‹ Lorely; souvenirs d'AllemagneChapitre 54 sur 93 · V. — Les mêmes, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

V. — Les mêmes, LE CHEVALIER

le chevalier. Qu'est-ce que cela? Un étudiant qu'on arrête... C'est loi, Diégo?

diégo. Vils sicaires;

le chevalier. Commandant, je connais cet homme.

l'officier. Vous, monsieur le chevalier?

le chevalier. Ne troublez pas la fête pour si peu de chose... laissez-nous, je réponds de lui.

l'officier. Il suffit. Marchons...

le chevalier (à Diego.) Tu vois que les frères ne s'abandonnent pas... Je t'ai sauvé, tu es libre.

diégo. Ah! Paulus... c'est toi!... toujours parmi les esclaves?

le chevalier. Moi-même. Et toi? toujours parmi les ivrognes!

diégo. Je n'ai pas changé de religion, au moins , aussi, toujours prêt à risquer ma vie pour la bonne cause! toujours voyageur, ambassadeur des républiques ! ces jours derniers à Gœttingue, à Leipsick ; demain à Heidelberg.

le chevalier. Tu vas à Heidelberg?

diégo. En voiture, en grand seigneur: tiens, voilà des sequins de Venise, des ducats, des piastres d'Espagne...

le chevalier. Et qui t'a donné cela?

diégo. Qui m'a donné cela? Celui qui veille pendant que le maître est endormi. En voilà, en voilà encore !

le chevalier. Mais tu as une somme !

diégo. 11 y a de quoi faire sauter la banque... si le jeu n'était pas défendu ! Infâmes tyrans, qui ont

défendu le jeu : mais dans trois mois il n'y en aura plus de tyrans- je les abolis!... j'ai là leur condamnation. Adieu, Paulus 5 il faut que je parte demain matin au point du jour !

le chevalier. Eh bien, tu as le temps : écoutemoi ; à ta place, avant de supprimer les tyrans, je voudrais les voir de près. Veux-tu que je te présente aux tyrans ?

Diego. Oui, pour les frapper dans leur fête!

le chevalier. Non, pour manger leurs glaces, boire leur vin et gagner leur argent.

Diego. Gagner leur argent ! On joue donc à la cour?

le chevalier. On ne joue plus que là, puisque le jeu est défendu ailleurs.

DiÉGO. Oh! les despotes! Eh bien, oui, je veux gagner leur argent ; oui, je veux boire leur vin 5 oui, je veux manger leurs glaces! Conduis- moi à eux.

le chevalier. Un instant. Diable, il faut changer de costume ; viens chez moi, je te prêterai un de mes habits. Tu ne parleras qu'espagnol ; mais tu mangeras, tu boiras et tu joueras comme un Allemand. Cela te convient-il?

diégo. Si cela me convient, pardieu!

le chevalier. Silence , quelqu'un s'approche , c'est le grand maréchal ; partons, qu'il ne te voie pas sous ce costume. Viens chez moi.

diégo. Tu est mon sauveur! tu sers la liberté à ta manière, c'est bien... (Ils sortent).

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