‹ Lorely; souvenirs d'AllemagneChapitre 78 sur 93 · IV. — Les mêmes, WALDECK · texte numérisé non relu

IV. — Les mêmes, WALDECK

le président. Frère, quelle heure est-il?

waldeck. L'heure où le maître veille et où l'esclave s'endort.

le président. Comptez-la.

waldeck. Je ne l'entends plus depuis qu'elle sonne pour le maître.

le président. Quand l'entendrez-vous?

waldeck. Quand elle aura réveillé l'esclave.

le président. Où est le maître?

waldeck. A table.

le président. Où est l'esclave?

wtaldeck. A terre.

le président. Que boit le maître?

waldeck. Du sang.

le président. Que boit l'esclave?

waldeck. Ses larmes.

le président. Que ferez-vous de tous les deux?

waldeck. Je mettrai l'esclave à table, et le maître à terre.

le président, Ëtes-vous maître ou bien esclave?

waldeck. Ni l'un ni l'autre.

le président. Qu'êtes-vous donc?

waldeck. Rien... mais j'aspire à devenir quelque chose.

le président. Quoi encore?

waldeck. Voyant.

le président. En savez-vous les fonctions?

waldeck. Je les apprends.

le président. Qui vous enseigne?

waldeck. Dieu et mon maître.

le président. Avez-vous des armes?

waldeck. J'ai cette corde et ce poignard.

le président. Qu'est-ce que cette corde?

waldeck. Le symbole de notre force et de notre union.

le président. Qu'êtes-vous selon ce symbole?

waldeck. Je suis l'un des fils de ce chanvre, que l'union a rapprochés et que la force a tordus.

le président. Pourquoi vous a-t-on donné la corde ?

waldeck. Pour lier et pour étreindre.

le président. Pourquoi le poignard?

waldeck. Pour couper et pour désunir.

le président. Êtes- vous prêt à jurer que vous ferez usage du poignard ou de la corde contre tout condamné dont le nom sera inscrit au livre de sang?

waldeck. Oui.

LE PRÉSIDENT. Jurez-le.

WALDECK. Je le jure!

le président. Vous dévouez-vous h la corde et au poignard vous-même, s'il vous arrivait de trahir le serment que vous venez de faire, sur ce livre d'une main, et sur l'Évangile de l'autre : sur le glaive et sur la croix?

waldeck. Je m'y dévoue. (En ce moment, on entend un grand bruit à la porte du fond, et comme un froissement de fer; en môme temps, quelques coups de tambour battant sourdement la charge, puis enfin des coups aux portes.)

léo. Quel est ce bruit?

le président. Écoutez!

un servant, entrant. Nous sommes perdus ! tout est découvert.

le président. Qu'y a-t-il?

le servant. Les soldats royaux qui frappent à la porte.

l'officier (dehors). Au nom du prince! ouvrez, ouvrez !

le président. Lâches sont ceux qui fuient! nous mourrons en martyrs !

léo, bas. Qu'est-ce que cela? Le savez-vous, Paulus? je n'ai donné aucun ordre.

le chevalier. Silence!

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