes choses , furent tournés en ridicule ; que le changement subit de sa fortune lui dévoila beau-
Still lie belield , nor mingled with tlie tkroog; Bat viewed them nM with misanthropic hale :
Fain >vniil(l he now li.ixc joined tlic dance, thesuDg; But wW may soiUc that sinks beneath his iale?
ao4 LOW BTaov.
coup de bassesses et de turpitudes : qu'on lui suppose , ce qu'il avait, uoe grande irritabilité , une sensibilité profonde, des passions violentes,, et Von concevra sa tristesse et son isolement. U ne pou* vait, comme le vulgaire, s'affliger à demi : tsnrtm lui prenait un caraclerc de grandeur et de durée. Il aurait voulu bien penser des hoinmeSy le sort en ordonna autrement , il ne lui offrit quo des exemples aifligeans d intérêt, d égui^me^ Le caractère le plus pur qu'il eut encore rencontré , tétait celui (le Marie, de miss Chaworllj, et dans tout ce qu'il lui adresse, il y a tant d'amour et de respect, qu'il semble la remercier de lui avoir fait connaître la vertu. Il la cherchait aussi avec ardeur dans les fastes de Tantiquitc. La Grèce était déjà sa patrie adojuive. Dès son adolescence, son cœur se tournait avec amour vers ses grands hommes. 11 le^ appelait àlm, il s'étonnait qu'ils eussent pu mourir:
« Reine (les joui^ antiques ! auguste AUièues , s'ëcrie-t-il , oii sont tes hommes puissans, tes grandes
;uues(*)?Ils ne sont plus ; niais ils brillent eneore ù
travers les rêves du passé. Les premiers, dans la. car*
Anricnt of days ! august Athena ! where, Where are Ûkj men of might? thy gnnd in soul? Gone — glimmering through the dream of things that were;
(*) r.V\prr5»inn ahî^îaiso , l.irn ImIIc rt It'u n plus fnif, ftignili*
littcraiement « U$ lionimes do piiusaocn , te» grands par l'iimc. »
CHAPITHB 'mroviàiiE. ao5
rière qui menait à la gloire , ils remporlèrent le prix et disparurent. »
Quelquefois il s'abandonne à des pensées amères
et coupables, il (lotte dans un océan d'incertitudes. L'espèce humaine lui fait peine et pitié; mais toute sa vie se ranime devant les ruines d'Athènes pillée par lord Elgin. U s'indigne contre cette pro&nation.
« Belle Grèce 1 glacé est le cœur qui peut te contempler sans éprouver ce qu'éprouvent les amans près de la poussière qu'ils ont aimée. Quel œil ne pleurerait en voyant tes murs mutilés, tes auteh «•(•roulés , emportés par les mains qui auraient dû protéger ces reliques qu'on ne te rendra plus. Maudite soit l'heure où, errant loin de leur ile, ib vinrent en*
First io the mee tliat led to Glory's goal^ 'i iicv won , and passed away. . . .
CmII is ihc heart , fair Greece ! lliat looks on Uwe,
h or feeb as lovers o'er tlic dust they loved ;
Hull is the eye tliat will uot weep to see
Tliy walls defaced , thy mouldering shrines removed
Bv British hands, which it had hcst hchoycd
To guard those rehc!» ne ci' to he restored.
Curst be the hour whcu £roiu their isle they rored^
ao6 LORD BYROir.
sanglanter de nouveau ton nudheureux seîn , et em*
porter tes dieux fris&onnans vers les climaU abhorrés du Nord! n
iVIais il revient à Cliilde Harold : il a quitté FEspagne, il vogue vers la Grèce. La marche du vaisseau, rintérieur, la discipline de l'équipage, tout est décrit avec une vérité pleine de vie. «U est nuit , c'est Theure des méditations, l'heure qui nous rappelle que nous avons aimé, quoique nous n'aimions plus (*); l'heure où l'âme oublie ses espérances et son orgueil, et plane, presque à son insu, sur les années passées. »
Harold glissait sur les em% silencieuses , tandis que rile de Calypso apparaissait dans lointain ; tt le redoutable mont de Leucade de tendre et triste mémoire. Enfin , les collines de la sauvage Albanie sortent peu-à-pçudu brouillard. Ali-Pacha régnait sur la Grèce, qu'il ensanglantait de ses crimes. La liberté n'avait plus de refuge que dans les gorges inaccessibles des montagnes , où elle partageait Tantre des bétes sauvages. Là s'assem-
And ooce again thj luipless bosom gored,
And snatched thy skrinkiogGcds to nordiem cUmc!> abhorred i
{'^) Tis night , when meditation bids us feel We once have loved though love is at end :
(**) The soul f«)rgct.s lier schemes of hope and pride , And flies unconscious o'er each backward year.
CUAi>ITR£ HEVyikME. .àO'].
bhient les Rlephtes fiairouches : là se perpétuait la race des hommes libres , gardiens du feu sacré. . Mais hélas ! ils étaient peunombreux, et les villeset les plaines étaient peuplées d'esclaves. Lord Byron .prit le silence de la douleur pour une lâche apa» Ûûe : il ne vit pas que les Grecs attendaient ; il les crut endormis d'un sommeil de mort, et il pleura sur eux : cependant , animé d'une sorte de pressentiment , il s'efforça de les réveiller.
« Belle Grèce ! s'écrie-t-il , triste débris des antiques
vertus! immortelle dans ta mort, et grande dans ta chute ! qui conduira maintenant au combat tes enfims dispersés ? qui détruira ton esclavage devenu une longue habitude ! Ils ne sont plus ceux de tes iils , qui , dévoués, sans espoir, à une mort volontaire, attendirent dans le somhre et sépulchral défilé des Thermopyles. Oh ! qui retrouvera cet antique courage ? Qui
Fair Greece ! sad relic of departed worth !
Inmortaly tlmugli no more; though fallen, great ! Who now shall lead ihy scattered children forth , And long accostomed bondage ancreate?
Wot such ihy sons who whilome did await , The ho}ieless warriors of a wiUiug doom.
In bleak ThennopjWs sepulchral strait —
ao8 LORD BTROV.
s'claaccra clos bords de IXurotas , pour te rappeler du tombeau? »
Partout se reproduit une profonde sympathie pour les maux de la Grèce; une vive indignation contre ses enfaiis avilis. Au milieu de leur misère ils s'abandonnent aiix délices de la joie. Us prennent part ans plaisirs de leurs maîtres.
« Quelle ville est plus riche en amusemens que toi , 6 Stamboul (*) ! Jadis capitale de Feinpire d'Orient , tu te réjouis, quoique des turbans prolkoeiit aujourd'hui le sanctuaire de Sainte-Sophie, et que la Grèce voie ses autels délaissés. (Hélas! ses douleurs vieuneut encore attrister mes chants! ) Jadis ses bardes étaient gais, car la foule était libre ; tous ressentaient la joie qu'ils sont forcés de feindre y et pourtantj ai rarement vu un plus beau spectacle que celui qui charmait mes
Oh ! who that gallant spirit shall resume ,
Letp from Enrôlas' banks, and caU tfa«e from the tomb?
And whose more rife with merriment than âiioe
0 SUiiiilioul ! ouce the empress of their reign ?
Though turbans now poUutc Sophia's shriuc ,
And Greece her very altars eyes b Tain i
( Alas ! her woes will still pervade my strain ! )
Gay were her minstrels once , fur free her throng , ^
All felt the commou juy they now must feigu,
(*) GoutUaliiiop!c.