MV
main le puissant ministre, dont le nom était connu jusqu'aux extrémités du monde, s'éteignait paisiblement.
La Grande-Bretagne reconnaissante s'empressa de décerner à lord Palmerston les honneurs de l'abbaye de Westminster ; c'est là qu'il repose à côté des grands hommes qui ont fondé et consolidé la puissance britannique. Mais il a des droits aussi à la gratitude des Belges :
comment donc sa glorieuse image ne figure-telle pas sur l'une de nos places publiques?... Serait-il vrai que les Belges, trop longtemps sous l'empire de préjugés funestes et de préventions absurdes, n'ont pas encore assez appris ce qu'ils doivent à l'Angleterre?
Sir H. Bulwer a dit de lord Palmerston qu'un de ses plus grands mérites fut de s'être en quelque sorte identifié avec l'esprit de son temps ; d'avoir marché avec ses contemporains, ne les devançant pas, mais ne restant pas non plus en arrière. Il s'éleva graduellement jusqu'au premier rang par un labeur persévérant, par une capacité réelle, jamais par l'intrigue (').
(') Lord Palmerston, qui ne resta jamais inférieur à aucune position officielle, savait remplir sa tâche avec une facilité et une force singulière. Voici ce que rapporte M. de Jarnac qui avait eu avec lui de longues relations : « - C'est
LORD PALMEKSTON.
Il était ambitieux sans doute, mais dépourvu de vanité; il représentait le pouvoir avec simplicité, parfois avec une sorte d'enjouement. Une des phrases favorites de lord Palmerston était celle-ci : « Attendons, voyons venir. » Il laissait venir, puis, avec une énergie extraordinaire, il poursuivait le but jusqu'à ce qu'il l'eût atteint. Ce grand homme d'État avait, comme on l'a dit encore, une force à lui. C'était le type de la nation anglaise, la personnification de la fierté
incontestablement le maître le plus accompli du langage diplomatique qu'il nous ait été donné de rencontrer, soit qu'il voulût semer les mille embûches que recouvre l'idiome international, soit qu'il s'agit de les mettre au jour. Il se faisait un jeu de rédiger lui-môme, séance tenante, au Foreign Office, ces pièces importantes qui sont habituellement livrées à l'élaboration professionnelle des bureaux. « Vous êtes à peu près infatigable, m'écriai-je un soir, témoin de la rapidité avec laquelle il avait accompli, par pur délassement, un de ces véritables exploits littéraires. — Ce que je fais me fatigue rarement, répliqua-t-il en souriant; c'est ce que je n'ai pas encore pu faire, » parole étrange qui témoigne de toute l'ardeur qui se combinait dans son tempérament avec une persévérance peu commune. — Quand il vit le terme de sa longue carrière approcher sensiblement, il dit à ceux qui l'entouraient : « Je crois être aujourd'hui l'homme politique de l'Europe qui a le plus travaillé. »
[.ORD PALMKRSTON.
britannique. 11 ne voyait rien au-dessus de la Grande-Bretagne, et s'attachait principalement à faire respecter, jusqu'aux extrémités du monde, le plus humble de ses concitoyens.
Aussi jouissait-il parmi ses compatriotes d'une popularité sans égale ; mais au dehors il était craint et même détesté. Par jalousie, par rancune, l'étranger lui attribuait tous les défauts, tous les travers, sans même lui accorder une qualité. Belges, ne nous associons pas à ces préventions. Lord Palmerston, grâce à « la fermeté du caractère, jointe à la clairvoyance de l'esprit et à la rectitude du jugement, » nous a, à travers des écueils sans nombre, dirigés habilement vers le port où nous avons trouvé enfin, après tant de vicissitudes, la sécurjtC^-te"bonheur.
oX»
EXTRAIT DU CATALOGUE DE LA LIBRAIRIE EUROPÉENNE DE C. IHUQUflROT, HENRY IÏIERZBACH, SUCCESSEUR (Bruxelles, Gand et Leipzig.)
LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE RELGE PAn Théodore Juste
Léopold I", roi des Belges, d'après des documents inédits: Première partie (1790-1852), 1 vol. in-8°.