‹ LorenzaccioChapitre 28 sur 95 · ACTE II. SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE III

| LORENZO. — Si tu n'étais pas boiteux, comment resterais-Wu, à moins d’être fou, dans une ville où, en l’honneur de tes idées de liberté, le premier valet d’un Médicis peut te faire assommer sans qu’on y trouve à redire ?

TEBALDEO. — J'aime ma mère Florence; c’est pourquoi je reste chez elle. Je sais qu’un citoyen peut être assassiné en plein jour et en pleine rue, selon le caprice de ceux qui

la gouvèrnent; c’est pourquoi je porte ce stylet à ma ceinture.

LORENZO. — Frapperais-tu le duc si le duc te Frappait, comme 1l lui est arrivé souvent de commettre, par partie de plaisir, des meurtres facétieux ?

TEBALDEO. — Je le tuerais s’il m’attaquait.

LORENZO. — Tu me dis cela, à moi!

TEBALDEO. — Pourquoi m’en voudrait-on? je ne fais de mal à personne. Je passe les journées à Patelier. Le dimanche, Je vais à l’Annonciade ou à Sainte-Marie! les moines trouvent que j'ai de la voix; ils me mettent une robe blanche et une calotte rouge*, et je fais ma partie dans les chœurs, quelquefois un petit solo : ce sont les seules occasions où je vais en public. be soit, je vais chez ma maîtresse, et quand la nuit est belle, je la passe sur son balcon. Personne ne me connaît, et je ne connais personne : à qui ma vie où ma mort peut-elle être utile ?

LORENZO. — Es-tu républicain ? aimes-tu les princes ?

TEBALDEO. — Je suis artiste; j’aime ma mère et ma maitresse,

LORENZO. — Viens demain à mon palais, je veux te faire faire un tableau d’importance pour le jour de mes noces. (Ils sortent.)

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