‹ Lorenzaccio (Lorenzino de Médicis) 1514-1548Chapitre 41 sur 64 · SCÈNE V I · texte numérisé non relu

SCÈNE V I

Messire Akfolso, Briga, serviteur.

Messire Anfolso. — Je le pouvois faire sans t'envoyer devant, puisque tu as besoing de guide ; et comment se nomme la rue où c'est?

Briga. — Je ne sçay.

Messire Anfolso. — Et sa maison, est-elle grande, ou petite ?

Briga. — Je ne l'ay point dans la mémoyre.

Messire Anfolso. — Que te voylà bien informé !

Briga. — Je luy ay parlé, je suys allé en son logis deux foys. Mais Lucques n'est point faicte comme Tortone ; que je tourne le coin d'une rue, me voylà perdu.

Messire Anfolso. — Tu as pourtant parlé à celuy qui, dict-on, a ma fille.

Briga. — Je luy ay parlé, et dict-on que c'est elle bien seurement, et de cecy soyez certain.

Messire Anfolso. — L'as-tu veue ?

Briga. — Je ne l'ay point veue, mais il m'a demonstré les signes. Il dict qu'elle s'appelle tousjours Livie, qu'elle est blonde, qu'elle a les yeux noirs, et les chairs belles, et ce contresigne de la cicatrice auprès de l'œil , lequel ne peut faillir; outre quoy, il dit que sans trêve elle se souvient de Messire Anfolso et de Madame Hélène.

Messire Anfolso. — 0 Dieu, c'est une grande grâce; et il affirme l'avoir tousjours tenue dans un monastère?

Briga. — Il dict ne l'avoir quasijamais veue. Mais il me paroissoit chagrin.

Messire Anfolso. — Il doit avoir peur que je ne le paye comme il veut, mais quand mesme j'y devrois

ni'lln' la moitié de mon bien, je le veux contenter, si je trouve qu'il l'a vraiment tenue ;iinsi qu'il dit : <>r sua va vite, et voy si tu le trouves, car il me paroist mille années, si fort le temps me dure, de la revoir et l'embrasser.

Bbiga. — Àttendez-moy, je vais revenir vous trouver, si je ne m'esgare.

Missire Anfolso. — Si Dieu me donne la grâce de retrouver ma fille unique, et qu'elle ayt l'honneur sauf ainsi comme la personne, je me tien heureux. Il me paroist malaysé que, depuis quinze années qu'elle est aux mains de personnes lesquelles ont soucy du gain plus que d'autres choses, ils lavent voulu maintenir si exactement vierge. Mais d'autre part, si elle fut en un bon monastère, comme l'on dict. aysé sera qu'elle ait esté entretenue par de preudes femmes, etgardée ainsi; mais quoy qu'il en soit, je rens grâces à Dieu, pour l'avoir si longtemps sauvegardée loin du logis, car voicy un contentement qui recompense ma douleur que j'ay ressentie quand on me l'osta des bras.

Briga. — Monsieur, j'ay retrouvé la maison, c'est là auprès.

Messire Anfolso. — C'est un miracle ! Et elle esl au logis?

Briga. — Elle y est. qui vous atten. Allons '.

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