‹ Lord ByronChapitre 90 sur 116 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

comme plongé en extase. Sa physionomie prenait «lors une expression rêveuse et tendre. 11 vécut <i\ibord fort retiré, entièrement livré à Tétude des langues orientales. Le père Aucher , moine du couvent de San Lazaro , lui donnait des leçons d'arménien et de grec moderne. De tout temps ce genre d'occupation lui a plu. Il aimait à étudier le génie de chaque peuple , dans le langage qui lui est propre , et à observer les mœurs d'une nation en se mettant en rapport avec elle. Lord Byron ne peignait rien qu'il ne Teùt vu ou senti : il donnait ses impressions telles qu'il les avait rerues.

Après avoir travaillé cinq ou six heures , il allait se promener à cheval au Lido {*) : ce genre d'exercice était nécessaire à sa santé ; c'était pour lui un besoin et un délassement. 11 avait choisi pour demeure une vieille abbaye , entourée de grands arbres, dont Taspect est sombre et raélan* colique. On a voulu voir dans tout cela un besoin de iaire effet et d'attirer l'attenlion publique ; mais lord Byron n'avait point de telles petitesses: il obéissait à ses goûts , qui étaient poétiques et peu compris de la foule. Plus il était naturel , plus on le j ugeait affecté^II aimait à se promener le soir en gondole: il disait que l'aspect de Venise ressemblait à un réve , et son histoire à un roman.

La misère de cette ville , jadis si puissante , at-

(*) relile ilc pivk de Viuuc.

2 JO LOUD DYRON.

tristait son âme ; les souvenirs de son ancienne

grandeur accompagnaient lord Byrou au milieu de ses ruines. «On peut dire de Venise, suivant l'expression de TÉcritare, qu'elle meurt tous les jours. Sa décadence est si générale et si apparente , qu elle est pénible même pour un étranger qui ne peut s accoutumer à la vue de toute une nation expirant sous ses yeux » ; et plus loin , il ajoute : « La vivacité , l'affabilité et Theureuse indifférence que donne le seul tempérament, et à laquelle aspire vainement la philosophie , n'ont point été ravies aux Vénitiens, malgré leurs malheurs.» En effet, ce peuple , sous l'empire des sensations plus que de la pensée , a conservé un amour désordonné du plaisir. Son ancien système de gouvernement , aussi odieux que celui de l'inquisition , employa la corruption des mœurs pour affermir sa puissance: la prétendue liberté de Venise n'était qu'une illusion. Riche , dépravée sous le joug de l'aristocratie la plus orgueilleuse , la république ne se soutenait que par Tatrocité de ses actes, et par le mystère odieux dont elle les enveloppait. De tout le passé , il ne reste à Venise que ses vices. Le séjour prolongé de lord Byron , dans cette ville , exerça sur son génie et sur son caractère une influence bien prononcée , et i|ui se développa plus tard dans ses œuvres. Cependant , il maudit le torrent qui l'entraînait ; il lutta même contre lui.

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