M. DE FRÉJUS AU DUC DE RICHELIEU AMBASSADEUR A VIENNE
A Fontainebleau, ce 29 aoust 1725.
Je n’ay iamais appréhendé, Monsieur, de reproches sur votre compte et j’ay touiours été persuadé que vous rempliries parfaitemant le poste important que le Roi vous a confié, mais ie vous avoue que ie n’eusse pourtant pas cru que vous vous fussiés trouvé tout d’un coup égal aux plus habilles qui ont vieilli dans les négotiations. Je ne puis vous dire à quel point M. le Duc et M. de Morville sont contents de la conduite également sage et haute que vous avés tenue au suiet de la compétence dont le duc de Riperda vous faisait menacer peut-être en vue de vous intimider plutost que de vous disputer quelque chose. Quel qu’ait été son motif. Monsieur, vous avés soutenu parfaitement la dignité de votre cour avec les
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miDistres de l’empereur, et vous avés justifié ce que vous m’aviés fait l’honneur de me mander qu’il n’est pas impossible de se faire craindre à Vienne. On travaille abilement à vous donner de nouvelles armes pour augmenter cette peur, et il faut espérer qu’on pourra rendre bientost la fureur de la reine d’Espagne inutille, vous vous y prenez de façon à mériter plutôt des éloges que des conseils, mais s’il y avait pourtant quelques avis à vous donner, je prends trop d’intérêt. Monsieur, à ce qui vous regarde pour négliger aucune des choses dont il serait bon de vous avertir. On lira ce matin au conseil votre dernière dépêche et je ne doute pas qu’on ne vous y rende la même justice que nous vous avons déjà rendue. C’est avoir tout gagné que de vous être fait connoistre homme ferme et haut, quand il en a été question parce qu’on ne pourra vous accuser de faiblesse quand vous vous rendrès plus facille sur des choses moins importantes. II y a ici un M. de Schlender, ministre autrefois du feu czar, grand frippon et entièrement livré à la cour de Vienne, ie dois en avertir ce matin M. le Duc et i ay cru devoir vous en avertir à l’avance afin de vous mettre sur les voies de cet homme qui s’était offert plusieurs fois de s’attacher à la France. le laisse à M. de Morville de vous apprendre d’autres choses sur
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ce malheureux et sur ceux avec qui il est lié que ie lui découvrirai auiourd’hui, au reste vous devés estre content de toutes les relations qui nous viennent sur votre compte par les étrangers, qui sont toutes infiniment à votre avantage, et vous avés désia fait en deux mois ce qui est le plus essentiel pour un ministre qui est d’avoir établi votre réputation. Ne croyés pas que je veuille vous gâter, car rien ne seroit si dangereux que de vous donner trop de confiance, mais i’ay assés bonne opinion de vous pour croire qu’en vous encourageant vous n’en serés pas moins circonspect et sage dans toutes vos démarches. l’ay une vraie ioie de vous voir si bien commencer et ie vous supplie d’estre persuadé que personne au monde n’est avec un plus respectueux attachement, Monsieur, votre très-humble, très-obeissant serviteur.
Ane. iv. de Freine.
Si VOUS trouvés occasion de marquer à M. le p. Eugène que ie me souviens toujours avec beaucoup de reconnaissance des marques de bonté dont il m’honora à Freius en 1707 *, ie vous en
I . Fleury l’avait reçu pendant trois jours dans son palais épiscopal, lorsque ce prince accompagna Victor- Amédée, duc de Savoie, dans sou expédition infructueuse contre Toulon.
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serai, Monsieur, très-obligé. On vient de lire au conseil vos dépêches en entier, et elle y ont été généralement approuvées ; vous y faites le portrait , du marquis de Brük d’une manière à faire croire que Tacite vous l’avoit dicté. 11 est en vérité de main de maître qui réfléchit sur les hommes et qui en peint le caractère iusqu’a la dernière précision.
{Collection cT autographes de M. le marquis de Biencourt.)
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