‹ LorenzaccioChapitre 26 sur 95 · ACTE PREMIER. Scène VI · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. Scène VI

jeton de leur protecteur; sa maison leur est ouverte, les Strozzi eux-mêmes y viennent. Pauvre Philippe! il y aura une triste fin pour tes cheveux gris! Ah! ne puis-je voir une fille sans pudeur, un malheureux privé de sa famille, sans que cela me crie : Tu es la mère de nos malheurs! Quand serai-je là ? (Elle frappe la terre.)

CATHERINE. — Ma pauvre mère, vos larmes se gagnent. (Elles s’éloignent. — Le soleil es couché. — Un groupe de bannis se forme au milieu d’un champ.)

UN DES BANNIS. — Où allez-vous ?

UN AUTRE. — À Pise!; et vous?

LE PREMIER. — À Rome.

UN AUTRE. — Et moi à Venise; en voilà deux qui vont à LS que deviendrons-nous ainsi éloignés les uns des autres ?

UN QUATRIÈME. — Adieu, voisin; à des temps meilleurs. (II s’en va.) Adieu; pour nous, nous pouvons aller ensemble jusqu’à la croix de la Vierge?. (1J sort avec un autre. — Arrive Maffño.)

LE PREMIER BANNI. — C’est toi, Maffio ? Par quel hasard es-tu ici ?

MAFFIO. — Je Suis des vôtres. Vous saurez que le duc a enlevé ma sœur; j’ai tiré l’épée; une espèce de tigre avec des membres de fer s’est jeté à mon cou et m’a désarmé; après quoi j'ai reçu l’ordre de sortir de la ville et une bourse pleine de ducats.

LE SECOND BANNI. — Et ta sœur, où est-elle ?

MAFFIO. — On me l’a montrée ce soir sortant du spectacle dans une robe comme n’en a pas l’impératrice; que Dieu lui pardonne! Une vieille l’accompagnait, qui a laissé trois de ses dents à la sortie. Jamais je n’ai donné de ma vie un coup de poing qui m'’ait fait ce plaisir-là.

LE TROISIÈME BANNI. — Qu'ils crèvent tous dans leur fange crapuleuse, et nous mourrons contents.

LE QUATRIÈME. — Philippe Strozzi nous écrira à Venise;

1. Pise était gouvernée par Jacques de Lazare de Médicis que l'on croyait à tort sympathisant à la cause républicaine: 2. Croix de la Vierge, un calvaire des environs de Florence, impossible à localiser précisément.

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quelque jour nous serons tous étonnés de trouver une armée Gi à nos ordres.

LE TROISIÈME. — Que Philippe vive longtemps! Tant qu il y aura un cheveu sur sa tête, la liberté de l'Italie n’est pas morte. (Une partie du groupe se détache ; tous les bannis s’embrassent.)

UNE VOIX. — À des temps meilleurs!

UNE AUTRE. — À des temps meilleurs ! (Deux Fel montent sur la plate-forme d’où l’on découvre la ville.)

LE PREMIER. — Adieu, Florence, peste de l’Italie! Adieu, . mère stérile, qui n’as plus de lait pour tes enfants!

LE SECOND. — Adieu, Florencé la bâtarde, spectre hideux de l’antique Florence. Adieu, fange sans nom!

TOUS LES BANNIS. — Adieu, Florence! Maudites soient les mamelles de tes femmes! Maudits soient tes sanglots! Maudites les prières de tes églises, le pain de tes blés, Pair de tes rues! Malédiction-sur la dernière goutte de ton sang corrompu |

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