‹ Lord Walpole à la cour de FranceChapitre 144 sur 271 · SUR M. DE FRÉJUS · texte numérisé non relu

SUR M. DE FRÉJUS

un mot de vrai dans toutes les calomnies répandues sur son compte. M. le Duc, dans une audience qu’il donna à M. Robinson , l’assura de son côté qu’il regardait la lettre en question comme un pur artifice de Ripperda et déclina toute idée de réconciliation avec l’Espagne, sans un accord complet avec l’Angleterre. R prit aussi fortement le parti de M. de Fréjus, en déclarant qu’ils marchaient tous deux dans la môme voie et d’après les mômes principes ; puis portant la main à son cou, il s’écria : « Je réponds sur ma tôte de la loyauté de M. de Fréjus. »

A peine arrivé à Paris, Walpole obtint aussi les explications les plus satisfaisantes de M. de Morville, qui rejeta toute la faute sur Ripperda et sur l’abbé de Montgon, aussi bien que sur la crédulité de MM. de Sartine et Stalpart, agents français en Espagne. Heureusement pour tout le monde, ce fut fort peu de temps après que survint la nouvelle de la chute de Ripperda; cet homme, que le roi Philippe avait comblé de faveurs à son retour de Vienne, ne tarda pas à encourir sa disgrâce par sa mauvaise con-

198 CHUTE DE RIPPERDA.

duite et ses malversations de tous genres. Pris tout à coup d’une terreur panique, il avait alors abandonné son ministère pour se réfugier dans la maison de M. Stanhope, ambassadeur d’Angleterre, à qui il ne s’était pas fait scrupule de divulguer tous les secrets des négociations de l’Espagne avec l’Empereur. Les premières informations sur cet étrange événement vinrent par une lettre datée du 18 mai 1726 et adressée, par le comte de Kœnigsegg, ambassadeur de Charles VI à Madrid, à M. de Fonseca, qui remplissait les mêmes fonctions à Paris.

Walpole en apprit quelque chose le 31 mai par le ministre de Bavière^ et tous les faits lui furent confirmés le 3 juin par MM. de Morville et de Fleury, à qui Fonseca les avait communiqués.

Ce diplomate avait exprimé en même temps tous ses regrets de ce qui s’était passé, espérant, ditil, que la France ne jetterait pas d’huile sur le feu, et il chercha à excuser l’Empereur d’avoir négocié avec un misérable tel que ce Ripperda.

Le cabinet français applaudit hautement à la prudence et à l’habileté de M, Stanhope, et parut

CHUTE DE RIPPERDA. 199

charmé de pouvoir pénétrer complètement les secrets du traité de Vienne; il se trouvait peutêtre assez embarrassé sur la question do savoir si Philippe V avait ou non violé le droit des gens en enlevant Ripperda de la maison de l’ambassadeur d’Angleterre, mais il pressa Walpole de s’efforcer d’apaiser le ressentiment probable du roi son maître; enfin, il mit tout en œuvre pour empêcher une rupture complète de George I" avec l’Espagne.

Le 9 juin, arriva à Paris une dépêche de M. Stanhope, dont le retard avait été occasionné par l’arrestation de son courrier à Vittoria, et le lendemain Walpole la communiqua à M. de Fréjus à Versailles. Stanhope s’y plaignait amèrement des procédés de la cour d’Espagne, qui n’avait pas craint d’envahir sa maison et d’user de la force pour en arracher Ripperda; il réclamait sur ce fait une éclatante réparation. L’entrevue que Walpole eut ce jour-là avec M. de Fréjus fut courte et souvent interrompue; mais l’ambassadeur ne laissa pas d’être frappé d’une réflexion qui avait échappé au prélat dans la

200 ClIUTE DE RIPPERDA,

chaleur de la conversation, « Le règne des prc- « miers ministres, avait-il dit, ne peut jamais H durer longtemps. » C’était une prophétie dont l’accomplissement ne devait pas se faire attendre.

Page 1