LA RÉCEPTION DU BARREAU
Le 7 septembre avait été fixé pour la réception officielle de Lord Russell. Cette journée devra certainement compter parmi
les plus agréables comme les plus glo-
rieuses du Barreau de Québec.
Il avait, en effet, l'honneur insigne d’offrir une réception officielle à Lord Russell, juge en chef d'Angleterre. Sans doute, la haute position judiciaire qu’occupe Lord Russell était, à elle seule, suffisante pour que le Barreau fut justement orgueilleux de l’honorer; mais, en dehors du magistrat distingué, il ne faut pas oublier le grand orateur et la plus brillante étoile du Barreau angiais, qui compte pourtant
ennemie etant
parmi ses membres tant d'hommes distingués. Aussi, tout le monde s'était-il donné cordialement la main pour fêter ce grand citoyen.
La magistrature présidée par son vénérable Doyen, Sir L. N. Casault, s'était jointe au mouvement pour prouver à Lord Russell que si les avocats acclamaiïent en sa personne un illustre confrère, les juges reconnaissaient en lui l’un des plus grands magistrats de notre époque.
Il arrive assez souvent, que disons-nous ?
très souvent, que les avocats ne s'entendent poiat entre eux lorsqn’il s’agit des intérêts de leurs clients; cela se comprend. Fort souvent même, ils diffèrent d'opinion avec les juges qui repoussent leurs prétentions.
Or, tout cela avait disparu: juges et avocats formaient une famille parfaitement heureuse es offraient le spectacle de la plus cordiale confraternité.
Franchement, il faut que lord Russell soit un juge hors pair pour avoir réussi à mettre d'accord tout ce monde judiciaire!
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Le Barreau est sans conteste le corps le plus calomniéde la terre; on le représente sous toutes espèces de fausses couleurs.
Ainsi, par exemple, on vous dira que le ciel ne s'occupe guère de ses prières parce que dans le Paradis, il n’a pour tout représentant que St-Yves, an avocat, qui, dans son temps, défendait ses clients pour rien, tout comme le Bâtonnier actuel, M. F.-X.
Lemieux. Erreur que tout cela. Il faisait dimanche un temps déplorable: le ciel semblait avoir ouvert ses inépuisables cataractes. La pluie tombait à flots et rien ne laissait prévoir qu’elle cesserait avant le grand cataclysme dont nous étions menacés.
Mais, la pluie avait compté sans M.
Lemieux, qui possède des ressources inépuisables. Voici que lundi matin, le scieil se lève brillant et radieux et nous convie presque à bord du vapeur Druid que le gouvernement fédéral avait gracieusement mis à la disposition du Barreau, pour la réception offerte par celui-ci à Lord Russell.
À 104 heures le Druid, pavoisé pour les grandes occasions, quittait le quai ayant à son bord Lord Russell, l’hôte distingué du Banc et du Barreau de Québec, Lady Russell accompagnés de sir Francis Lockwood, Lady Lockwood, de M. Crackarthorpe, Miles Lockwood et Russell ainsi que de MM. Fox et Chs. Russell. Tous les juges présents à Québec étaient de la partie; nous avons remarqué Sir L. N.
Cassault, juge en chef de la Cour Supérieure, les honorables juges Blanchet, Andrews, Pelletier, Chauveau et M. le Recorder Déry.
Les avocats y étaient presque sous : les pauvres m&lheureux qui ont voulu plaider lundi ont dû être sérieusement désappointés.
On remarquait parmi les invités l’honorable J, W. Longley, procureur-général de la Nouvelle-Ecosse et quelques membres distingués du Barreau américain, de passage à Québec, entre autres l’honorable juge Hamilton, de Milwaukee, et Mme
Hamilton, M, Scott, avocat de Philadelphie, et Mme Scott, ainsi que M. Spence, le fils de notre estimable consul américain à Québec. . :
Aussitôt après le départ du bateau, M F. X. Lemieux, le Bâtonnier, présenta à Lord Russell tous les avocats qui étaient venus en si grand nombre prendre part à ette fête de la docte profession. |
Le Druid continuait toujours sa. course et les visiteurs distingués qu’il portait ont pu admirer le paysage unique qui se déroulait sous leurs regards enchantés. La côte de Beaupré était superbe, éclairée par ci par là par de brillants rayons de soleil qui perçaient les nuages et inondaïent de flots de lumière certaines parties des Laurentides, comme pour compléter la beauté du tableau.
À midi, nous arrivons à Sainte-Anne La population se presse le long du parcours pour entrevoir les personnages distingués qui se dirigent vers la somptueuse Basilique des Pères Rédemptoristes. Sur
les marches de l’église les Révérends Pères reçoivent le juge en chef d’Angleterre et sa suite. 1ls lui sont présentés par Sir L. N. Casault et M. Lemieux.
Des sièges avaient été préparés pour eux dans le sanctuaire même de l’église, en face des reliques de la grande thaumaturge.
Quel beau spectacle c'était de voir ce grand magistrat, Lord Russell et sa famille prosternés avec une humilité touchante devant l’autel élevé à la mère de la Vierge qui fut la mère du Christ !
L’orgue fit résonner les échos de la Basilique de Sainte-Anne et un chœur d’avocats chanta deux ou trois cantiques. Les visiteurs distingués furent ensuite invités à admirer le riche Trésor de l’église et les précieuses reliques de la Sainte, Lord Russell voulut tout voir : il visita la Scala Sancta et la vieille chapelle témoin de tant de miracles dans le passé.
Il était tout près de deux heures lorsque l’on retourna à bord : les appétits étaient
admirablement aiguisés. Heureusement qu'ils trouvèrent tout ce qu’il fallait pour les apaiser.
Des tables somptueuses avaient été dressées sur le pont du navire, pendant que les visiteurs étaient allés à terre. Les plats les plus recherchés couvraient ces tables et invitaient par leur élégance et leur délicatesse les convives à s’y asseoir
Sir L. N. Casault présidait avec M.
Lemieux à la table d'honneur. Ils avaient à leur côté Lord et Lady Russell, Sir Francis et Mme Lockwood, M. Crackanthrope, M. Chs. Russell, Mile Russell, Mile Lockwood, Mile Lemieux, l'honorable juge Blanchet, etc.
Voici le menu de ce lunch :
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