TRAITS DE GÉNÉROSITÉ. LE RÉVE
En quittant la Suisse , lord Byron visita le nord
(le ritalie , et s'arrêta à Milan , où se trouvaient alors plusieurs littérateurs italiens. 11 habitait cettç ville en 181G. Il allait souvent au spectacle, et fidsait de longues promenades à cheval. Les per* sonnes qui l'ont vu à cette époque , disent qu'il était sombre et mélancolique ; cependant il s'animait en parlant de ses sujets de conversation &voris , la littérature et la politique. 11 discutait toujours avec douceur et simplicité , attaquant plutôt les abus que les hommes (*). 11 exprimait , avec une grande clarté , ses idées larges et profondes. Lord Byron , si froissé par les individus , sympathisait avec les masses. Il s'intéressait à elles, et se passionnait quelquefois jusqu'aux larmes , sur les malheurs de l'iiunianité. Certains mots avaient le pouvoir d'éveiller en lui le plus vif en-
(*) Un homme de br.turoup il Vsprit , qui « conau lord Bjfrtm m M'iUn» t Incn voulu me donner de»dei.iils ti rs int«-rrtsans et tri* airieux mir con caractère et m cooTmation. { F uj^eik la note 34.)
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thousiasme. Un trait de vertu ou de courage lui causait une émotion profonde, pourvu qu'il fiut convaincu qu*il n'y entrait aucun désir de briller ou de £ûre effet. Ses impressions étaient très mobiles, et il obéissait toujours à l'impulsion du moment qui le portait souvent au bien. Jamais il ne vit un être souffrant sans chercher à le soulager. Connaissant la pauvreté d'un artiste dont le mérite était ignoré « il lui fit passer secrètement jusqu'à deux cents livres sterling à-la-fois ; et quand il croyait cette somme épuisée, il la renouvelait, en prenant toutes les précautions possibles pour n'être pas découvert : ce ne fut qu'à force de recherches et de persévérance que le protégé apprit quel était son bienfaiteur.
Lord Byron n'était ni avare , ni prodigue , comme on s'est plu à le dire : il veillait à ses intérêts , ne souffrait point qu'on le trompât , et se £aûsait rendre un compte exact de ses revenus, parce qu'il trouvait absurde et immoral de laisser un champ libre aux fripons ; mais , des qu'il s'offrait une occasion de dépenser noblement , il sacrifiait des sommes considérables , dans un but utile.
11 mettait aussi une grâce < extrême dans sa manière d'obliger. On sait qu'une jeune personne de beaucoup de talent se trouvant dans une situation très malheureuse , se présenta chez lui à Londres , pour le prier de souscrire à un volume de poésies qu'elle allait publier. Lord By-
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ron n'étàit pas marié alors ; et y comme s'il eût
deviné ce que cette démarche pouvait avoir de pénible et d'embarrassant pour celle qui la faisait , il mit tous ses soins à lui rendre du calme. Il lui parla de choses indifférentes , mais avec tant d'abandon et d'amabilité , qu'elle oublia le motif de sa visite. Tout eu causaut avec elle, lord Byron écrivit quelques mots sur un morceau de papier , et le lui mit dans la main, en disant que c'était sa souscription à l'ouvrage, li. ajouta : « Nous sommes tous deux jeunes , le monde est im impitoyable censeur ; et , si mon nom était en téte de la liste des souscripteurs, je craindrais que cela ne vous fit plus de tort que de bienl » La jeune personne prit congé de lui , et dans la rue elle ouvrit le papier qu'il lui avait remis : c'était une traite de cinquante guiuécs sur son banquier. .
A peu près vers le même temps, il remarqua, en sortant de chez lui , un jeune homme d'un aspect singulier , qui paraissait étranger , et qui tenait à la main un manuscrit roulé. C'était un jeune provincial qui , ayant été querellé par son père, pour une petite somme d'argent qu'il avait dépensée, était venu à Londres, et s'y trouvait sans amis et sans ressource. Il avait fait un mauvais petit poème dont aucun libraire ne voulait se charger; cependant, il y en avait un qui consentait à l'imprimer moyennant dix. Uvres
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Sterling, et qui s'engageait k partager les bénéfices avec l'auteur. Lortl Byron aborda le jeune homme, et fut bientôt au £sdt de son histoire. 11 l'amena chez lui : « Vous dites donc que vous avez eu une querelle avec votre père ? — Oui , réphqua l'étranger ^ en baissant la téte. — Et avec dix livres sterling vous pourriez avoir la chance de &ire imprimer votre poème et de partager les bénéfices ? — Oui , dit le jeune homme , en se redressant. — Combien vous faudrait - il d ardent pour vous réconcilier avec votre père? — Dix livres sterling aussi. — Eh bien ! reprit loi cl Byron : les voilà ; donnez-les à votre père , et qu'il publie le poème , si cela lui plait ; et en voici cinq autres pour vous aider à retourner plus vite chez vous.»
En se promenant dans la campagne , aux environs de Rome et de Milan , il visita plusieurs fois les demeures des paysans. Lorsqu'il y trouvait des malades , il les faisait transporter dans une maison plus propre et dans un meilleur air , leur envoyait son médecin , et allait les voir. 11 dota aussi un grand nombre de jeunes filles ; enfin , il répandit partout une foule de bienfaits , dont il n'a jamais parlé dans ses ouvrages, ni dans sa conversation, et qui étaient ignorés de ses plus intimesamis.
De Milan il se rendit à Venise : il y voyait peu ou point d'Anglais. La musique était pour lui une grande jouissance. Les sons d^une belle voix le faisaient rester des heures entières immobile et