‹ Lorely; souvenirs d'AllemagneChapitre 80 sur 93 · VI. — Les mêmes, FRANTZ LEWALD · texte numérisé non relu

VI. — Les mêmes, FRANTZ LEWALD

le président. Veilleur, pourquoi laissez- vous passer ?

le veilleur. C'est un des voyants ; il a le masque et la croix.

le président. Pourquoi entrez-vous, étant venu si tard, sans les formules exigées?

frantz. Frères, ce n'est pas le moment des cérémonies et des formules... Nous sommes vendus, trahis, livrés... Je n'ai pas besoin d'en dire plus; lisez : (Il remet les papiers trouvés chez Léo Burckart,)

Léo (bas). Que veut dire cela?

le chevalier. Cette fois, je n'en sais rien. Écoutons.

le président. Les papiers confiés à Diego pour nos frères d'Heidelberg...

l'accusateur. Diego serait-il un traître?

un voyant. Diego peut être en prison, Diego peut être assassiné 5 mais ce n'est pas un traître : je réponds de lui comme de moi.

le chevalier (bas). Sur mon âme! ce sont les papiers saisis! Où les avez-vous donc laissés, monseigneur?

léo. Dans mon cabinet, sur mon bureau... Je n'y comprends rien... il faut qu'il y ait magie!

le chevalier. Ou trahison.

léo. Ils étaient peut-être expédiés en double.

le président. Et entre les mains de qui étaient ces papiers?

frantz. Entre les mains du ministre.

tous. Du ministre? de Léo Burckart!

frantz. Oui... ainsi, il sait nos noms, il connaît nos desseins.

le chevalier (bas). Ce sont bien les mêmes.

l'accusateur. Et comment sont-ils tombés entre les tiennes?

frantz. Je ne puis le dire...

tous. Parle! parle!

le président. Le frère a le droit de refuser toute

explication à cet égard; d'ailleurs elles seraient inutiles. Les papiers étaient entre les mains du ministre, donc le ministre sait tout ; donc nous sommes tous morts demain, s'il ne meurt cette nuit.

le chevalier (bas). Entendez-vous?

tous. Oui, oui, qu'il meure!

l'accusateur. Il n'y a pas un instant à perdre ; nous n'avons de temps ici ni pour l'accusation, ni pour la défense. Que ceux qui sont pour la mort lèvent la main !

presque tous. La mort! la mort!

le président. Il y a majorité. Veilleur, apportez l'urne, et mettez-y seize boules blanches et une boule noire-, celui qui tirera la boule noire sera l'élu. Vous en remettez-vous au sort?

tous. Oui, oui.

le président. Silence, frères!... Procédons par ordre, et avec le calme et la dignité qu'exige une pareille résolution. Songeons qu'il y a de ce moment, parmi nous, un vengeur ou un martyr. Chacun prendra son rang selon la lettre alphabétique du pays qu'il représente. (Tous se rangent.)

le président. Moi qui représente l'Autriche, je tire le premier. (Il tire la boule, et la laisse tomber dans un plateau.) Blanche.

un voyant Rapprochant de l'urne). Blanche.

hërmann. Blanche.

un autre. Blanche,

frantz (tirant à son tour). Noire!...

tous. Noire!

le président. Vive l'Allemagne, frères ! L'élu est nommé!...

frantz. 0 mon Dieu! mon Dieu!

un voyant. Frère ! voilà le poignard.

un autre. Frère, voilà la corde.

le président. Rappelle-toi ton serment sur le livre de sang et sur l'Évangile. Tu as douze heures pour l'accomplir.

frantz. C'est bien.

le président. Maintenant, tu sais le sort qui attend les lâches et les traîtres... C'en était un celui dont, en passant, tu as vu le cadavre. (On ouvre les portes, les étudiants non masqués entrent , et se mêlent aux autres.)

tous. Vive l'Allemagne!

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