AU CARDINAL DE FLEURY
pondu que son gouvernement ne se fiait à Son Éminence que parce qu’il lui avait répondu de sa loyauté ; que le ministre de Hollande à Madrid ne disait pas autre chose, et que c’était connu de tout le monde. Le cardinal lui a parlé alors dans les termes les plus obligeants et lui a prouvé, sans réplique, qu’il ne devait avoir aucune inquiétude à cet égard ; bien que la veille l’ambassadeur, en se promenant avec M. Pesters et moi, nous eût paru fort embarrassé de sa situation, attendu que si, après avoir si souvent répondu du cardinal, ce dernier venait à le tromper, il se trouverait lui-même exposé à des jugements d’une sévérité extrême. Il a dit à ce sujet au cardinal, en plaisantant, que si Son Éminence lui jouait ce mauvais tour, il en serait quitte pour une forte réprimande et probablement pour un séjour de cinq ou six mois à la tour de Londres; mais que le cardinal aurait à en souffrir encore davantage dans son honneur et par conséquent dans sa personne; qu’il serait donc ainsi le plus à plaindre des deux. »
L’attitude cauteleuse et ambiguë de M. de
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Chauvelîn ne semblait pas être la seule pierre d’achoppement qui pût faire trébucher la marche politique du ministère de Robert Walpole. L’opposition anglais, qui avait résolu alors de le renverser à tout prix, était allée chercher des auxiliaires en France, dans le parti qui, de ^t temps, s’était montré l’ennemi de l’Angleterre et surtout de son gouvernement. Dans le nombre des agents les plus actifs de cette coalition, presque tous Jacobites, se distinguaient au premier rang lord et lady Bdingbroke^ : le premier toujours inconsolable de n’avoir pu reconquérir son siège à la chambre haute, la seconde, qui, née Française, mettait au service des Stuarts ses nombreuses relations de famille ou d’amitié. Le complot, assez grossièrement tramé d’ailleurs, ne laissa pas de donner des inquiétudes à Robert Walpole; il en fit part à son frère en le chargeant de ainveiller attentivement les intrigues de ses adversaires à Paris, et de lui faire savoir s’il voyait là, pour le cabi-
1 . Mademoiselle de Marcilly, veuve du marquis de Villette et nièce de madame de Maintenon.
DE LORD ET DE LADY BOLINGBROKE. m
net, un danger sérieux. L’ambassadeur, k qui ses rapports fréquents avec le cardinal permet* talent d’apprécier nettement l’importance réelle de ees manœuvres, écrivait de Fontainebleau à sir Robert pour le rassurer sur ce point, à la date du 19 novembre 1727 :
« J’ai reçu votre lettre du ^ octobre, qui me raconte en détail les menées et la correspondance étaldies au moyen de quelques bâtiments de commerce entre lady Bolingbroke et quelques personnages d’ici, à la tète desquels ligure le duc du Maine, qui serait même en cela die connivence avec le cardinal. Elles auraient pour but la chute du cabinet actuel en Angleterre et la reddition de Gibraltar, comme prix de l’intervention de la France. Du moment que j’ai vu désigner le duc du Maine comme ayant part au gouvernement et à la confiance du cardinal, je suis resté convaincu qu'il n’y avait rien de sérieux dans ee complot, malgré les fanfaronnades de lady Bolingbroke. Bien que de temps en temps, et. récemment encore, quelques flatteurs du due du Maine et surtout les Jacobites aient
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donné à entendre que ce prince était sur le point de prendre la direction des affaires, rien au monde n’est plus faux, en tant que cela regarde le cardinal. Il n’existe, en effet, aucun personnage important, en France, que ce prélat juge aussi peu capable des grandes affaires et avec lequel il ait si peu d’occasion de s’en occuper. Je suis certain que le duc du Maine serait le dernier de tous ceux que le cardinal recommanderait au roi, dans le cas où il lui arriverait malheur. Vous pouvez tenir ce que je vous dis pour l’exacte vérité, car je crois deviner déjà à qui reviendrait le pouvoir en pareil cas, mais, tant que le cardinal vivra, sa loyauté et son affection sincère pour le roi, qu’il regarde en quelque sorte comme son iîls, ainsi que l’amour réciproque de Sa Majesté, ne permettront jamais à personne de partager son autorité dans l’État; autorité dont jamais ministre n’a été plus jaloux que Son Éminence, malgré l’extrême douceur de son caractère, car personne n’a su maintenir les autres membres du cabinet à une plus grande distance ni dans une dépendance plus