ACTE II. SCÈNE VI
redoute un acte violent de son fils Pierre. Justement celui-ci arrive et annonce : « C’est fait; Salviati est mort». Lorenzo, jusqu'ici muet, s’approche de Pierre, et lui dit: «Tu es Len Pierre, tu es grand comme la vengeance.»
SCÈNE VI. — LE DUC, à demi nu ; TEBALDEO), faisant son portrait; GIOMO joue de la guitare.
Au palais du duc.
GIOMO, chantant.
Quand je mourrai, mon échanson, Porte mon cœur à ma maîtresse; Qu’elle envoie au diable la messe,
La prêétraille et les oraisons.
Les pleurs ne sont que de l’eau claire :
Dis-lui qu’elle éventre un tonneau; Qu'on entonne un chœur sur ma bière.
J'y répondrai du fond de mon tombeau!.
LE DUC. — Je savais bien que j'avais quelque chose à te demander. Dis-moi, Hongrois’, que t’avait donc fait ce garçon que je t'ai vu bâtonner d’une si joyeuse manière ?
GIOMO. — Ma foi, je ne saurais le dire, ni lui non plus. LE DUC. — Pourquoi? est-ce qu’il est mort?
GIOMO. — C’est un gamin d’une maison voisine; tout à Pheure, en passant, il m’a semblé qu’on l’enterrait.
LE DUC. — Quand mon Giomo frappe, il frappe ferme.
GIOMO. — Cela vous plaît à dire; je vous ai vu tuer un homme d’un seul coup plus d’une fois.
LE DUC. — Tu crois! J'étais donc gris? Quand je suis en pointe de gaieté, tous mes moindres coups sont mortels. Qu’as-tu donc, petit? est-ce que la main te tremble? tu louches terriblement.
1. Tombeau. Le rythme et même le contenu de quelques vers évoquent de façon parodique
le célèbre début du poème : Lucie :
Mes chers amis quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.
2. Cf. liste des personnages. Pour resserrer, Musset mélange intentionnellement deux faits vrais : Benvenuto Cellini atteste dans ses mémoires que Lorenzo assistait fréquemment aux séances de pose d'Alexandre. L'épisode de la cotte de mailles est authentique, mais a précédé d'un an le meurtre. ;
TEBALDEO. — Rien, monseigneur, plaise à Votre Altesse. (Entre Lorenzo.)
LORENZO. — Cela avance-t-il? Êtes-vous content de mon protégé? (11 prend la cotte de mailles du duc sur le sofa.) Vous avez là une jolie cotte de mailles, mignon! Mais cela doit être bien chaud.
LE DUC. — En vérité, si elle me gênait, je n’en porterais pas. Mais c’est du fil d’acier; la lime la plus aiguë n’en pourrait ronger une maille, et en même temps c’est léger comme de la soie. Il n’y a peut-être pas la pareille dans toute l'Europe; aussi je ne la quitte guère; jamais, pour mieux dire.
LORENZO. — C'est très léger, mais très solide. Croyezvous cela à l’épreuve du stylet ?
LE DUC. — Assurément.
LORENZO. — Au fait, jy réfléchis à présent; vous la portez toujours sous votre pourpoint. L’autre jour, à la chasse, j'étais en croupe derrière vous, et en vous tenant à brasle-corps, je la sentais très bien. C’est une prudente habitude.
LE DUC. — Ce n’est pas que je me défie de personne; comme tu dis, c’est une habitude, — pure habitude de soldat.
LORENZO. — Votre habit est magnifique. Quel parfum que ces gants! Pourquoi donc posez-vous à moitié nu? Cette cotte de maïlles aurait fait son effet dans votre portrait; vous avez eu tort de la quitter.
LE DUC. — C’est le peintre qui l’a voulu; cela vaut toujours mieux, d’ailleurs, de poser le cou découvert : regarde les antiques!.
LORENZO. — Où diable est ma guitare? Il faut que je fasse un second dessus? à Giomo. (J/ sort.)
TEBALDEO. — Âltesse, je n’en ferai pas davantage aujourd’hui.
GIOMO, à la fenêtre. — Que fait donc Lorenzo? Le voilà en contemplation devant le puits qui est au milieu du jardin: ce n’est pas là, il me semble, qu’il devrait chercher sa guitare.
1. Le duc, malgré sa laideur a collectionné ses portraits. Nous en connaïssons au moins six
commandés par lui. Sur presque tous il pose dans cette tenue: 2. Second dessus : partie supérieure d'un duo instrumental. #
ipnitzk
Phot. L