‹ Lord Russell de Killowen à Québec [microforme]Chapitre 2 sur 13 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

À F.-X. Lemreux, Ecr., CR.

Bâtonnier,

Mon cher Bâtonnier,

J’ai eu la pensée de réunir en brochure les résolutions du Barreau et les discours qui ont été provoqués par le passage à Québec de Lord Russell de Killowen. Ce modeste travail est tout simplement destiné à perpétuer parmi les juges et nos confrères ie souvenir de ce grand événement.

Uomme, en votre qualité de Bâtonnier, vous avez pris une part très active dans la préparation de cette réceptior, j'espère que vous voudrez bien accepter la dédicace de cette brochure.

Croyez-moi avec considération, mon cher Bâtonnier,

Votre numble serviteur,

CHs. LANGELIER.

LORD RUSSELL DE KILLOWEN Forsan-et.hiec olim meminrisée juvabit.

L'Association du: Barreau américain avait convoqué pour ie 18 août dernier une réunion extraorditaire à Saratoga pour y discuter la question de l'arbitrage international. Lord Russell avait été invité à y prendre part, et, c’est ce qui nous a valu l'honneur de sa terra à Québec.

Avant de raconter l'accueil que ce grand citoyen a reçu chez nous, il est bon d’esquisser en peu de mots la carrière si britlante qu’il a déjà fournie.

Lord Russell de Killowen, bien mieux connu dans le monde entier sous le nom de Sir Charles Russell, est l’un des plus brillants avocats que l'Angleterre a produits, et, sans conteste, le plus grand de son époque. Il naquit à Newry en 1833,

es

fit ses études au collège de la Trinité, à Dublin, puis comn ença sa carrière professionnelle à Belfast. Ce n’est qu’en 1872 qu'il vint en Angleterre. Comme avocat, il fut sans rival dévaht les cours ; il excellait dans l’art de. ‘Éansquestionner les temoins, et, devant es jurés, surtout dans les causes désespérées : il était un orateur merveilleux. Il rempoita son triomphe le plus remarquable devant la Commission Parnell en 1889. C’esf'aussi dans la même année qu’il défendit la: femme Maybrick, accusée d’avoir empoisonné son mari.

En 1886. Charles Ruskéil fut fait chevalier et devint Sir Charles Russell: en 1893, il fut fait Grand’Croix de l'Ordre de St- Michel et de St-Georges, en reconnaissance des services qu’il avait rendus comme avocat de l'Angleterre dans l’arbitrage au sujet de la mer de Behring, tenu à Paris. Il fut élu pour la première fois en 1880, dans les intérêts du parti libéral, pour Dundalk.

De 1885 à 86, il occupa le poste élevé de Procureur-Général dans le cabinet Glad-

ie

stone, et en 1892, il fut de nouveau appelé a cette même position. Enfin, c’est en 1594 qu’il fut nommé juge en chef d’Angleterre pour remplir la-vacance créée par la mort de Lord Coieridge. Il lui fallut alors se choisir un ütre et il opta pour celui de Killowen, }# nom d’un modeste hameau irlandais où avait eu lieu le mariage du major Yelverton, qui lui avait confié sa première cause célèbre.

Il s’est surtout surpassé dans sa fameuse défense de Parnel} contre les accusations du Times. Ça été ià une véritable lutte de géants. Il a prononcé dans cette circonstance un discours comme jamais peutêtre on en avait entendu en Angleterre, et qui, à lui seul, était suffisant pour lui assurer l’immortalité dans les annales judiciaires. Aussi, Harold Frederic, le brillant correspondant du New - York Times, écrivait-il, sous l'inspiration du moment :

“Il n'y a pas un autre avocat capable d'approcher et encore moins de rivaliser

avec Sir Charles Russell, pour la manière lârge, élevée avec laquelle il à développé la réponse de l'Irlande à ses calomniateurs.”,..,. Sir ‘James Hannen, l’un des juges qui i présidaét — chose sans précédent au Barreau, Lie put s'empêcher de s’exclamer : “ C'eit: 1à un puissant effort digne d’ane grande-ause.” Et Sir Richard NI NORRES le Procurëtr - Géuéral, ajouta :

est absoïument Vrai,”

Voilà brièvement ce qu il à été comme avocat, Comme juge ‘il s'est déjà élevé au premier rang. Peu’ de temps avant de se rendre en Amérique, ‘ila présidé avec le Baron Pullock et le Juge Hawkins, au procès du Dr Jameson et de ses officiers, accusés d’avoir violé le droit international au Transvaal. Le procès dura en tout sept jours et l’adresse de Lord Russell aux jurés est considérée comme un chef-d'œuvre qui a excité l'admiration du monde entier.

Tel est le noble personnage que le Banc et le Barreau de Québec ont fêté au commencement de septembre.

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} mer

hd RÉUNION DU BARREAU.

Dès qu’il fut connu que Lord Russell | devait visiter Québec, M. F. X. Lemieux, C. R., le Bâtonnier du Barreau de Québec, se mit immédiatement en rapport avec le Juge en Chef, Sir L. N. Casault et les autres juges de notre district.

Le Barreau fut convoqué. Cette assemblée du Barreau a été remarquable. Audelà de cinquante avocats se sont réunis au Palais de Justice. On remarquait parmi les membres du Banc et du Barreau, le juge en chef Sir L. N. Casault, l'honorable juge Plamondon, l'honorable juge Irvine, les honorables D. À. Ross, L. P. Pelletier, Charles Langelier et MM. Dunbar, Pent- + land, Stuart, Drouin, H. A. Turcotte, Lan-

at glois, Lloyd, L. Stafford, J. E. Prince, A. Pouliot, L. O. Beaubien, R. Campbell, J.

Tessier, À. Turgeon, C. Deguise, J. A.

A Lane, À. Rivard, J, B. Robitaille, P. Joli- s cœur, Cantin, etc.

M. Lemieux a exposé le but de l’assemblée dans les termes que voici :

* MoNSIEUR LE JUGE EN CHEF, “ MES CONFRÈRES,

“Je suis heureux de vous voir réunis en aussi grand nombre. Il s’agit pour nous de recevoir l’homme le plus distingué de l’Empire Britannique au point de vue de la loi.

“ Lord Russell est l’un des jurisconsultes les plus éminents qui existent aujourd’hui.

Déjà, dans le passé, nous avons eu occasion de recevoir des personnages distingués ; nous avons reçu le duc de Kent, le père de la Reine actuelle, nous avons eu l’honneur d’avoir la visite du Prince de Galles, | un peu plus tard celle du Prince Arthur, et plus récemment nous avions l’honneur d'avoir comme gouverneur de ce pays le T marquis de Lorne, le gendre de Notre | Souveraine. Dans toutes ces circonstances, |

le peuple de ce pays a manifesté d’une manière non équivoque son respect pour ces illustres personnages. Mais c’est la première fois que nous avons l’honneur d’avoir au milieu de nous le juge en chef d'Angleterre, un homme qui a joué un | rôle proéminent comme avocat et qui,

depuis qu’il occupe les hautes fonctions de | juge en chef, a déjà réussi à s’illustrer dans la magistrature.

me

“.Je n’ai aucun doute que le Banc et le Barreau seront heureux de lui offrir une réception digne de la haute position qu’il occupe, et de ses hautes qualités personnelles.

Le

‘ En voyant ici à mes côtés des hommes

de la position du juge en chef sir L. N.

| Casault et de ses collègues M. le juge Pla-

mondon, M. le juge Irvine et un aussi

grand nombre d'avocats, j'ai la certitude

5 que la réception que nous voulons lui offrir sera très cordiale. ”

Sir L. N. Casault se leva immédiatement

et fit en termes très délicats l'éloge du

iugé en chef d'Angleterre. Il remercia.

M. Lemieux de l'avoir invité à prendre part à une fête aussi agréable et à se.

joindre au Barreau pour rendre un hommage si mérité à l’une des illustrations de.

la magistrature anglaise.

L’honorable juge Irvine, après avoir rendu hommage aux hautes qualités du

jugeen chef,fitobserver que non seulement.

c'était un honneur d'accueillir officiellement Lord Russell, mais que c'était presque un devoir. * Nous ne faisons, dit-il, que “ nous acquitter d’une dette de reconnais- “ sance à l’endroit de ce grand juriscon- ‘* sulte, car, s’il est un homme qui ait été “sympathique aux avocats qui ont eu “ l’occasion d’aller plaider devant le Con- “ seil Privé de Sa Majeste, ça été celui qui “a cette époque s'appelait Sir Charles “ Russell. J’ai été moi-même l’objet de “ sa large et généreuse hospitalité, et tous ‘ ceux qui, comme moi, ont eu l’occasion “ de le rencontrer, n’ont eu qu'à se féliciter:

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‘“ de la manière dont il nous a reçus à

* Londres.”

Cette réunion du Barreau restera mémorable dans ses annales. Voici le procèsverbal de cette assemblée :

* À une assemblée générale du Banc et du Barreau de Québec, tenue le 27 acût 1896, en vue d'organiser une réception à Lord Charles Russell, juge en chef d’An-

gleterre, lors de son prochain passage à

Québec, étaient présents :

“ Les honorables juges Sir L. N. Casault, M. A. Plamondon, Geo. Irvine;

“ M. le Bâtonnier F.-X. Lemieux, C.R,., J. Dunbar, C.R. C. A. Pentland, CR. HA.

Rai CR, Hon. D. A. Ross, CR.

. Robertson, Hon. Chas Langelier, R.

pe C.B. Langlois, CR, R.J. Bradley, L. N. Demers, C. Brodie, J. E. Fortin, P. J.

Jolicœur, À. Lachance, H, A. Turgeon, A.

Corriveau, D. McAvoy, L. 0. Beaubien, À. Rivard, J. Tessier, C. À. Gosselin, À.

Pouliot, J.H. Lloyd, J.A. Lane, A. Turgeon

Jos. Turcotte, J. E. Prince, A. Robitaille, F.-X. Drouin, C.R.

‘“ Proposé par Sir L. N. Casault, juge en chef de la Cour Supérieure, et l'honorable (eo. Irvine, secondé par l’honorable D. A.

Ross et l'honorable procureur-général L.- P. Pelletier:

‘“ Que le Banc et le Barreau de la section de Québec ont appris avec le plus vif plaisir, la visite prochaine à Québec de Lord Charles Russell, juge en chef d’Angleterre.

‘Que le Banc et le Barreau sont anxieux, à cette occasion, de présenter à Lord Russell leurs sentiments de profonde admiration pour la carrière brillante qu'il a remplie au Barreau et le rôle prédominant qu’il joue sur le Banc judiciaire.

“ Proposé par Ühs. Deguise, secondé par E. 0, Beaubien :

Que le comité de réception de Lord Russell soit composé de : l'honorable Sir Sir L. N. Casault, juge en chef de la Cour Supérieure, l’honorable juge Andrews, F.

X. Lemieux, C.R., Bâtonnier, l’honorable E. J. Flynn, l'honorable L. P. Pelletier, C.

A. Pentland, C.R., L. N. Belleau, C.R, S. N.

Parent, l'honorable Charles Langelier, J.

Tessier, À. H. Cook, Gus. G. Stuart, C.R.

À. Pouliot, et de tous les autres membres du Barreau que le comité voudra bien s’adjoindre. Et que le comité voit aux meilleurs moyens à adopter pour faire une digne réception au juge en chef d’Angleterre. Il a été question de faire faire une promenade à Lord Russell à bord du Druid autour de l'Ile d'Orléans, avec les membres de là magistrature et du Barreau de Québec, cette suggestion sortant du cadre ordinaire de réception a rencontré l’approbation générale.

* Proposé par Gus. Stuart, C.R., secondé:

par À. Pouliot, et résolu unanimement:

“ 1o Qu'en vue de resserrer les liens de fraternité qui doivent unir les membres de la magistrature et du Barreau de ce district, 1l est désirable que, chaque année, le jour de la rentrée des tribunaux, il soit.

D Qi dit une messe à laquelle assisteraient en costume Messieurs les ; Juges et les avocats, et que le soir, une séance solennelle ait lieu, et que quelques travaux juridiques feraient les frais de cette démonstration ; :

‘20 Que cette démonstration du être inaugurée cette année, le 10 septembre, etla messe pourrait être dite dans la chapelle du Séminaire de Québec et la séance tenue dans les salles de l’ Université Laval;

‘30 Que M. le Bâtonnier soit prié de s'entendre à ces fins avec les autorités de ces institutions.

“ Proposé par Jules Tl'essier, secondé par l'honorable Chs Langelier:

Qu'un comité composé de l’honorable juge en chef Sir L. N. Casault, le Bâtonnier F.-X. Lemieux, le Procureur- Général L, P.

Pelletier, MM. Gus. Stuart, A. Pouliot, À. Lane, L, O. Beaubien et le secrétaire soit chargé de s'entendre avec qui de droit pour voir à l’organisation de cette cérémonie.

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“ Proposé par Gus. Stuart, C RE, secondé par l'honorable Charles Langelier:

“ Que des remerciements soient votés à à

Sir LN. Casault, juge en chef ainsi qu'aux

honorables j juges Plamondon et Irvine.

“ Et la séance est levée.

“F.-X. Lemreux, | ‘“ Bâtonnier.

# N. N. OLLIVIER, “ Secrétaire.”

M. Lemieux remercie les juges qui avaient bien voulu honorer de leur présence cette assemblée et se joindre au Barreau pour äonner à Lord Russell une réception digne de ses hautes qualités.

Sir L N. Casault répondit que les remerciements de MM. les membres du Barreau le flattaient beaucoup, mais qu'il ne les méritait point. Bien que juge, je suis, dit-il, toujours resté attaché au Barreau et je serai toujours heureux de me joindre à lui quand il voudra bien, comme aujourd'hui, m’associer à ses fêtes. J’approuve

RÉCÉPTION À

de tout cœur tout ce qui de près ou de loin peut contribuer à rapprocher le Barreau du Banc et à resserter les tiens qui doivent les unir.

L’honorable su Plamondon, dont on connait la verve étincelante, prononça un petit bijou de discours. :

....Je suis, dit-il, de la campagne, mais j'aime toujours à venir à la ville de temps en temps. Ma bonne étoile a voulu que je me trouve à Québec au moment.où la fête que le Barreau prépare au grand magistr at anglais était ? à s'organiser.

“ J'ai vu deux choses qui m'ont été bien agréables: la première, c’est la réception à l’homme si distingué qui sera à Québec, dans quelques jours; la seconde, c'est le fait que le Barreau veut avoir une messe du St-Esprit à J'ouverture des tribunaux.

Personne n'a jamais douté que les avocats et les juges fussent de grands dévôts, mais, tout de même, © est une chose qui est un peu come les vieux meubles dont le vernis est un peu disparu. Il leur faut

LORD RUSSELL 19 quelques coups de pinceau pour leur donner le lustre des anciens jours. Soyés assurés que cette cérémonie aura un effet excellent.”

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