‹ Lorenzaccio (Lorenzino de Médicis) 1514-1548Chapitre 57 sur 64 · I.' \i idosia Commedia composta per I · texte numérisé non relu

I.' \i idosia Commedia composta per I

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Ceci, et le récit de Vasari, semble fixer assez bien la date. Gomment donc a-t-on pu la placer on 1534 ?

Une édition, sans prologue, publiée le '2'2 février 1548, serait la première. Viendrait ensuite celle de Venise, citée par Gamba. Ces deux éditions ont pu être données, ou tout au moins préparées, par Lorenzino.

Celle, encore très rare, de Lucques, 1549, est entrée, sous mes yeux, à la Laurentienne de Florence, et j'ai pu l'y étudier. C'est là qu'est signalée, par une note manuscrite, l'introuvable de Bologne, 1548. Et elle contient le prologue. L'éditeur se vante d'avoir corrigé le texte, « afin que ce fût moins mauvais ». La traduction qu'on a lue plus haut est faite sur le manuscrit même.

Il y eut sans doute une partie musicale pour accompagner YAridosia. Et l'on peut espérer de la retrouver, parmi les monceaux de vieille musique inconnue, entassés en Italie, à Florence et ailleurs. C'est à Venise qu'on imprimait le plus souvent ces livrets.

Je ne disserterai point doctoralement sur la valeur littéraire de Y Ar idosia. Médiocrement ami des exercices pédantesques, je puis supposer qu'on a lu cette pièce tout à l'heure et dès lors, à quoi bon les phrases ?

La « comédie intitulée A r idosia, composée par le noble et gentil esprit Laurent de Pierre-François de

Médicis » — c'est ainsi que l'intitula l'autre vieux manuscrit — montrait que l'auteur de vingt ans n'avait point pour la langue dite « vulgaire » le mépris commun, en son temps, à bien des Florentins, et aux Strozzi même. Il est triste pourtant de voir qu'il ;i traîné derrière lui Plaute et Térence. Au moins a-t-il subi de Plaute la maîtresse influence. Je ne sais pas s'il vaut mieux, comme Montaigne le disait, être Térence que Plaute, parce que « cettuy-ci sent bien plus au gentilhomme », mais je sais que Plaute est un comique, ce qui, pour un auteur de comédies, vaut mieux que d'être un gentilhomme, ou « de sentir an gentilhomme ». Et Lorenzino eut le goût, le gentil esprit d'apprécier Plaute pour sa verve copieuse, poulies joies de son parler dru. et de ne prendre qu'un léger crayon à l'élégant et froid Térence.

L'Arioste avait été bien plus servile ; et certains auteurs, même chez les Florentins, ne s'émancipaient guère plus. Pourtant, la saveur florentine se sent partout chez ces gens-là. Ils avaient Machiavel, qui leur avait montré la voie, avec cynisme, avec génie. Même Cecchi, le meilleur peut-être avec Lasca. s'était encore empêtré dans les anciens. Mais il y avait, même sur Machiavel, un progrès certain. Si l'on vent mesurer la supériorité morale de VAridosia sur lu Mandragore, on peut comparer les jolies scènes, sensuelles et tendres, où l'amoureux ne rêve que d'aider à naître l'enfant de sa maîtresse cloîtrée, et l'ignoble scène iv du IIIe acte, chez Machiavel.

Lorenzinoace mérite, qu'il n'esl pas traînant comme un Gelli. Ses marionnettes remuent, amateur, il a fait la pièce que Ion aimait en son temps. « une comédie, qui n'est ni tout à fait antique, ni absolument mo-

derne, niais en partie moderne, et en partie antique; et, bien qu'elle soil en Langue florentine, elle est néanmoins tirée pour une bonne part du latin : tirée, dis-je. et non pas traduite, sinon de celle même façon que les Latins traduisaient les Grecs ».

Heureusement, on ne comprenait les anciens que fort superficiellement, «jusqu'à l'écorce». El l'humeur florentine animait tout. Certes, un peuple qui avait Dante, Boccace, et Sacchelli, aurai I pu se créer un théâtre plus original, bien à lui. « Mais, il ï I un historien du pur terroir, l'Italie paya, et paya cher les honneurs de primogéniture latine, au prix de deux siècles, qui eussent été les plus vigoureux, d'une littérature splendide, mais trop souvent artificielle. Et une des formes d'abord manquées, et avortées ensuite, fut justement la comédie. »

Des Trissin, des Rucellai, avaient empoisonné la race, déjà bien imprégnée parles disciplines surannées. Mais le génie individuel secoue les oripeaux ; et je sais des lecteurs qui ne sauraient achever une pièce écrite par les Latins, ces ramasseurs des miettes grecques, et que YAridosia n'ennuie point. C'est que malgré les réchauffages et les ravaudages, l'auteur a le droit de dire, comme Gelli, mieux que Gelli, « le lieu de la scène, c'est votre Florence » !

Dernier essor de l'esprit florentin, que la chape de plomb, avec le concile de Trente, et l'Inquisition chère à Cosme, opprime ensuite. Comme on comprend l'aveu d'un Italien :

Nous sommes privés d'un vrai théâtre original... ; dans la poésie dramatique, nous nous sommes persuadés qu'il fallait prendre pour modèles les comédies des anciens, plutôt que la nature, et la vie qui s'agitait autour de nous.

En 1589, l'auteur d'un « Catalogue des Ecrivains florentins », — en latin, naturellement, — certain Michel Poccianti, citait <c Laurent de Médicis, fds de Pierre François, philosophe insigne, et comique hors de pair. 11 adonné aux lettres, entre autres œuvres, une comédie, intitulée Aridosio, et quelques autres. Il mourut à Venise, et il y fut enterré. » Poccianti, qui fait des solécismes, a répété Doni. Remercions-le cependant ; grâce à lui seul, nous pouvons saA oir, sinon le lieu, du moins la ville où reposa Lorenzino.

/Vllacci, qui confond les éditions, la Crusca, qui conserve YAridosia parmi la fleur de sa farine, les erreurs de Crescimbeni, les omissions de tel professeur, les approbations de tel autre, cet exercice, où ils triomphent, et qui consiste à relever les « imitations », les pages venues de Breslau et celles que donna Turin, l'écho de Leipzig ou de Naples, tout ce fatras nous est, je pense, assez indifférent. Et ni Negri, ni l'excellent Tiraboschi, ni Fontanini, ne seraient plus intéressants à étaler que M. Pierre-Louis Ginguené, ministre plénipotentiaire, membre de l'Institut. On ne réveille pas les morts, même quand ils ne sont morts qu'à demi.

Ce qui attache davantage notre intérêt, à nous Français, ce sont toutes les influences qu'une pareille comédie eut sur notre théâtre. Sans doute, au seizième siècle, il y eut, hélas ! les pures imitations de l'antique, telles que YAndrie de Despériers. Mais les éléments originels de nos comédies, ce sont les farces du moyen âge, et c'est la comédie italienne. Cecchi prophétisait, quand il faisait dire au Prologue de la Dot :

Celui qui connaît Plaute et Térence, qu'il en témoigne et dise s'ils ont tiré les leurs des Grecs, et puis si les modernes ont pris

1rs leurs ;i Plaute el à Térence : el il pourrait se faire encore qu'un autre vienne, lequel rendra la pareille à la comédie toscane.

Il vint, et c'était un Toscan acclimaté : il avait traduit son nom de Giunto en Larivey, et il publiait, à Paris en 1579, à Lyon en 1597, ses « Comédies facécieuses de Pierre de Larivey, Champenois, à L'imitation des anciens Grecs, Latins et des modernes Italiens . Chain penois, c'est pour dire que ce rameau des « Juntes » comme on disait alors, provignait à Troyes en Champagne. Pierre avait accommodé pour la France une partie de Straparole, il arrangea Firenzuola, Piccolomini, Capelloni. et cette absurde Humanité deJ ésus Christ, par PArétin, quelques autres rapsodies encore. Mais il ne vit, un peu, que par les comédies. 11 adaptait là le Ragazzo ( laquais), de Dolce, la Veuve, de Nicolas Bonaparte, les Esprits ( YAridosia ) par Lorenzino de Médicis.

Puis vinrent les Jaloux, de Gabbiani, la Pie. deRazzi, et encore, du même, la Constance. Enfin, le Fidèle. d'après Pasqualigo, et les Tromperies, d'après Secchi.

Larivey adapta la pièce de Lorenzino, sans autre ret ouche que de remplacer le prologue par celui de la Sporta ( le Cabas ), du bon Gelli. de faire sauter Livia, trop florentine, avec quatre personnages accessoires, la tourière. sœur Mariette, Paulin et Briga. Le concile de Trente appesantissait les censures : le piètre devint un sorcier, ce qui ravalait le personnage jusqu'à Guignol. Et naturellement, quand l'italien disait: « C'est une Ridolfi », Larivey mettait : « Elle est née rue Saint-Denys. »

Utile, pourtant, le bonhomme, utile et louable, car il innova la prose, dans la comédie ; il débarrassa notre scène, pour un temps, devers exécrables. Molière suivit l'exemple, et Molière, avec et par Larivey, trouva son butin dans l'œuvre de Lorenzino.

Sainte-Beuve a déclaré les six premières comédies de Larivey bien supérieures aux autres. Celle des Esprits vient la troisième. Elle est du bon. cru. Sainte-Beuve croit que les traits originaux qui passèrent à Molière et à Regnard, sont de Larivey. Heureux âge, ce romantisme, où l'on n'étudiait jamais rien à fond !

Dois-je dire que le Fantosme amoureux, de Quinault, fit descendre ces anecdotes jusqu'à la pire platitude? 11 vaut mieux nommer nos vrais maîtres, en faire honneur à Lorenzino.

Quand Montaigne, grand amateur de comédies italiennes, achetait, certain vendredi, à Florence, un paquet de onze comédies chez les Giunti, peut-être avait-il eu déjà la curiosité de rechercher celle de Lorenzino. Mais pour Molière, le « maistre du chœur ». on a vu que l'imitation est flagrante ; ce que l'Avare doit à Y Aridosia, il est possible que Molière l'ait reçu à travers Larivey, mais il est bien plus probable qu'il l'a pris à la source, directement.

Puisqu'il savait l'italien, qu'il amassait les pièces italiennes, il n'a pas pris qu'à la Commedia dell'Arte. On a pu retrouver dans les canevas des boutions les esquisses pour le Tartufe, pour le Malade imaginaire, pour Trissotin, Georges Dandin, Scapin, Sganarelle. Et Giordano Bruno, l'Arétin, ont contribué eux aussi; le nom de Covielle vient d'Italie, Marinette est la femme de Scaramouche. On reconnaît, de Larivey à Molière, ce nom de M. Josse qui baptise le sorcier des Esprits et l'orfèvre du Bourgeois gentilhomme. Mais, plus que les détails matériels et les noms propres, c'est l'esprit de VAridosia, et la scène de la cassette, et les types des amoureux, qui ont passé de L'humble In dosia. comédie florentine brochée pour une fête, dans

le métal splendide où Molière martelait son Avare, dans le pastel où il estompait les charmantes femmes de son Ecole des maris.

Même les moins avertis des commentateurs, les plus faibles en ce qui regarde l'Italie, avouent que « Molière connut sans doute aussi l'auteur italien ». On le voit assez.

Quant au /{('loin- imprévu, Regnard y remettait en scène ce qui convenait avant tout, dans VAridosia, pour sa large bouffonnerie. Ce sont les diables dans la maison qui l'ont tenté. Mais, par malheur, sa pièce n'est point des bonnes. La facétie s'esquisse à peine, elle est usée. Géronte est un type éculé. Est-ce que vraiment cela put faire rire? Où est la farce débridée, où. les vers drus du Légataire ? où, la fantaisie ravissante des Folies amoureuses? où, la saveur de cette pièce inache vée, les Vendanges d'Asnières ? Regnard était un pur Gaulois, la comédie italienne ne fut que placage chez lui. Molière reste le seul, assez animé de génie pour faire sien ce qu'il daigne prendre, et le reforger à tout jamais.

Avec VAridosia, et plus classique, l'Apologie partage la renommée. Leopardi la cite encore dans sa « Chrestomathie italienne, ou choix de passages remarquables, soit par le sentiment, soit par le style, recueillis dans les œuvres italiennes en prose d'excellents auteurs de tous les siècles, par le comte Jacques Leopardi. » Les meilleurs manuels classiques l'ont accueillie. Et, sauf quelques réfractaires, l'Italie moderne admire ces pages jusqu'à déclarer que, « par son style si plein, tout en faits, tout en nerfs, cette œuvre semble s'approcher du Prince de Nicolas Machiavel ».

L'Italie du siècle dernier, par cet art profond, et

enviable, qu'elle mit à user de tous les éléments où elle pouvait trouver la moindre bribe pour l'œuvre de sa résurrection, l'Italie du Risorgimento n'a pas oublié la personne et les écrits de Lorenzino.

La lice, malheureusement, fut ouverte par un bouffon. Je veux parler du comte Victor Alfieri, le barde piémontais. Un Français — et un Français qui proclame le culte de la Révolution dans toutes ses conséquences — est toujours suspect, je lésais, en parlant d'un écrivain qui a produit le Misogatto. Nul, cependant, n'admirerait le Misogatto plus que moi, si ce n'était une ineptie. Nous envahissions l'Italie ; les Italiens avaient le droit, le devoir de nous résister, par l'outrage même. On peut se demander, il est vrai, quel droit avait — alors — un Piémontais d'être solidaire avec Florence, par exemple. Mais enfin, les Français étaient encore bien plus étrangers, et pour rejeter l'étranger envahisseur, toutes les armes sont bonnes. Donc Alfieri aurait eu raison, si ses vers n'étaient détestables. Il est un tort dont rien ne saurait absoudre un poète, il est un vice pour lequel il n'est point d'excuse : c'est d'être emphatique et grotesque. Je laisse parler contre lui les meilleurs d'entre les Italiens :

Il n'avait point de goût, dit Vincent Monti, et il fit grand mal à la poésie et à la langue italienne. Son style, sa versification, sont d'une bizarrerie qui dépasse l'imagination... Sa force est celle d'un épileptique, et non pas d'un homme sain et robuste.

Cesarotti pensait de même.

Et dernièrement encore, un maître écrivait cette page :

Le Misogallo, qui, comme l'observe un critique récent, ne fut point écrit par élan de patriotisme, mais fut inspiré à \. Mtieri par la rage de voir que la liberté prônée par lui se propageait grâce

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à cette Million el a celle classe (le la société qu'il abhorrait le |)ln^.

n*esi j>as un livre digne de susciter la moindre sympathie posthume.

Ce forcené d' Ufieri, parmi ses déguisements de charlatan, avait dos habits noirs, ou sombres, domine on lui demandait la raison de ce triste équipage : « Je porte le deuil du bon sens ! » répondit-il. (Test donc lui qui l'avait tué!

Barbouilleur maniaque, vrai sujet d'hôpital, il fui

rapidement au terme de la sénilité : « Le Wisogallo,

écrit un aliéniste de Turin, est un travail absolument

de paranoïque. » Rayons-le, cet Âifieri, d'entre les

glorieux précurseurs qui ont voulu leur pays libre et

autonome, car il n'a pas compris que la Révolution,

souffle sacré, venait éveiller la conscience en léthargie

des autres peuples. Ce n'est rien, cet Aifieri, ni le héros

de l'avenir, ni le pontife du passé. Ah ! rappelons-nous

Manzoni, sa lettre si belle, et ces mots écrasants :

Le Misogallo a paru, et La voix d' Aifieri, sa voix sortant du tom beau, n'a point en d'éclat en Italie, parce qu'une voix plus puissante s'élevait dans tous les cœurs contre un ressentiment qui aspirait à fonder le patriotisme sur la haine. La haine pour la France ! pour celte France illustrée par tant de génie et par tant de vertus ! d'où sont sortis tant de vérités et d'exemples! pour cette France que l'on ne peut voir sans éprouver une affection qui ressemble à l'amour de la patrie, et que l'on ne peut quitter sans qu'au souvenir de l'avoir habitée il ne se mêle quelque chose de mélancolique et de profond qui tient des impressions de l'exil !

Voilà, voilà les vrais génies de l'Italie, ses vrais conseillers. Et ces sublimes paroles, nous en devons d'autant mieux être reconnaissants au grand Lombard, qu'elles expriment avec une parfaite éloquence nos sentiments envers l'Italie, à nous autres Français, qui sommes italiens à demi par la vie et par la pensée. \i rivons donc, maintenant que le paillon du char-

— Ml —

latan ne nous fait plus illusion, à l'Etrurie vengée. Des tragédies gonflées par Àlfieri, je n'ai point à parler, Dieu merci. Que les Italiens les prennent au sérieux, quand nous dédaignons Crébillon, Marie-Joseph Chénier ou Luce de Lancival, qu'ils feignent de se plaire à ce style, obscur pour eux-mêmes, à ces ficelles, à ces câbles, à ces rapsodies où l'inceste lui-même est prosaïque, à cette muse dont le masque n'est plus d'airain, mais de carton, de zinc ou de plomb, je n'ai point à disputer sur ce goùt-là. Nous devons, au contraire, remercier Àllieri d'avoir prouvé que l'on saurait dépasser encore, dans l'emphase et le comique inconscient, nos tragédies françaises de troisième ou quatrième ordre. Quand on voulait, jadis, fortifier les gens débiles, on leur faisait avaler de l'eau qui contenait de la ferraille : c'est ce qu'a fait le comte Alfieri pour les lettres italiennes. Mais il ne suffit pas qu'un hobereau piémontais fumeux et plat comme le vin de son pays, mégalomane et délirant, s'en aille à la glandée au travers des œuvres antiques, ou copie, sans bien les comprendre, nos assommantes tragédies du dix-septième et du dix-huitième siècle : il faut garder le droit d'en rire !

Mais l'Etrurie vengée nous appartient, et ce livre tragique en connaîtra quelque intermède, une parade inattendue au terme du drame. C'est à propos d'une pareille œuvre, certes, qu'Alfieri pouvait le plus justement écrire : « 11 y a peu de journées dans ma vie où j?aie été plus sol et plus ridicule que celle-ci. » Il a pris soin pourtant, le bon graphomane, de noter les phases de cette composition.

177ÎÎ. Florence. En niai, commencé le poème d'Alexandre de Médicis. et, slance par slance. fini le premier elianl eetle année.

El le pauvre fol inscrit ce beau renseignement but un « Rendement de comptes au tribunal d'Apollon sur le bon ou mauvais emploi des années viriles ».

En 1786, il a la goutte très fort, et il achève son poème. Jamais le mot de « diarrhée » qu'il applique à ses sonnets, ne fut plus topique. En 1802, il énonce sa propre sentence sur l'œuvre :

Puisque vous nie dites avoir lu l'Etrurie vengée, écrit-il en janvier à l'abbé de Caylus, je veux m'épancher là-dessus en ami et à cœur ouvert avec vous... Ce qui l'a fait naître, c'est l'élan de jeunesse, la haine de l'oppression, l'amour du vrai, ou de ce que je croyais tel. Le but, ce fut la gloire de dire la vérité, delà dire avec force, et avec nouveauté,, de la dire parce que je croyais être utile... Quant au mérite littéraire, il me paraît qu'il y a là en somme du style, de la force et de la clarté.

Dans ses dernières volontés au sujet de ses œuvres imprimées, il bat sa coulpe de ses erreurs libérales, mais il affirme qu'il ne fut point « séditieux ». Le ramollissement était à son terme.

Ce poème en octaves, qui s'appela d'abord le Tyrannicicle, mit six années à être achevé. Alfieri le commençait en été : « L'été est ma saison favorite, disait-il, et elle me convient d'autant plus qu'elle est plus excessive, surtout pour composer. Depuis mai de cette année 1778. j'avais commencé un petit poème en huitains, sur le meurtre du duc Alexandre, par Lorenzino de Médicis ; action qui m'avait plu extrêmement, mais qui ne me semblait point susceptible de donner matière à une tragédie, et se présenta plutôt à moi sous forme de poème. Je l'allais élaborant par fragments, sans aucun plan, pour m'exercer à rimer, exercice dont les vers libres de tant de tragédies déjà composées m'éloignaient. J'écrivais aussi quelques vers d'amour. » D'amour ! non plus sans doute pour

les moinillons du Carmel, mais à la louange de ces femmes qui lui donnaient, pour rivaux, des palefreniers, ou des rapins, ou quelques ivrognes royaux.

Mais pourquoi l'auteur de Brutus II a-t-il jugé Lorenzino peu dramatique, « point susceptible de donner matière à une tragédie >> ? Mystère entre sa perruque et lui. Il a dû trouver que cela manquait de confidents, de mise en scène, de sénat et de toges.

Donc il a choisi le mètre ronflant de l'octave, et composé en style de proverbes rimes. Il y a des vers à la Scudéry. Commençons :

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