‹ Lorenzaccio (Lorenzino de Médicis) 1514-1548Chapitre 56 sur 64 · APRÈS LA MORT DE LORENZINO · texte numérisé non relu

APRÈS LA MORT DE LORENZINO

Après la mort de Lorenzino. — Fuite des assassins. — Cosnie I" et ses faveurs.— Le frère de Lorenzino. — Les œuvres laissées par Lorenzino ; leurs éditions, leur destinée. — Doni et ses erreurs. — Les cataloguistes.

Eclatante renaissance, pour la mémoire de Lorenzino, dans le dixneuvième siècle. — Les Italiens : Alfieri, l'Etrurie vengée. — Leopardi, les Paralïpomènes de la Batracomyoïnachie. — Benedetti et la Vie de Lorenzino de Médicis. — Le drame d'Alfred de Musset. Origines de l'œuvre. La « collaboration » de Mme Sand. Date et composition de l'œuvre. Musset est le seul qui ait fait revivre Lorenzino. Lorenzaccio, nom romantique. Ce drame est le plus beau de ce genre secondaire. — Autres choses de divers genres : drames et opéras italiens. — M. Léon Bertrand. — Alexandre Dumas père: Une année à Florence, les Médicis, Lorenzino, la Nuit florentine. — M. Emile Ollivier.

Leur coup fait, les deux assassins se retrouvèrent sur la petite place devant l'église Saint-Marcel. Bebo ne se possédait plus; le capitaine Gecchinole raffermit, et ils prirent leur course jusqu'au traghetto (embarcadère) du Saint-Esprit, où ils jetèrent leurs poignards dans le canal de la Giudecca; on prenait toujours cette précaution, car il y allait des galères, si les sbires vous saisissaient les armes à la main, surtout lorsqu'on était, comme ceux-ci, couverts de sang.

Ils se séparèrent, en se fixant un rendez-vous. Le « capitaine » conte qu'il entra dans une autre église, sans doute à Sainte-Agnès, et « s'agenouilla en priant et se chaudement recommandait à Dieu pour son salut et

préservation ». Il surveillait, entre ses doigts mis pieusement sur ses >eux, des sbires qui l'inquiétaient, el « alors il aurait bien voulu ravoir sari poignard, car il n'eût point eu regard à ce qu'il était dans une église ». Les sbires s'en allèrent. Il ne put, à cause de la foule. — c'était dimanche. — entrer au Saint-Esprit; il revint en arrière, mais un homme de police le suivait. Il lui donna brusquement un heurt si rude, que l'archer tomba violemment en arrière, à jambes rebidaines; et l'autre prit sa course jusqu'à Saint Marc. Au pont de la Paille, où le menait une gondole qui l'avait accueilli, le courage lui faillit pour descendre devant la garde : il alla frapper chez « une putain de ses amies ». mais l'asile était trop foulé, il fallut repartir encore. Il alla chez le comte de Collalto, l'ami de l'Arétin, Bebo était là.

Le comte rentra, leur fit mille caresses, mais leur dit de se cacher, il avait à dîner le premier médecin de Venise. Gomme on se huait les mains pour se mettre à table, « arriva une ambassade de la mère de Lorenzino. disant que, si le médecin est là, il aille soudain chez elle, parce que Laurent a été tué, et Alexandre Soderini blessé mortellement ». Le médecin partit sur le-champ.

A l'heure de \êpres, ils quittèrent la maison du comte et allèrent chez leur logeuse. Ils en sortirent après avoir commandé leur souper, et passèrent au traghetto de la Madeleine, au Canareggio : ils se mirent en gondole et dirent au gondolier : « Nage vite, à Sainte-Marie Zobenigo. » Puis, au milieu du Grand- Canal, ils feignirent de renoncer à ce trajet qui les mettait sur l'autre revers de Venise, ou d'avoir à descendre : « Aborde, dit Gecchino. voilà quelques sols.

atlends-nous ici. » Ils étaient devant le palais de l'ambassadeur d'Espagne.

Ils étaient sauvés. Embrassés par le secrétaire, félicités par l'ambassadeur, qui leur promit « toute la force et pouvoir de l'Empire afin de les sauver et remettre en sûreté aux mains du duc de Florence ». ils attendirent que l'on eût bien donné le change aux proscrits florentins, qui s'acharnaient à les chercher ; un jour, l'ambassadeur faisait répandre au Rialto le bruit que les assassins de Laurent étaient passés tel jour à Padoue : le lendemain, on les avait vus à Vérone ; une autre fois, dans le Frioul. ou ailleurs.

Enfin, déguisés en Biscayens. bien accompagnés, les précieux gredins. la barbe coupée, prirent congé de l'ambassadeur et débarquèrent à Marghera. Le capitaine Yalérien de Terni, mêlé à toutes ces intrigues, les attendait avec son fils et quatre bons chevaux de poste : passeports, contreseings, relais, tout était prêt. César tenait ses promesses. Ils firent, à franc étrier, quatrevingt-dix milles « avant de dormir ». Ils allèrent à Trente, redescendirent à Mantoue. où ils logèrenl au More ; le cardinal Hercule de Gonzague. complice et confident du meurtre, qui les connaissait bien, leur offrit argon! et escorte jusqu'à Plaisance; ils lui rendirent grâces, se remirent en selle, et. le soir même, ils voyaient, à Plaisance, don Diègue de Mendoce.

Par Borgotaro, Pontremoli, la sauvage vallée du Taro et l'Apennin sinistre, ils gagnèrent Pise. Ils étaient au but, car le duc de Toscane s'y trouvait. Ils avaient fail treize jours de chevauchée continuelle.

Cosme les vit le lendemain matin. Il savait tout par les lettres qui lui racontaient le crime, mais il eut plai-

sir à leur faire Longuement répéter chaque phase et chaque détail.

Kl alors moult nous exalta et loua, nousdisanl que nous nous étions bravement comporté-;, et Lui donnions des obligations inoubliables : puis il nous donna sûreté pour tout son Ktat, et nous remit notre contumace, et avec très amples paroles et privilèges, nous déclarant moult affectionnés el ayant bien mérité non-seulement de lui. mais de toute sa maison, il nous jura de tout ceci une inviolable observance, comme il s'ensuivit en tait.

Le même seigneur Duc ne manqua point de nous octroyer maintes pensions et charges pour notre entretien, qui vraiment ne furent poinl petites, car nous pûmes vivre tout le temps de notre vie splendidement et sans aucun souci.

Mais, si Cecchino fut comblé, Bebo ne fut peut-être pas aussi riche. Et son compère, lorsqu'il dit : « Bebo s'en alla dans Yolterre, sa patrie, et là finit ses jours », montre une cruelle ignorance. Bebo Ricci fut préposé par Cosme Pr au commandement de la citadelle, à Massa; triste bicoque, au milieu des carrières, et qui, reconstruite plus tard, était alors croulante. Une lettre nous reste, où, huit ans plus tard, le meurtrier retraité dit à son duc :

Illustrissime et Excellentissime Seigneur, Ayant appris par le payeur de Votre Excellence que la guerre a éclaté entre les Impériaux et les Français, je ne puis manquer de vous signaler, comme j'ai fait par d'autres lettres, le besoin où est réduite cette forteresse d'ici ; d'abord", on ne peut ni fermer ni ouvrir la porte principale, le bastion prend tellement le- eaux qu'il ne peut plus tenir, et les munitions souffrent beaucoup.

Cosme faisait la sourde oreille, et affamait la garni] son de ce château branlant. Il n'était pas fâché, peutêtre, de voir disparaître l'instrument d'un ancien crime. Et la citadelle croula, par une nuit d'orage, sur la tête du commandant, qui fut tué raide.

\ f nés le meurtre de Lorenzino, Mgr délia Casa avait

écrit au cardinal Farnèse une lettre où il racontait simplement le fait, que « Laurent avait été tué sans pouvoir se défendre, et mourut en une demi-heure ». Mais il avait cru pouvoir ajouter : « Tout le pays regrette la mort de messire Laurent, qu'on tenait pour une personne de bonne intelligence et de grande valeur. » Le nonce fut blâmé pour ces paroles, et il écrivait tristement à son ami Gualteruzzi :

Je n'ai écrit de M. Laurent de Médicis, au cardinal Farnèse, que le simple récit de sa mort, sans nul éloge ; Dieu veuille pourtant que, blâmé pour avoir trop aimé peut-être Sa Seigneurie durant sa vie, je ne sois point blâmé de l'avoir, après sa mort, oublié trop ; ce que je n'ai point fait, et ne saurais point faire.

L'oubli, le silence, furent imposés à tous. Seuls, les auteurs du meurtre échangeaient leur juste allégresse. Lottini avait tout de suite écrit au duc :

Le coup est fait, ainsi que V. S. le verra par la lettre de l'ambassadeur de Son Excellence, et à ce que je puis savoir c'est le courtier A. avec un complice.

Et l'homme sage, qui avait fixé comment il fallait tuer Lorenzino, et renoncer à le noyer parce qu'il « nageait comme un poisson », le littérateur-policier tremblait maintenant pour sa peau menacée par les proscrits.

« L'ambassadeur du duc d'Urbin, écrivait Pandolfini à Cosme, le 1er mars, est venu aujourd'hui chez moi et m'a dit que Laurent le traître l'avait été voir, et que leur entretien était tombé sur la présence de Lottini à Venise pour l'affaire de préséance. » Il y avait, en effet, une querelle de principicules entre Cosme et le duc de Ferrare ; Cosme, prince nouveau, était à cheval sur ce qu'il estimait ses droits. Cette interminable question du « pas », qui amena la rupture entre la

France et l;i Toscane, el traîna jusqu'en 1573, était !<■ prétexte officie] pour accréditer Lottini. Mais Lorenzino ne s'y était point trompé : « Dieu veuille, disait-il à l'ambassadeur d'Urbin, que le drôle ne soit ici que pour cette histoire-là ! » L'archevêque Cornaro et Jean Micheli, intimes amis de Lorenzino. avaient prié Lottini de ne rien machiner contre lui. Aussi, le crime accompli, et par des gens qui étaient Yolterrains comme Lottini, l'émoi restait grand contre l'envoyé ducal. Les satellites des Strozzi tournaient autour de lui. D'autant que Cosme continuait, et continua jusqu'à la mort de Pierre Strozzi sous Thionville, ses embûches pour faire tuer, par le poison ou par le fer. chez lui ou quand il passait les Alpes, à la guerre ou en voyage. son ennemi le maréchal. Dès le 1er mars, tout joyeux et frais du succès obtenu pour Lorenzino, il en reparlait dans une lettre chiffrée. « J'en aurais, disait-il, grande et sûre reconnaissance. »

Comme le duc fermait cette lettre, la dépêche officielle de l'ambassadeur lui arriva :

En cachetant ceci, ajouta-t-il à son envoi, vient d'arriver votre missive du 20, avec la nouvelle du meurtre de Laurent le trait re. Par le premier courrier nous attendons de vous des renseignements sur qui a fait une œuvre si sainte, de délivrer le monde de cette peste; et ce qui seru ad\cnu de ceux qui le tirent, car nous ne saurions manquer à les en récompenser.

Et le secrétaire de l'ambassadeur avait sa part:

Or sus, puisqu'à la fin des fins le traître a tant et tant \iré. qu'il a donné dans le filet, nous attendons par le premier courrier l'assurance de qui ce fut, qui l'a tué, et si le courtier A. est celui qui a fait ce bel et courageux exploit, ne doutez point que vous en serez vous aussi récompensé à mains pleines, et les moyens ne me faudront. De Pise, le 1er mars, 1547 1548.

La nouvelle était allée vite; on la savait précieuse et

attendue. Ce même jour, le duc paperassier, dont la joie s'est toujours passée sur l'encre, la plume et la page blanche, reprenait en hâte, pour aviser son ambassadeur auprès de Charles- Quint, une formule que décidément il trouvait heureuse :

Laurent le traître, écrivait-il à Bernard de Médicis, évèque de Forli, à la fins des fins a donné dans le filet, et ce fut à seize heures, sur la voie publique, à coups de poignard, qu'il fut tué. Vous saurez le reste à loisir.

Pourtant, dès le 6 mars, les agents secrets se plaignaient, le duc récompensait mal des serviteurs aussi capables. Et la peur, maintenant, les aigrissait. Imperturbable. Cosme annonçait son bonheur aux quatre coins de l'Italie. Il savourait, maintenant, tous les détails, qui affluaient, il lançait des lettres officielles pour affirmer que « ce Lottini n'avait aucune intelligence avec les assassins ». Et l'on a vu si c'était vrai ! Il ne pensait plus qu'à la préséance. Cependant il avait un mot contre l'ambassadeur de France :

Il ne conviendrait point, disait-il, à l'ambassadeur français, d'agir contre ceux qui ont fait le coup, avec ces diligences que vous me dites, car on a tiré vengeance de la mort d'un frère de la Sérénissime Reine, à laquelle il convenait de le faire, plus qu'à personne.

Il racontait par le menu ce beau et salutaire meurtre à l'ambassadeur florentin près de l'empereur. « La Seigneurie n'a nul souci, ajoutait-il en marge, de rechercher les meurtriers. »

On apprit l'assassinat, à Paris, le 14 mars au matin. Jean-Baptiste Ricasoli, évoque de Cortone, ambassadeur de Toscane auprès du Roi Très-Chrétien, l'annonçait à Cosme, qui savait la nouvelle depuis treize joui s.

L 'évèque Strozzi et tonte la maison Strozzi en a mené grande

rancune el douleur, el ainsi se vérifie à toute heure la très exacte sentence, à savoir que qui tue est tué. On attend Pierre Strozzi d'heure en heure, e1 moins pour L'affaire de Saluées que pour celle-ci, sur laquelle il fera grand bruit près de Sa Majesté... Pour mon particulier, comme je dois partir, ce cas de Laurent le traître me donne un peu d'inquiétude à cause de ces Strozzi, Pierre et Robert.

Cependant, les Strozzi craignaient pour eux-mêmes:

J'ai appris, écrivait le prieur Léon Strozzi à son frère Pierre, le malheur arrivé à M. Laurent, niais avec sa manière de vivre, il fallait croire, attendu qu'il se gardait mal, qu'il devait ainsi linii. Tirez-en le fruit qui se peut tirer d'une triste nouvelle, apprenez à \ous mieux garder, aussi bien pour ce que vous mangez, que pour votre manière d'aller tard, et tant mal accompagné, et peu sez à vous en revenger à tout prix. Faites ma révérenceà la reine.

Quant à Loltini, de jour en jour il se rassurait.

Qu'il s'ensuive ce qui voudra, disait-il, je consens à tout, etiam s'il y faut de mon sang, car c'était trop grande honte pour Son Excellence de voir ce gaillard-là vivre ici comme il vivait, et je vous dis naïvement que depuis longtemps il m'avait donné l'envie de me faire bravo, tant j'enrageais quand je voyais ici le gueux adoré comme une idole. C'était une honte pour vous.

Et Gosme engageait son « honneur », à ce que nul malencontre n'arrivât au cher Lottini.

Le duc eut la joie, qu'il décrit, de voir « les deux jeunes gens de Volterre qui ont tué Laurent le traître. Il leur a été fait et sera fait, dit-il, toutes les caresses et bons traitements qu'il convient pour l'œuvre louable qu'ils on! faite, de guérir le monde de la présence de ce traître. » Le style de ce duc est expressif, mais uniforme !

L'Àrétin avait consigné son opinion, qui voulait être l'opinion publique, dans une lettre à un capitaine anonyme, désigné par la lettre F. (ce n'est ni Fracasse ni Fracastor, mais Faloppia) :

Le billet par lequel vous m'avisez comment tout à l'heure,

après le prêche, le 27 {sic) du présent, un dimanche, a été tué Laurent, — plutôt des Soderini que des Médicis, — m'a tout infesté de cette je ne sais quelle pitié que non seulement les personnes de complexion tendre, comme moi, mais les natures rudes, comme était la sienne, ont coutume de ressentir, et de cette compassion qui s'éveille alors que la misère des événements change les haines en charité ; maintenant, qu'un tel ou un tel ait donné fin au cours de ses jours, pour la prime ou pour autre chose, peu m'importe ; mais bien m'apparaît comme une des grandes faveurs que jamais grandeur d'âme ait faite à un coupable tel que lui, qu'il lui ait été, par qui pouvait faire autrement, accordé douze ans de vie, depuis la mort de ce duc Alexandre, qui l'avait élu pour son frère. Quoique la vengeance se fit d'autant plus cruelle, que moins on cherchait à se venger. Car, sans mourir, ni jour ni nuit, mille fois et la nuit et le jour il mourait, non par le couteau, ou le poison, mais de repentir, et rouge honte. Aussi la mort par le fer et la haine peut être tenue autant pour un bienfait envers lui, que pour un malheur qu'il a subi.

La même plume exaltait Lottini, et louait le duc Alexandre en ces termes :

Certes, Zufolina, la nature vous a si bien composée en utriusque sexe, qu'en un même instant vous vous montrez mâle, et tout d'un coup femelle, et ce n'est point pour une autre raison que le duc Alexandre voulut vous connaître charnellement, sinon afin de s'éclaircir si vous étiez hermaphrodite tout de bon, ou par plaisanterie.

Deux ans après, Jean-François Doni publiait à Venise : La Fortune de César, tirée des auteurs latins. On n'a jamais cité l'avis aux lecteurs, où on voit ces lignes sur les médailles et l'usage qu'en faisait Lorenzino. Quant au parallèle entre les anciens et les contemporains, c'est la même vieille recette qu'a reprise, dans la lettre à François de Médicis. grand-duc de Toscane, l'autre rhéteur, Mario Mattesilani.

A Venise, il ne demeura, comme trace du meurtre, qu'un procès-verbal au registre du Conseil secret des Dix, où le nom de Lorenzino figure incidemment dans

une semonce donnée aux gens de L'ambassadeur impé rial, qui devenaient trop effrontés: « Nous ne parleunis pas, dit la pièce, de la mort du Médicis. » Et le silence s'étendit.

Il ne restait, pour soutenir le nom de la lignée mâle dans la branche de Pierre-François de Laurent, que le cadet Julien. Les Strozzi se rattachèrent de plus en plus ; compagnon de Pierre Strozzi dans la guerre de Sienne, il vit la bataille de Marciano. La lettre que Catherine de Médicis, reine de France, avait écrite à si m cousin Cosme Ier pour lui faire rendre ses biens, n'avait pas encore eu d'effet. Mais Cosme consentit, enfin, sur la formelle promesse que Julien renoncerait. à tous droits sur le sceptre et à toute lignée, en se faisant d'église ; pensionné par l'assassin de son frère. Julien était, en 15(50, auprès du Médicis Lombard, le pape Pie IV. Evêque de Béziers en 1561, en 1570 abbé de Saint-Victor à Marseille, archevêque d'Aix en 1571. d Ubi en 1574, après Laurent Strozzi, toujours protégé par la reine Catherine, Julien fut remis en possession de ses biens en Toscane, et, riche, nul, heureux, mourut à soixante ans, dans son château d'Auriol, entre Marseille et la Sainte-Baume, le 28 juillet 1588. On l'inhuma dans son abbaye, ce farouche et sublime Saint- Victor du vieux Marseille.

Mais Lorenzino laissait mieux que ce frère, ou que la bâtarde Lorenzina, pour soutenir son nom et le faire durer. Le principicule assassin écrivit i'Aridosia, et il écrivit Y Apologie. Et cette centaine de pages, qu'il a dédaigné d'augmenter, ont porté son nom entre ceux des écrivains italiens auxquelles la postérité songe.

Doni, dans ces deux « Bibliothèques », publiées en 1550, 1551 et 1555, et qui sont un fouillis de charades et

d'attributions erronées ou fantastiques, disait d'abord: « En ce lieu je ne parlerai point de Lorenzino, mais je le réserve pour l'endroit où je traiterai de sa vie, et de sa médaille. » Et il citait simplement, dans le corps du texte, YAridosia, et à la « table de tous les livres écrits en langue vulgaire », la comédie Aridosia par Laurent de Médicis. Jusqu'ici, la mention est sommaire, elle n'est point absurde; et la première Bibliothèque n'est pas un catalogue dénué de toute valeur. Mais la seconde est une espèce de Bibliothèque de Saint-Victor, inventée par un Rabelais sans génie, sans esprit, sans verve. Les insanités y fourmillent, el voici ce qu'on lit, à la lettre L.

Lorenzino de Médicis

Florence, tragédie.

Le stratagème de l'hôpital des Tisserands.

Il est certain que ce gaillard, dont le froc un moment porté fut la seule ressemblance avec notre maître François, s'est cru fort drôle en fabriquant un titre de tragédie qui rappelait le meurtre, et un titre de comédie où l'on retrouvait la trace de l'anecdote publiée en 1550 par Vasari. Ou bien a-t-il recueilli, dans sa cervelle détraquée, un racontage de carrefour, sa matière préférée ?

Que pouvait-il dire de vrai, de sûr et de sérieux, lui qui écrivait au duc Cosme la plus plate lettre afin de pousser, en vue d'une pension, sa. Fortune <tc César? Le seul mérite de Doni, l'homme à la citrouille, est sa haine, homéopathique, pour l'Arétin.

La pièce de V Aridosia se trouve ( avec le titre au féminin) dans deux manuscrits du temps. L'un des deux est peut-être original; il porte le titre suivant:

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