DE LORD ET DE LADY 60LINGBR0EE
absolue. Ceci posé, je vous dirai, qu’en vertu de l’étroite amitié, de l’intimité même qui existent entre le cardinal et moi et dont il me donne chaque jour des preuves plus marquées, j’ai €ru devoir m’ouvrir à lui sur les prétendus complots et la correspondance de madame Bolingbroke. 11 m’a affirmé aussitôt de la manière la plus positive et avec cet air de vérité qu’il est impossible de feindre, qu’il n’avait pas la moindre connaissance de ces intrigues, mais que madame Bolingbroke était d’un caractère à dire et à faire tout ce que je lui avais répété et que M. de Belle-Isle était assez ambitieux pour se prêter à toutes les combinaisons qui pourraient servir à sa fortune ; que, quant à M. Leblanc, il était, par nature, trop porté aux intrigues, mais qu’en traitant avec lui les affaires de la guerre, où le duc du Maine est fort intéressé à cause de ses emplois militaires, il n’avait jamais remarqué qu’il fût plus disposé à favoriser ce prince que tout autre officier de l’armée, ni qu’il existât entre eux aucune intimité particulière. 11 m’a dépeint alors le duc
CABALES
comme un homme qui ne manquait pas. â’esprit dans la convecsation ni de quelques eonnaiâ> sauces, mais avec un caractère tellement erain* tif, irrésolu et versatile,, que de tous les person^ nages importants de la cour, c’était assurément le moins propre aux affaires et à l’administration ; qu’en somme, il considérait comme fosrt possible l’établissement d’une correspondance entre madame Bolingbroke et quelques-unes des personnes désignées dans votre lettre, mais que ses soupçons portaient spécialement sur madame Lepelletier des Forts \ femme du contrôleur général des finances, qui a été l’amie intime dé madame Bolingbroke, ce qui est parfaitement exact. Il faut donc engager la personne qui vous a donné ces renseignements, à la sonder sur sa liaison avec madame des Forts, ainsi que sur leur manière de correspondre par des navires de commerce. Ces navires sont-ils anglais ou français? Son Éminence désire avoir
1. Mademoiselle de Lamoignon de Bastille, fille du célèbre iuteudaut de Languedoc.
DE LORD ET DE LA.M BOLINGBROKE. at9
le fin mot de tout eela^ car elle ne déteste rlea tant que toutes ces cabales soutecrames,
tt Je ferais presque le sèment que le cardinal est eomplétement étranger à toute cette affaire^ et il s’est exprimé devant moi et devant d’autres à l’occasion, sur le compte du ministère anglais, sur son intégrité et sur ses talents, en des termes tels qu’aucune considération, j’en suis persuadé, ne pourrait le déterminer à contribuer à sa chute; c’est au contraire sur son maintien, je puisi le dire sans flatterie, qu’il compte pour conserver la paix actuelle et le repos de l’Europe.
«Nous sommes donc tombés tous les deux d’accord que madame Bolingbroke pouvait fort bien correspondre avec quelques personnes d’ici, et tâcher, force d’ai*tiflces, de leur faire croire que le cabinet britannique actuel n’a pas assez de racines pour ne pas tomber, si l’appui de la Prance venait à lui manquer. Elle désigne sans -doute pour le remplacer sir Spencer Compton, M. Pulteney et d’autres d’égal mérite, et d’un autre côté elle cherche à persuader à ces der-