DE CE PRÉLAT
encore plus sensible l’estime que lui accordait Sa Majesté, je lui ai raconté, qu’étant en Angleterre, j’avais eu l’honneur d’être présenté au roi actuel et que ce prince, en s’informant des affaires de France, avait bien voulu faire porter toutes ses questions sur ce qui était personnel au cardinal. 11 s’était surtout montré inquiet de la santé de Son Éminence, qui était alors aux eaux. « Le roi a-t-il eu vraiment cette bonté? « s’écria le cardinal, est-il possible qu’il ait su « que je prenais les eaux? »
« Pardonnez-moi, Milord, d’entrer dans tous ces détails de conversation ; ce sont des bagatelles, mais telles qu’elles sont, vous y verrez peut-être à quel point le cardinal a été heureux et flatté des bontés présentes et passées du Roi pour lui. »
Si la vanité de Fleury avait été vivement touchée du souvenir obligeant de George II, son cœur ne le fut pas moins d’une attention délicate de Walpole. Ce dernier n’attendit par son retour à Paris pour remercier le cardinal du bon conseil qu’il lui avait donné et lui faire part de
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l’heureux résultat qu’il avait obtenu de son voyage : il lui écrivait de Londres le 3 juillet :
« Monsieur,
« Votre Éminence aura déjà reçeu, par k lettre que le roi lui écrivit mardi dernier et qui fut envoyée par un exprès, les assurances de l’intention fixe de S. M. de maintenir l’amitié et la bonne correspondance qui subsiste entre elle et S. M. T. G. et de poursuivre le système et les mesures qu’on avait prises du temps du feu Roi. J’aurais eu l’honneur de vous écrire. Monsieur, en même temps, si je n’avais cru être à Paris presqu’aussitôt que le courrier ; mais ayant depuis eu une audience de S. M., elle a eu la bonté de me témoigner que comme l’ouvei'ture est si prochaine de la séance du Parlement, où. on doit délibérer de certaines affaires importantes à régler dans ce commencement du règne-, qui regardent principalement la continuation des revenus pour le soutien du gouvernement civil
1. Il s’agi^^ait d’une augmentation d« la lista civile et du douaire de la reine Caroline.
Aü CARDIÎfAL. '
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il serait à propos que je diffère mon départ, à moins que quelque occasion pressante ne me rappelle à Paris ; je n’ay pas voulu différer plus longtemps de dire à Votre Éminence qu’il ne ee peut rien de plus gracieux que la réception que j’ai eue du roi mon maître, ni de plus fcu't qne ce qu’il eut la bonté de me déclarer de sa ferme résolution de maintenir l’union intime entre les deux couronnes, et il est impossible de rien ajouter aux fortes expressions dont S. HL se servist pour marquer son estime pour vous et sa grande confiance en la vertu et l’intégrité de Votre Éminence. C’est, Monsieur, ce que je prends la liberté de vous assurer, non-seulement par ordre exprès du roy, mais sur le pied de la franchise et de la sincérité avec laquelle j’ai toujours agi avec vous, et Votre Éminence peut estre entièrement persuadée q ue tout ira ici, soit pour l’intérieur du royaume, soit pour les affaires étrangères, de la manière que vous auriés pu le souhaiter L a
i. Walpole papers.
300 fL REVIENT A PARIS.
Le 4 juillet, sir Robert Walpole fut maintenu officiellement dans son poste de premier lord de la trésorerie, lord Townshend et le duc de Newcastle dans ceux de secrétaires d’État, et Horace Walpole reçut ses nouvelles lettres de créance, en qualité d’ambassadeur à Paris. La session du parlement dura peu ; les deux chambres s’entendirent pour appuyer le Roi dans tous ses engagements avec l’étranger et la liste civile fut votée à 1 ’unanimité, moins la seule voix de Schuppen ^ Walpole partit le 18 pour Paris et le 22 il était reçu par le cardinal, avec un redoublement déconsidération et d’amitié. Ce n’était plus deux hommes d’Ëtat discutant les affaires ensemble, c’était plutôt deux amis, réunissant tous leurs efforts pour maintenir la paix du monde, qui, malgré les résultats obtenus par la diplomatie, restait encore, pour ainsi dire, suspendue à un fil.
Philippe V, comptant toujours sur les troubles qu’un changement de règne pouvait faire éclater en Angleterre, continuait à se leurrer