‹ Lorenzaccio (Lorenzino de Médicis) 1514-1548Chapitre 40 sur 64 · SCÈNE IV Dame Pasqle, Ermimo · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Dame Pasqle, Ermimo

Dame Pasqle. — Je voy là mon maistre, qui a le mal des ardents.

Ermimo. — Oh Dieu, secourez-moy.

Dame Pasque. — Que n'est-il plus tost amoureux de moy?

Ermimo. — Aïe, on m'entend.

Dame Pasque. — Je te le ferois faire un chemin, cent lieues à l'heure, oy dea !

Ermimo. — Hé, c'est cette folle de Dame Pasque ; qu'est-ce que tu barbottes. buse ?

Dame Pasque. — Je dys, que je traictois mieux mes amoureux que ne vous faict Fiammette.

Ermimo. — Gare à qui veut mordre sur ma Fiammette! Et qui diantre fut amoureux de toi? quelque portefaix de la place?

1. C'est le supplice qui attendait, après le 6 janvier 1537, Lorenzino lui-même, s'il eût été pris.

Dame Pasque. — Ouais, un portefaix? Faictes vostre compte que j'ay ce que vous sçavez comme une autre!

Erminio. — Ouy, et un empan davantage! Mais que fais-tu icy à ceste heure?

Dame Pasque. — Où m'avez-vous envoyée, Monsieur?

Erminio. — Quoy? déjà revenue de chez Dame Constance?

Dame Pasque. — Qu'en pensez-vous? on trouve peu de Dame Pasque, allez, monsieur!

Erminio. — Et mesmement de belles comme toy.

Dame Pasque. — Si je ne suys point belle, tant pys pour moy. C'est vous qui m'avez esrénée, vous me dictes tousjours villanies.

Erminio. — Où est la lettre?

Dame Pasque. — Tenez.

Erminio. — Porte-là présentement à la Prieure, puis va trouver la maîtresse deFiammette, et dis-luy que, si la Prieure y consent, elle te renvoie soudain à moy. et j'enverray des gens pour l'emporter.

Dame Pasque. — Emporter qui?

Erminio. — Dis comme je te dis, elle comprendra bien.

Dame Pasque. — Où voulez-vous que je l'emporte?

Erminio. — Ah, tu me romps la tête! Dis à Sœur Mariette de te dire si la Prieure consent, rien autre ; et diantre, tâche, cornediable, de te rappeler...

Dame Pasque. — Je me rappelleray très bien.

Erminio. — C'est assez, va, va, en route !

Dame Pasque. — Uh, ouh, Monsieur!

Erminio. — Attens! je veux te faire porter autre chose.

Dame Pasque. — J'atten.

Erminio. — Paulin, eh, Paulin, tu n'entens pas ! A la garde ! holà !

Dame Pasque. — 11 sera allé jouer.

Erminio. — Je t'ai dit d'attendre, toy. Oh! Paulin. Tu n'entends point, canaille? Holà, ho!

Paulin, Ehmimo, Dame Pasqi e.

Paulin. — Monsieur!»

Erminio. — Il te faut tousjours te faire appeler cent foys; voyez la belle affaire!

Paulin. — Je nettoyois vostre manteau.

Erminio. — Lequel, celuy que j'ay sur moy?

Paulin. — Oy, Monsieur.

Erminio. — Ah ! l'effronté menteur, voyez s'il a honte, le gueux !

Paulin. — Par vostre grâce!

Erminio. — Nous en reparlerons avant demain matin. Mais va chercher quatre bouteilles de Trebbiano, et les portez à vous deux pour Fiammette.

Paulin. — Ouy, Monsieur.

Erminio. — Allez, leste, je veux la response, qui importe fort.

Paulin. — Bah! j'yray pourtant doucement, j'ay trotté tout le jour.

Erminio. — Je vous atten au logis. (Ilsorl.)

Dame Pasque. — Ah Dieu, que c'est une grande peine que d'estre servante ; moy qui suys lasse à mourir, il me fault aller à Sainte Susanne, et puis peutestre auray-je à retourner icy, et puis à retourner làbas, et ainsy tous les jours, tous les jours la journée. Au moins, si l'on faisovt la fête de Saint-Saturne,

comme aux temps anticques,où l'on concédoit que, huict jours durant, servantes etserviteursdevenoyentpatrons, et aussi les patrons esclaves et serviteurs ! C'est moy qui seroys Dame Lucrèce, et voudroys me tenir au lict tous ces huict jours avec quelque mien amoureux ; et n'auroys à attendre tous ces billets doux, tous ces fiasques, tous ces messages à porter: si le cœur m'en disoit, je ferois de l'œil au premier qui me plairoit, et n'auroys, comme maintenant, à payer des maheustres, si je me veux passer une pauvre petite fantasie !

Paulin. — Dame Pasque, prenez ces fiasques.

Dame Pasque. — N'as-tu point des mains?

Paulin. — Pren garde, j'ay des pieds aussi.

Dame Pasque. — Situ as des pieds, tu pourras donc les aller porter, pour moy j'ay autre chose à faire; le maistre t'a-t-il point dict d'avoir à les porter ? ouy, toy?

Paulin. — Non, Madame, mais bien que nous les portassions entre nous deux.

Dame Pasque. — Tu n'es qu'un babouyn ; or ça, portes-en trois, et moy j'en porteray un, je suys vielle.

Paulin. — Foin de vous; je les ay portés jusques icy, portez-les, vous, jusque là-bas; et ainsi nous les aurons portés à nous deux.

Dame Pasque. — Par la croix de Dieu, si tu ne les portes, je te feray donner des estafilades, et je diray que tu ne les as voulu porter affin d'aller au jeu.

Paulin. — Et moy, diray ce que vous me listes l'autre nuict, comme je dormois avec vous.

Dame Pasque. — Et que t ay-je fait, larronneau?

Paulin. — Qu'est-ce que vous m'avez touché?

Dame Pasque. — T'ay-je louché la poictrine?

Paulin. — Non. plus bas.

Dame Pasqi e. — Le flanc? le ventre?

Pu un. — Plus bas, c'est Madame la Lune!

Dame Pasque. — Les jambes?

Paulin. — J'ay esté pour vous le dyre, vieille truye. que vous y vouliez aiguiser vos deflenses !

Dame Pasqi e. — Gibier de potence! si une foys je te mets sous moy, je t'apprendray dire pareilles villanies!

Paulin. — Ah, ah! je te verray pourtant quelque jour, comme tu mérites, avec la couronne en papier, comtesse de Bourg-aux-C liai ses !

Dame Pasque. — Sors de devant moy, misérable, que la rage te vienne.

Paulin. — Oh, porte les iiasques toy-mesme, gualle fretière !

Dame Pasque. — Que je voye Erminio.

Paulin. — Bisque, bisque, vielle furye !

Dame Pasque. — Àtten un peu !

(Elle lui lance ses pantoufles.)

Paulin. — Ah! voylà des pantouffl.es qui me vont servir.

• Dame Pasque. — Rends-les moy là, tout de suite.

Paulin. — Je cours, je cours !

Dame Pasque. — Je ne souffriray pas cela... Il s'en est allé avec elles! Ah! si je n'avois hâte... Allez, liezvous encore à ces pendards ; ils répètent tout ce qu'on faiet; si m'estoys-je bien accommodée, vous asseure, et puis, il faut bien quelques foys se donner bon temps; mais laissez-moy aller porter cecy, je n'ay que trop bayé aux corneilles, et voicy là des gens qui viennent et semblent esgarez, ils me demanderoient la voye, et me feroient parler encore un bout de temps.

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