JALOUSIE DE M. LE DUC ET DE DE PRIE
plus assidue aux dames qui passaient pour gou- ■verner ce prince. Il craignait de déplaire à son vénérable ami en se mêlant à leurs cabales. Les dépêches de l’ambassadeur prouvent d’ailleurs abondamment la prépondérance queM. de Fréjus avait su gagner près du roi dès cette époque : « Le duc de Bourbon, dit-il dans l’une d’elles, se donne toutes les peines du monde pour conquérir la confiance du jeune monarque; mais M. de Fréjus est toujours là, lui barrant le chemin : quand son Altesse a trouvé enfin une oecasion favorable pour entretenir Sa Majesté, dès qu’il commence à parler d’affaires, l’enfant royal s’empresse de couper court à la conversation par des bagatelles ou de simples cancans, jusqu’à ce que son précepteur, qu’il ne manque jamais de faire avertir, ait le temps d’arriver dans son cabinet. M. le Duc en est toujours profondément blessé, mais il ne sait comment s’y prendre pour se débarrasser du prélat, car s’il ne réussissait pas à obtenir sa disgrâce, ce serait certainement le signal de la sienne »
!. Walpole à lord Townshend, !3 janvier 1726.
CONTRE M. DE FRÉJUS
Peu de temps après la conclusion du traité de Hanovre, il survint à Versailles un incident qui prouva une fois de plus la sagacité de Walpole : nous allons le laisser en rendre compte luimême à lord Townshend.
«c Mardi dernier, 18 de ce mois, jour où les ambassadeurs étrangers se rendent à Versailles pour faire leur cour à Leurs Majestés très-chrétiennes et se présenter à l’audience des ministres, M. de Fréjus, bien qu’il eût invité du monde à dîner, et malgré une véritable tourmente de vent et de pluie, partit de bonne heure pour sa maison d’Issy, près Meudon , à une heure de distance de Versailles. Il s’était contenté de faire dire chez lui qu’il ne reviendrait pas de la soirée. Ce départ subit, joint à d’autres circonstances observées par les courtisans la veille au soir, celle-ci entre autres que Leurs Majestés étaient restées enfermées longtemps avec M. le Duc dans le cabinet de la reine, tout cela avait fait courir le bruit que M. de Fréjus se retirait entièrement des affaires. Mais lorsqu’on le vit revenir à Versailles le lendemain matin de bonne heure et as-