‹ Lorédan Larchey, 1831-1902Chapitre 2 sur 28 · EX · texte numérisé non relu

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(Dtvsin (le M. Kdouai'd Falimon)

La cinquième éclilion venait de paraître chez Dentu, quand Alfred Delvau publia, chez cet éditeur même, un Dictionnaire de la langue verte, où L. Larchey reconnut promptement un plagiat. Peu processif de sa nature, il n'hésita, cependant, point, en raison du procédé d'abord, du tort qui lui était fait, ensuite, à le dénoncer dans une Note sur la concurrence faite à M. Lorédan Larchey par son propre éditeur. Il priait ses confrères de vouloir bien a suspendre leur jugement sur le nouveau dictionnaire édité par M. Dentu, jusqu'après l'impression de ses preuves. »

A cette circulaire, que le Figaro reproduisit dans son numéro du 14 janvier 1866, A. Delvau répondit par une ])lainte en dilïamation, plainte à laquelle L. Larchey répliqua par une assignation en contrefaçon et en dommages-intérêts, et par un factum intitulé : Note sur le procès en diffamation intenté par M. Delvau à M. Larcheij. — Note sur le procès en contrefaçon intenté par M. Larchey à MM. Delvau et Dentu. (In-4).

Une polémique s'engagea, dans le Figaro, entre L. Larchey d'une part, MM. Delvau et Dentu, de l'autre. Elle a été reproduite dans La Petite Revue des 20 et 27 janvier 1866, pp. 137-155 et 169-177.

Le procès suivit son cours, et l'affaire allait être plaidée, quand, trois jours avant l'audience, Dentu demanda à transiger. L. Larchey y consentit, mais à condition d'être indemnisé des frais de son Mémoire et de reprendre sa liberté d'action. Il était, en effet, lié par un traité. Il stipula, en outre, qu'il resterait maître de poursuivre A. Delvau. Le débat fut porté devant la Société des Gens de lettres, où L. Larchey se fit admettre exprès, et pour laquelle il fit imprimer une courte note où il déclarait maintenir les assertions de son premier mémoire, et précisait les points que le Comité aurait à examiner (8 février).

Le 3 avril, le Comité, après avoir vu A. Delvau reconnaître lui-même ses emprunts aux Excentricités du langage français, et donner verbalement satisfaction à son adversaire, arrêta que les épreuves de la seconde édition du Dictionnaire de la langue verte, alors en préparation, seraient soumises à L. Larchey, pour lui permettre d'indiquer les suppressions par lui réclamées.

La sentence fut insérée dans la Chronique de la Société, en mai 1866, et reproduite dans le n" 3 du Petit bulletin du Bibliothécaire, qu'il venait de fonder.

Ainsi se termina cette affaire qui donna beaucoup de souci à l'auteur des Excentricités, affaire peut-être unique en son genre, où l'on voit un éditeur se faire concurrence à lui-même et laisser plagier chez lui un auteur de sa maison. Elle parut si peu claire à L. Larchey, qu'il se demanda si, comme celle de la Revue anecdotique, elle ne cachait point quelque dessous. Son enquête eût abouti à raffirmative. à en croire ces mots écrits, peu de temps avant sa mort, à M. Georges Vicaire : « Si Dieu me prête vie, dit-il, je conterai les dessous de l'affaire Delvau, qui valent la peine d'être connus ! » Nous n'avons malheureusement point retrouvé, dans ses papiers, ce récit, qui devait faire partie de ses Souvenirs.

A partir de leur sixième édition, les Excentricités du langage français deviennent le Dictionnaire historique, étymologique et anecdotique de i Argot parisien. Cette édition fut publiée dans le format grand in-8, sur deux colonnes, avec des illustrations. Si elle n'obtint point, comme la précédente, les honneurs du plagiat, elle eut, du moins, celui d'être contrefaite à Londres, où elle parut sans autre modification que celle du titre, ainsi que le constate la lettre suivante adressée, en lcS78, par L. Larchey à la Société des gens de Lettres : (1)

(1) V. la Chronique de la Société, année 1878, n" 147, p. 255.

a Je VOUS adresse un spécimen curieux d'adaptation anglaise, étant prêt à donner verbalement tous les renseignements qu'on voudra bien nie demander.

« Il y a deux ans, environ, qu'un spéculateur quelconque (je ne sais s'il est anglais ou français), a mis en vente, à Londres, une certaine quantité d'exemplaires de mon Dictionnaire d'Argot, en se contentant d'y faire deux modifications.

« Première modification, de prix : 9 schellings (12 francs) au lieu de 3 francs.

a Deuxième modification, de titre : il a placé, devant le texte, un titre anglais, en supprimant le titre français qui donnait le nom de l'auteur...

« Toutes mes tentatives pour en faire venir à Paris par commission ont été vaines. On me répondait que l'édition était épuisée. Un négociant de Lyon possédait, heureusement, cet exemplaire, qu'il a bien voulu me prêter. »

La contrefaçon dont il parle est, pensons-nous, celle dont nous donnons, ci-dessous, la description. Elle est intitulée : Excentricities of the french langiiage, et a été publiée, à Londres, chez John Camden Hotten, Piccadilly. L. Larchey accusait un sieur D..., libraire rue du Croissant, d'être le spéculateur indélicat, accusation que D... repoussa dans une lettre que nous avons sous les yeux, et qui, à défaut d'autres renseignements intéressants, nous fournit la date de l'édition : 1873. L. Larchey n'en demeura pas moins convaincu de la culpabilité de D... (1)

Le format de la septième édition du Dictionnaire dar-

(li On lit. en effet, en marge de la lettre de D..., la note suivante écrite postérieurement : • Il s'est permis de faire une édition anglaise de mon dictionnaire, en supprimant mon nom, en changeant le titre et le prix. •>

got, et celui des trois dernières, parues de 1878 à 1888, devientin-12. La huitième est accompagnée d'un supplément. Deux autres suppléments sont imprimés en 1883 et 1889, Celui-ci est de 3U0 pages, c'est-à-dire plus important que le Dictionnaire même,

L. Larchey ayant cru devoir avertir ses lecteurs que « ce supplément annulait tous les autres », avait fait insérer cette phrase sur le litre, mais l'éditeur n'en continua pas moins à vendre les précédents. C'est pourquoi un exemplaire que nous possédons porte la remarque suivante, écrite à l'encre, de la main de l'auteur : « Ils s'annulaient déjà tour à tour, mais on les vendait, néanmoins, comme si c'eût été le contraire ! »

Comprenant l'importance des documents émanés de témoins oculaires, L. Larchey les recherchait avec soin. Longtemps avant le Dictionnaire d'Argot, celte prédilection s'était manifestée par des publications telles que le Journal de Jehan Aubrion fH65-1512J, imprimé sous les auspices de l'Académie de Metz, avec le concours du Conseil municipal ; le Journal des Inspecteurs de M. de Sartines (1761-176^) que, rendu prudent par le procès intenté à son ami Louis Lacour au sujet des Mémoires de Lauzun, il fît imprimer à Bruxelles ; les Notes de René d Argenson, lieutenant-général de police; les Souvenirs de Jean Bouhier, président au Parlement de Dijon (ces deux derniers ouvrages destinés à inaugurer une collection de Mémoires relatifs à l'histoire moderne); le Journal de marche du Sergent Fricasse (1792-1802) ; enlin les fameux Cahiers du capitaine Coignet (1799-1815), qui mirent à la mode les Mémoires de soldats.

On sait comment ces Cahiers étaient entrés en sa possession : ayant trouvé, sur le quai, la rarissime édition des Souvenirs de Jean-Roch Coignet, imprimés à Auxerre

en 1851 el 1853 (1), il avait commencé par en donner des extraits dans le Monde illustré, ensuite dans sa Bibliothèque des Mémoires du XIX'^ siècle, puis s'était mis en quête du manuscrit qu'avec l'aide de l'imprimeur, du bibliothécaire M. Molard, et d'un collectionneur d'Auxerre, il retrouva. Ce manuscrit, composé de neul' grands cahiers, est longtemps resté à la disposition des incréludes, à la bibliothèque de l'Arsenal. Il le remit ensuite à MM. Hachette, entre les mains desquels il est encore aujourd'hui. Précautions utiles, car nombreux furent les sceptiques, même parmi les professionnels :

« Mon cher ami, lui dit, après lecture, son collègue Paul Lacroix qui, ayant écrit un volume sur les Mystificateurs, pouvait se croire expert en la matière, venez que je vous fasse mon compliment ! Les Cahiers de votre capitaine m'ont empoigné, littéralement... Pardonnezmoi, mais je ne vous croyais pas de cette force... Non, réellement, c'est très fort ! »

L. Larchey eut beau protester qu'il n'y avait point, d^ns le texte, un mot dont Coignet ne fût l'auteur, qu'il s'était borné aux suppressions indispensables, il ne put le convaincre. Que disons-nous? L'examen du manuscrit original même fut impuissant à le détromper : « Quand vous voudrez, déclara-t-il, je connais un copiste qui vous en fera autant !... » (2)

L'obstination du bibliophile Jacob n'offrait qu'une nouvelle preuve de l'intérêt de la découverte, — car c'en était une, personne, avant L. Larchey, ne s'étant avisé de goûter ces récits tracés par des inexpérimentés, sans doute, mais doublés d'hommes sachant voir et rendre

(1) Le premier volume porte la date de 1851, le second celle de

(2) Cette anecdote est contée par L. Larchey, dans son introduction des Mystifications de Caillot-Duual. (Paris, Daragon, 1901).

ce quils avaient vu. Du vivant même de leurs auteurs, alors que les témoins de l'épopée impériale étaient nombreux encore, on n'y prêtait qu'une attention médiocre : la feuille provinciale qui avait commencé, en 1857, la publication des Mémoires du Sergent Bourgogne, fut obligée de l'interrompre, faute de succès. Il semble que la Renommée attendit la mort de ces modestes héros pour proclamer leur talent et leur gloire !

Aujourd'hui encore, ce genre d'écrits a ses détracteurs : les uns suspectent jusqu'à l'existence des auteurs, les autres contestent la vérité de leurs assertions. C'est se donner inutilement beaucoup de peine : les manuscrits originaux, les actes de l'Etat civil, les Archives de la Guerre sont les réponses à fournir aux premiers. Quant aux seconds, ne savent-ils point que les Mémoires exacts sont un mythe? Que, quelque garantie qu'ils paraissent offrir, l'historien, avant d'en faire usage, est tenu de contrôler leurs allégations, plus encore, peut-être, que celles d'autres documents".' Les Mémoires n'en sontpas moins précieux, car sans eux, et, ajoutons -le, sans les Correspondances intimes qui offrent des avantages analogues, peut-être même supérieurs, parce quelles ont été rédigées plus près des faits rapportés, on pourrait encore écrire l'Histoire, sans doute, mais quant à lui imprimer la couleur et la vie qui en font l'attrait, ce serait infiniment moins aisé!

L'intérêt des Mémoires de soldats, réside non dans le compte-rendu des opérations stratégiques, mais dans le pittoresque des détails et dans la peinture des mœurs militaires, et ceux qui se montrent si sévères à leur sujet le seraient moins, s'ils les voyaient sous leur vrai jour. L. Larchey, qui s'en rendait compte, a toujours dédaigné de répondre aux attatjues souvent passionnées ^ — on ignore pourquoi

— de ces critiques. L'un d'eux ayant avancé que Coignet s'était contenté de copier Tliiers, nous reçûmes la lettre suivante : « Il est permis à tout le monde de trouver que Thiers et Coignet, c'est l'original et la copie. On a bien trouvé que le style de X*** (ici le nom du rédacteur en chef de la Revue où l'article avait paru) était celui de nos meilleurs écrivains ! Quant à la biographie de mon héros, j'avoue avoir laissé le champ libre à ceux qui ne se contentent pas de la voir faite par lui-même. Je n'ai pas été biographe, j'ai été l'éditeur blanchisseur des Cahiers, et je n'ai jamais eu d'autre prétention ! »

Les Cahiers du capitaine Coignet ont eu cinq éditions in-12, quatre éditions illustrées in-4" et ont été. comme les Excentricités du Langage français, l'objet d'une contrefaçon anglaise illustrée. Celle-ci parut d'abord à New- York en 1890, puis fut transportée à Londres, après la cession des clichés à un libraire de cette ville.

Leur publication avait eu, comme plusieurs autres de l'auteur, un but patriotique. En 1871, au lendemain de nos désastres, il avait commencé, sous le titre de Bibliothèque des Mémoires du dix-neuvième siècle, une réimpression de Souvenirs relatifs au premier Empire, qu'il publia par extraits, de 1866 à 1870, dans le Monde illustré, sous le titre général : Les Anecdotiers de l'Empire. Il les jugeait propres à inspirer à ses concitoyens le goût de l'Histoire et à développer, chez eux, " le sentiment national ". En tète se trouve un Avant-propos donnant, sur l'intérêt des Souvenirs personnels et sur la manière d'en tirer profit, des aperçus qui étaient alors d'une réelle nouveauté et dont le goût du public n'a fait, depuis, que confirmer la justesse.

Le Mémorial des deux Sièges, le Journal de marche du sergent Fricasse, le Journal du canonnier Bricard, Les Suites dune capitulation ont été édités dans un but

analogue : ce dernier ouvrage tendait à prouver qu'une armée assiégée et réduite au désespoir avait plus d'intérêt à tenter une trouée dans les troupes assiégeantes qu'à se rendre. L'idée fut-elle mal comprise? Le public ne voulut-il point du volume parce qu'il se composait d'extraits de livres imprimés, sans remarquer que ces imprimés étant, pour la plupart, introuvables, valaient de l'inédit .' Nous ne saurions le décider. Ce qui est certain, c'est que le livre n'eut point de succès et que l'auteur fut réduit à l'offrir aux Bibliothèques de l'armée, comme il avait offert aux Bibliothèques publiques les exemplaires invendus du Journal (lu sergent Fricasse et de la Bibliothèque des Mémoires du XIX^ siècle.

Le résultat fut que, devenus rares, ces ouvrages atteignirent des prix invraisemblables. Pour ne parler que des Suites d'une capitulation, elles sont, aujourd'hui, cotées dix francs, après avoir été publiées à deux.

C'est, pensons-nous, dans une publication antérieure, les Documents pour servir à Ihistoire de nos mœurs, qu'il faut chercher la genèse de l'idée qui porta L. Larcliey à conférer les honneurs de l'impression aux Souvenirs de deux humbles soldats tels que Fricasse et Coignet. Les quatorze volumes in-32 dont se composent ces Documents, imprimés en caractères elzéviriens sur papier de Hollande, forment une collection aussi recherchée, aujourd'hui, qu'elle est rarement complète: les impressions de témoins de la Révolution de février, le Carnet dune vieille comtesse (1836), les Notes d'un agent de police, de 1861 à 1867, trois séries de lettres émanant de gastronomes, d'amoureux, de demandeurs de places, d'honneurs ou d'argent, les Mémoires du jardinier de Talma, les Comptes d'une élégante de 1869. les tribulations d'une femme de Lettres de 1865, les

Souvenirs d'un acteur du Petit Lazari, ceux d'un habitué des réunions publiques non politiques (1869), telle est la composition de cette collection qui, avec moins de gravité, mais plus d'attrait qu'un traité philosophique, contribue à l'étude de la nature humaine. La rapidité avec laquelle s'enlevèrent ces petits volumes tirés à peu d'exemplaires, encouragea L. Larchey à poursuivre l'exécution de son projet de former une Bibliothèque de Mémoires du XVIIl^ et du XlXe siècles. Toutefois, persuadé qu'un périodique trouverait plus aisément des souscripteurs que des volumes paraissant irrégulièrement, il nous soumit le plan d'une Revue rétrospective analogue à celle que, soixante ans auparavant, Taschereau avait publiée, non sans succès. Nous en reparlerons tout à l'heure.

Malgré l'orientation moderne donnée à ses recherches, L. Larchey n'a jamais entièrement perdu de vue le Moyen-Age, objet de ses premiers travaux : en 1852-53, il fait insérer dans les Mémoires de l'Académie de Metz, un Mémoire historique sur Vhôpital Saint-Nicolas, dont il vient de classer les archives. Sous les auspices de la même Académie, il publie, en 1857, le Journal de Jehan Aubrion, bourgeois de Metz (U65-1512L En 1860, il collabore, avec M. Guessard, à l'édition d'une chanson de geste, Parise la duchesse (1). L'année suivante, paraît une brochure sur Les Maîtres bombardiers de Metz, premier essai d'une enquête sur Les Origines de V artillerie française, qui mérite de retenir notre attention.

En 1859, L. Larchey avait reçu du ministère de l'Instruction publique une mission et cinq cents francs pour rechercher dans les bibliothèques, musées et archives

(1) Nous en possédons un exemplaire couvert de notes de la main de L. Larche}'.

du Nord et de l'Est de la France, les documents relatifs à l'histoire de l'artillerie française au moyen-âge. Il s'agissait surtout de trouver la date " du premier usage du canon en France ", date intéressante, car si, d'une part, ses recherches lui avaient permis de constater que, dès 1326, les Florentins fabriquaient des pièces de fonte, d'autre part une chronique messine avait fait briller à ses yeux une année antérieure, celle de 1324 : " Deux ans plus tôt que l'Italie, et cela dans mon pays de Lorraine I Le cœur m'en battait... ! " a-t-il écrit.

Il commence son tour de France par Metz, Strasbourg, et Colmar; de Rennes, se rend à Marseille, non sans s'arrêter plusieurs fois en route, et de Lille à Narbonne. Il pousse même jusqu'à Bruxelles et Bàle, " voyageant de nuit en troisième classe, pour travailler le jour, écrivant au crayon quand les encriers sont gelés, n'ayant avec lui qu'une valise dont ses papiers tenaient le quart (1)..."

Si, à son retour, la date cherchée restait encore à découvrir, ses investigations ne lui en avaient pas moins procuré des documents précieux. Mais il fallait les publier, et c'est ce que l'état de ses ressources ne lui permettait point de faire à ses frais. Quelques démarches en haut lieu étant demeurées infructueuses, il prit le parti d'envoyer sa brochure, Les Maîtres bombardiers de MetZy à de bonnes adresses, avec un prospectus annonçant les deux tomes des Origines de l'artillerie, et contenant un bulletin de souscription pour cet ouvrage.

Une cinquantaine de personnes seulement ayant répondu à son appel, sur les cinq cents jugées nécessaires pour couvrir les frais d'impression des deux

(1) Souvenirs de mission

volumes in -18, ornés de 60 planches, qu'il coniplait mettre en vente au prix de vingt francs, il modifia son plan et publia à ses dépens, d'abord une brochure de 88 pages intitulée Origines de iartillerie française (1324- 1354), puis une plaquette in-4'' de trente-cinq pages, suivie de 106 lithographies sur papier teinté, dessinées par lui-même. Cette ])laquetle fut tirée à cent vingtcinq exemplaires, dont vingt-cinq furent coloriés de sa main, et, par un miracle d'économie, ne lui coula pas plus de cinq cents francs !

Il avait tenu à la faire paraître " afin qu'il subsistât quelque chose de sa mission ", et n'en retira ni honneur, ni profit. Il s'en consola, comme à l'ordinaire, en songeant que tout avait été mis en œuvre par lui pour réussir: " De ce travail pénible, déclara-t-il, j'ai, du moins, retiré une jouissance qui, pour moi, a toujours balancé toutes les autres, celle de la difficulté vaincue ! " (1)

On ne pouvait mieux placer son amour-propre!

L. Larchey allait, cependant, abandonner le Moyen- Age pour de longues années; c'est seulement en 1890 qu'il y revint en publiant un magnifique ouvrage sur le blason.

Parmi les manuscrits de la bibliothèque de l'Arsenal se trouve inscrit, sous le numéro 4790, un Armoriai de l'Europe au XV^ siècle, qui est le livre d'un officier d'armes de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Il a été tenu à jour de 1429 à 1461, et se compose de 74 figures équestres coloriées, représentant des chevaliers dans leur costume de tournoi, figures dont la reproduction offrait de sérieuses difficultés.

(1) Souvenirs de mission.

L. Larchey commença par les calquer lui-même, mais, n'osant les enluminer, confia cette tâche à une artiste dont le travail, jugé défectueux, demeura inutile. Alors, sans plus d'hésitation, il se met à l'œuvre en s'efforçant de restituer à la peinture son aspect primitif. Travail fastidieux, accompli d'arrache-pied : «J'ai peint mes 942 blasons et 35 cavaliers, mais je reste bien hébété, nous écrivait-il de Menton, en juin 1889. Le reste, maintenant, ira tout seul ! »

Un texte descriptif et des tables dressées avec soin accompagnaient les figures.

Il ne s'agissait plus que de les faire chromolithographier : à cet effet, il se rend à Nancy, siège de l'imprimerie Berger-Levrault, où le livre doit être imprimé, et y trouve la récompense de ses peines dans la personne « d'un ouvrier excellent, d'un artiste conmie il y en a peu, maintenant, dans les ateliers ». Grâce à lui, l'opération réussit au mieux.

Nous relevons ces détails dans sa correspondance où nous voyons, de plus, que l'ouvrage ne pouvant être, vu l'élévation de son prix, offert gratuitement, on dut se borner, pour la publicité, à l'envoi d'un prospectus « aux personnes que la chose intéressait directement. »

Ce beau livre, dont les exemplaires sur papier ordinaire ne se sont pas vendus moins de deux cents francs, décida L. Larchey à mettre à exécution le projet, depuis longtemps caressé, de publier une série de Costumes vrais, c'est-à-dire reproduits d'après des estampes dues à des artistes contemporains de leurs modèles : a Cela mène, nous écrivait-il, jusqu'aux incunables... Je sais, par expérience, que, chemin faisant, on peut rencontrer des merveilles, et je me repens de n'y avoir point pensé ! »

Pour réparer l'oubli, il édita à ses frais (1) une plaquette contenant les fac-similés de cinquante mannequins de cavaliers en grande tenue héraldique, gravés en noir d'après VArmorial du XV" siècle. Si la vente était fructueuse, la série devait continuer par cent fac-similés d'uniformes, de 1792 à 1815. Il n'en fut rien, et il dut abandonner ce projet, comme bien d'autres, avec le regret de n'avoir pu procurer aux artistes (car tel avait été son but), des documents d'une exactitude indiscutable, pour leurs travaux.

Le cadre de cette notice ne permet point de passer en revue tous ses ouvrages. On en trouvera, d'ailleurs, ci-après l'énumération, aussi complète que possible. Nous n'examinons, ici, que les principaux, au nombre desquels doit être placé son petit volume des Gens singuliers, paru en 1867, galerie d'originaux dont quelques-uns sont assez inattendus. Croirait-on, par exemple, que « Malherbe le classique, le Malherbe de Boileau )), ait été jugé digne d'en faire partie, et qu'il le méritât? C'est qu'en etTet le poète des Stances à du Périer refusait toute récompense à ses confrères les poètes, sous prétexte que, s'ils faisaient des vers, c'était pour leur propre agrément, et « qu'un bon poète n'est pas plus utile à l'Etat qu'un bon joueur de quilles ! » Il disait aussi qu'après la composition de cent vers ou de deux pages de vraie prose, il fallait prendre dix ans de repos ! La place de Malherbe était donc marquée à côté du maréchal de Gastellane, de sir Francis Egerton, du marquis de Brunoy et des autres héros de ce livre, un des plus amusants qu'ait écrits l'auteur.

(1) 11 aimait ce mode de publication qui lui laissait sa liberté ; s'il lui coûta cher quelquefois, il en fut dédoinma},'é pur des succès comme ceux de Coignet et du Dictionnaire des Noms.

38 LORÉDAX LARCHEY

Une importante contribution à l'histoire de l'Esprit français est L'Esprit de tout le monde, qui comprend deux séries, Les Joueurs de mots et Les Riposteurs. C'était une compilation, et, pour que nul ne l'ignorât, L. Larchey l'écrivit sur le titre (1). Il l'eût proclamé plus haut encore, si c'eût été nécessaire, car, au rebours de l'opinion généralement reçue, il ne méprisait point ce genre de travail : a Ne compile pas qui veut ! » répondait-il aux dédaigneux, avec son fm sourire.

Quelques années auparavant, (1886), il avait fait paraître, sous le titre de Nos vieux proverbes, un livre dans lequel chaque « Proverbe » est expliqué, commenté, illustré. Un certain nombre avaient été insérés précédemment dans Le Monde illustré, sous forme de devinettes : il mettait le premier mot de la phrase sous le dessin, et le lecteur était chargé de trouver le reste. Les soixante-douze dessins du volume ont été exécutés d'après des croquis de L. Larchey, dont la préface reproduit deux spécimens donnant un aperçu de son talent (2). Dans le même ordre d'idées, il avait déjà exécuté les frontispices de ses Excentricités du langage français, copié des miniatures anciennes pour ses Origines de iartillerie, calqué les figures de l'édition in-16 du Coignet et du Fricasse (3), et celles de V Armoriai.

(1) Le titre porte : « L'Esprit de tout le monde, compile par Lorédan Larchey. »

(2) Le mot « talent « nest pas trop fort, s'il peut s'appliquer à des dessins faits avec esprit. On en trouve d'autres spécimens dans la collection de M. Gabriel Cottreau auquel il a donné, jadis, des croquis de scènes de la vie militaire, alors qu'il était brigadier d'artillerie; et au Musée Carnavalet, où ont conservées de très curieuses aquarelles de lui, représentant Les Corps provisoires de 1SU8, depuis les « Bataillons d'étudiants », jusqu'aux « Gardes marines » et aux « Volontaires polonais » dont son ami Nadar fit partie.

(.3) Pour l'édition in-4''du Coignet, il avait calqué des costumes dans les collections de gravures Martinet et Genty, obligeamment mises à

On voit qu'il n'épargnait point sa peine. II la calculait moins encore lorsqu'il s'agissait d'obliger un camarade : quand Louis Lacour mourut, en 1891, après avoir terminé, pour la Bibliothèque Elzévirienne, le tome X des Œuvres complètes de Brantôme, qui devaient en compter XIII, on trouva un testament priant L. Larchey de se charger des trois qui restaient à faire. Chose d'autant moins facile à réaliser qu'il n'habitait plus Paris ! Il accepta cependant, et les trois derniers tomes ont été son œuvre. Ce fut un travail pénible, eu égard, surtout, au dernier volume, contenant la Table; la note suivante, écrite de sa main, en fait foi : « La Table générale, dit-il, va de la page 109 à la page 329. Elle englobe V Erratum. Elle est précédée d'une Introduction spéciale, pages 91 à 108, que j'ai tenu à faire contradictoirement à celle de Mérimée, avec la permission des derniers éditeurs. Ce doit être le seul fait de ce genre à citer en librairie. Sous sa forme réduite, ce travail a été, pour moi, considérable. »

Si « considérable » qu'eût été la besogne, il ne voulut point signer, et cela a dans l'intérêt de l'entreprise ! » « Il ne faut pas, nous écrivait-il, changer d'enseigne trop souvent ! Je n'agis, ici, ni par amour-propre, ni par intérêt, mais pour accomplir le vœu d'un ancien

sa disposition par M. Gabriel Cottreau. Mais la maison Hachette leur ayant préféré les dessins d'un artiste contemporain, Julien Le Blant, L. Larchey projetait de les affecter à la seconde série de ses Costumes vrais, série qui n'a point vu le jour.

Quant à l'édition in-16 (exemplaires à six francs), les t3'pes qu'il y a reproduits sont extraits de l'œuvre de Duplessis-Bertaux, et des imageries allemande et messine.

Enfin la grande parade de Maj'ence du Journal de Fricasse a été calquée sur la rarissime feuille gravée ayant appartenu à M. Dubois de l'Estang, et, donnée, par celui-ci, avec toute sa collection, à l'Ecole des Beaux-Arts. Le surplus provient de la Bibliothèque Nationale.

camarade, et je le fais avec autant de soin que s'il s'agissait de moi seul. (1) »

Le nom de L. Larchey peut, à bon droit, être regardé comme synonyme de désintéressement \

Il ne tenait, d'ailleurs, pas plus aux citations des journaux qu'à sa signature, et n a jamais désiré les premières que dans l'intérêt de ses éditeurs. Que son livre, que son article parussent en temps utile, il ne demandait rien de plus. Nous le vimes bien un jour où, son nom ayant été, sans son aveu, remplacé par un pseudonyme, au bas d'une chronique du Petit Moniteur, il nous écrivit : « Je n'avais pas demandé à passer sous la couverture de Robinson, mais cela m'irait très bien, à l'avenir, tenant moins à voir mon nom qu'à voir chaque chose paraître en son temps ! »

Longtemps il insista auprès de M. le docteur Dorveaux pour le décider à utiliser des vieilles recettes médicales, par lui patiemment collectionnées. Non qu'il eût été incapable de les mettre en œuvre (ses connaissances en médecine le lui eussent permis), mais il estimait qu'un professionnel tel que le distingué bibliothécaire de l'École supérieure de Pharmacie était plus qualifié que lui pour s'acquitter de ce travail dont VAlmanach des Vieux secrets avait été le précurseur.

Il nous reste à parler de l'ouvrage auquel, sur la fin de sa vie, L. Larchey attacha le plus d'importance et consacra le plus de temps ; le Dictionnaire des Noms.

Deux journaux en avaient eu la primeur : pendant l'année 1875, il avait publié, dans le Petit Moniteur, sous le titre de : Nos noms expliqués, les premiers résultats

(1) Lettre du 2 février 1892.

de ses recherches sur les Noms do tamille. Il eonliiuia sous le titre de : Votre nom? Causeries d'un chercheur, à ï Illustration, en 1876 et 1877. Comme il olTrait aux lecteurs curieux de l'étymologie des leurs, de les renseigner à ce sujet, il s'attira une correspondance émanant des classes les plus diverses de la société, où il vit la preuve a que le désir de connaître l'origine de son nom est un besoin instinctif, presque impérieux, aussi bien chez le paysan et l'ouvrier que chez l'homme du monde ». C'est ce qui l'encouragea à poursuivre ses investigations.

Le Dictionnaire des Noms n a eu qu'une édition, parue en 1880. Elle avait été précédée d'un essai, dont les sept premières feuilles seulement furent tirées, puis détruites, un exemplaire excepté (1). Sur sa première page, on lit une note manuscrite de L. Larchey, ainsi conçue :

« Exemplaire unique de cet essai, le reste ayant été détruit par moi. N'a jamais été distribué, ni publié ».

Pourquoi cet autodafé? Les corrections manuscrites,

(1) Cet exemplaire est entre nos mains. La dernière page, portant le numéro 56, s'arrête au mot Castille. En voici le titre exact :

« En vente chez De Soye et fils, imprimeurs, 5, place du Panthéon, Paris :

« Dictionnaire étj'mologique des noms de personnes les plus répandus en France, par Lorédan Larchey.

« Les dix premières livraisons sont en vente. Souscription à dix livraisons formant 80 pages in-S" à deux colonnes. Quatre francs.

« Tout souscripteur dont le nom ne se trouverait point expliqué d'avance ici, aura droit à la recherche de ce nom dans la deuxième édition. II ne sera mis en vente de cette première édition que quatre cents exemplaires sur papier vergé teinté ».

Ce qui précède se lit sur la couverture, qui sert de titre. Au verso : " Abrévations, indication sommaire des ouvrages consultés ».

56 pp. y compris l'Avertissement.

Texte imprimé sur deux colonnes.

Tirage à 500 exemplaires.

en marge des pages, nous en fournissent l'explication : L. Larchey s'étant aperçu, au cours de l'impression, des imperfections de son travail, avait pris le parti de l'interrompre, pour le remettre sur le chantier.

L'édition ne parut qu'en 1880, dans le format in-12 et aux frais de l'auteur, qui mit les volumes en vente à la librairie du Moniteur.

Elle comprenait 20.200 noms relevés sur des annuaires, et avait été tirée à 1600 exemplaires que leur prix de sept francs n'empêcha point de s'écouler rapidement. On n'en trouve, aujourd'hui, qu'avec une extrême difficulté chez les libraires, où ils se paient couramment 20 et 25 francs.

Pour pousser la vente, L. Larchey lança, l'année suivante, un Almanach des Noms, publié à 0,50 centimes, dont il fut tiré 3000 exemplaires. Il avait le goût des almanachs : en décembre 1870, il exécuta, en quatre jours, un Almanach des Assiégés qui obtint les honneurs d'un triple tirage, s'élevant à 30.000 exemplaires au moins. En 1878, il a donné un Almanach des Vieux secrets et des Anciennes recettes, dont les deux éditions l'encouragèrent à amasser les matériaux d'une troisième, beaucoup plus importante, dont il a été parlé ci-dessus. Elle n'a point vu le jour.

Ajoutons qu'il avait conçu l'idée d'un Almanach des bonnes adresses : ayant remarqué que les annuaires ne fournissaient point l'indication de toutes celles dont on peut avoir besoin, qu'un grand nombre de spécialités y étaient omises, et que la révélation de leur existence serait aussi profitable à ceux qui les exerçaient qu'à ceux qui en usaient, il avait pris la peine d'en recueillir un peu partout, sur les affiches de la rue, comme dans les annonces des journaux, et de les classer alphabétiquement. Ce travail, qui s'écartait du cercle de ses occupations habituelles,

n'en prouve que mieux son désir d'être utile par tous les moyens possibles. Il faut aussi reconnaître qu'une pareille entreprise pouvait devenir féconde en résultats financiers. Pourtant, son plan ne fui point goûté des éditeurs qui, détail amusant, lui répondaient invariablement : « C'était mon idée ! » mais n'en refusaient pas moins de tenter l'aventure, de sorte que les documents restèrent sans emploi.

Pour en revenir à V Almanach des Noms, paru après le Dictionnaire, disons qu'il portait une couverture pliée, sur la partie interne de laquelle on lisait :

Demande de recherche

Nom . . . .

Adresse . . , Pays d'origine.

Observations ,

Il suffisait de détacher ce bulletin et de le mettre à la poste, pour obtenir satisfaction. Procédé ingénieux et auquel l'édition dut, en partie, son prompt épuisement.

Pendant ses dernières années, L. Larcliey se livra avec passion à ce travail des Noms, pour l'exécution duquel il avait réuni nombre d'annuaires et de dictionnaires français et étrangers. Pourtant il différait, malgré les instances dont il était l'objet de la part des lecteurs de la première édition, le moment d'en donner une seconde, parce qu'il entendait la porter à un degré de perfection qui le satisfît. Il ne nourrissait, d'ailleurs, vu les proportions prises par son ouvrage, aucune illusion sur le sort qui l'attendait, et savait (pi'il ne le lermi-

lierait point. Mais il se plaisait tant à ces délicats problèmes, que la question de publication lui était devenue indifférente :

« Vous ne sauriez croire, nous écrivait-il lel6novembre 1895, ce qu'on y trouve de plaisir, une fois engagé ! Pour moi, je ne m'en lasse point, et ma consolation est dans la certitude de ne le faire jamais comme je le voudrais. Je décéderai auparavant ! » Il ne voyait que trop juste !

Selon son calcul, cette seconde édition devait comprendre 80.000 noms, au moins. Un coup d'œil sur le manuscrit, aujourd'hui déposé à la bibliothèque de l'Arsenal, permet d'apprécier l'importance du travail, où des signes conventionnels devaient réduire au minimum la grosseur du volume imprimé.

Seules, les lettres A et L (cette dernière donnant, selon L. Larchey, la clef de toutes les autres), sont terminées et mises au net. mais le reste est suffisamment élaboré pour rendre des services aux curieux et aux chercheurs. Voici comment, dans un court avant-propos, il explique la lenteur de sa marche :

« Pas un jour ne s'est écoulé, depuis la première édition, sans le regret de mes fautes. Aussi ai-je résisté à la tentation d'un nouveau tirage. Je ne voulais reparaître que corrigé, et j'y ai mis le temps.

« Pour ma décharge, je dois dire que mon entreprise avait eu l'originalité, — je n'ose dire le mérite, — de ne pas présenter un choix de noms à expliquer, ce qu'on avait fait avant moi, jusqu'alors. Et, en cela, on avait grandement raison, au point de vue scientifique, qui veut un terrain limité et reconnu avec soin. J'avais été, comme toujours, dominé par l'ambition de vulgariser quand même. Ne reculer devant aucun nom m'avait paru If meilleur moyen de montrer (jue je m'adressais

à tout le monde... Prenant donc un Almanach Bottin, j'avais transcrit les noms portés, à Paris, par plus de cinq personnes. Aujourd'hui, je les donne tous sans exception, en ajoutant les noms relevés sur d'autres annuaires... »

Une telle réunion de documents lui permettait d'envoyer, aux journaux qui lui en faisaient la demande, quelques explications de noms intéressant leurs régions. C'est ainsi qu'on trouve des étymologies de noms aixois dans Le Mémorial d'Aix, de noms lorrains dans Le Messin, de noms marseillais dans Le Petit Marseillais, etc., etc. Ajoutons qu'il a donné, en 1896 et pendant les années suivantes, à V Almanach Hachette, une page ou tleux sur l'étymologie des noms marquants de l'année écoulée.

La collaboration de L. Larchey aux périodiques dont il vient d'être parlé nous offre l'occasion de dire quelques mots de sa carrière de journaliste.

Il a fondé et dirigé quatre revues : la Revue anecdotique, la Petite Revue, sur lescjuelles nous n'avons point à revenir, le Petit Bulletin du Bibliothécaire, et la Mosaïque.

Le Petit Bulletin du Bibliothécaire, paru en 1866, aux frais de son fondateur, fournit une preuve nouvelle delà vivacité de son goût pour la carrière qu'il avait embrassée. Malheureusement, l'indilférence du public auquel ces numéros de huit pages s'adressaient, l'obligea à interrompre, après le quatrième, leur pubWcation. Et cette suppression fut d'autant plus regrettable qu'ils constituaient, malgré la spécialité des matières traitées, et grâce à l'habileté du rédacteur, une lecture aussi intéressante qu'instructive.

L'abaissement à 2 fr. 50 du prix de l'abonnement,

marqué 4 fr. sur les deux premiers numéros, ne sauva point du naufrage cette modeste feuille dont L. Larchey racontait en riant qu'elle n'avait jamais eu que quatre abonnés, auxquels il n'avait point manqué de rembourser leurs souscriptions, quand elle avait cessé de paraitre.

En 1873, à la demande de Paul Dalloz, désireux de fonder, sans délai, une revue illustrée sur le modèle du Magasin pittoresque, L. Larchej', prépara, en deux mois, La Mosaïque, revue pittoresque illustrée de tous les temps et de tous les pays. Ses débuts furent heureux ; on tirait à 18.000 exemplaires. Ayant cru, néanmoins, au bout de six mois, devoir se retirer, il présenta un successeur, M. Eugène Muller, qui resta directeur de la Mosaïque jusqu'en 1877, époque où il fut remplacé par P. Tisserand, chef du service des travaux historiques de la Ville de Paris. Le tome I de la Mosaïque, en vue de laquelle L. Larchey avait réuni nombre de clichés reproduisant des gravures anciennes d'où le recueil tirait une part de son originalité, peut être considéré comme son œuvre ; une note trouvée, dans ses papiers, nous apprend, en tous cas, que les articles anonymes sont de lui.

Le premier grand journal dont il ait été le collaborateur attitré fut le Monde Illustré, où il entra en 18(54, après avoir cédé la Petite Revue à l'éditeur Pincebourde. Il ne le quitta qu'en 1872 ,pour y rentrer en 1885 et y rester jusqu'en 1887. Il y a publié des comptes-rendus bibliograi)hiques, des chroniques, et, sous le titre général de Revue anecdotique, des extraits de Mémoires sur le Premier Empire et la Première République.

Le Monde Illustré était alors, comme le Moniteur Universel, le Petit Moniteur, la Petite Presse, la Presse Illustrée, sous la haute direction de Paul Dalloz, qui appré-

ciait trop les services de L. Larchey comme rédacteur de la première de ces feuilles, pour ne point l'emploj'er aux quatre autres. C'est ainsi qu'il collabora longtemps au Moniteur et au Petit Moniteur (il fut envoyé dans l'Est par le Moniteur, en juillet 1870, pour rendre compte de la situation militaire), et fit, en 1868, la chronique de la Petite Presse. En outre, il rédigea entièrement, sous un autre nom, en 1872-73, la Presse illustrée.

Avant d'entrer dans la « Maison Dalloz », L. Larchey avait écrit dans plusieurs journaux de Paris, parmi lesquels nous citerons VAbeille impériale (1853-54:), où il se chargea du bulletin bibliographique et, — une fois n'est pas coutume ! — des Théâtres ; le Courrier de Pariai (1859) ; la Vie moderne (1859); Le Figaro (id).

Son activité, la variété de ses connaissances lui permirent, en outre, d'aborder les sujets les plus divers dans de grandes revues, telles que la Revue contemporaine, la Revue bleue, le Correspondant, la Revue britannique ; dans des périodiques spéciaux comme la Revue alsacienne dont il fut un collaborateur assidu en 1886-87, pendant la direction de son ami Charles Mehl, la Nature, le Magasin pittoresque, le Journal des Arts ; dans des revues d'érudition comme lAtlienœum, le Bibliophile français, le Moniteur du Bibliophile, le Livre, la Revue biblio-iconographique, le Bulletin du Bibliophile. Les trois derniers ont bénificié de fragments de Mémoires d'autant plus précieux qu'il paraît n'en avoir guère laissé d'autres (1).

(1) Il a écrit, sous le titre de « Ceux que j'ai connus )i, des Mémoires dont nous n'avons, malheureusement, retrouvé que de rares fragments dans ses pajiiers. Un certain nombre de dossiers portant les noms des personnages passés en revue, sont rangés par ordre alphabétique, mais vides pour la plupart; il est donc à craindre que ce travail n'ait été détruit. Ils'enoccupaitdepuislongtemps, silon en croit lalettrc suivante, écrite en septembre 19U1 : « Mes Souvenirs sontàbâtons

Quant aux journaux de province, citons le Courrier de la Moselle, i Impartial du Rhin, le Progrès de Lyon, le Petit Marseillais, le Sémaphore de Marseille, le Mémorial d'Aix. Quelques fragments de ses Souvenirs ont paru dans le Mémorial, mais cette feuille, à laquelle il a collaboré six ans, a surtout reçu de lui des chroniques, et celles-ci bien qu'écrites au courant de la plume, mériteraient,

rompus, c'est souvent assez bohème, c'est-à-dire aj'ant trait à des scènes vues dans ma jeunesse. En réalité, je m'abandonne, depuis liuit ans, à ce genre d'exercice. C'est souvent aux lieures mauvaises que j'évoque les choses les plus gaies ! »

Kt ailleurs : « Je griffonne mes Souvenirs con amore » (1889).

Leur disparition serait une vraie perte pour l'histoire littéraire du XlX^siècle, car L. Larchey fut en relations avec la plupart des hommes de Lettres de son temps. Par contre, on y eût vainement cherché, sans doute, des détails sur sa famille. Nous en avons dit un mot, au début de ces pages. Ajoutons que sa grand'mère maternelle, Henriette de Marion, s'était liée à Vienne, pendant l'émigration, avec la jeune Marie-Louise d'Autriche, parce qu'une de ses cousines aj-ant épousé le prince de Lambesc, tenait rang à la Cour. Elle signait, en cette qualité. Victoire de Lorraine.

Voici deux billets de Marie-Louise à M"« de Marion : nous conservons l'orthographe des manuscrits originaux :

« Ma chère Henriette, je t'en prie, viens demain. Peut-être peindrons-nous desœufs, et là, je t'en prie, peint aussi avec (s/c), car tu verras que nous avons fait des beaux œufs. Je t'en prie de dire à ton frère, en mon nom, mille compliments de ma part, et dis lui que je voudrais avoir 1 honneur de le voir, car ce sera un vrai plaisir pour moi. Et bien je suis de tout mon cœur, ta attachée amie.

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