‹ Lorenzaccio (Lorenzino de Médicis) 1514-1548Chapitre 6 sur 64 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Chute de Florence. — Lorenzino et la vie romaine. — La cour de Clément VII. — Philippe Strozzi. — Le pape et François de Médicis. — Deuxième voyage à Bologne. — Déceptions de Lorenzino. — Le mariage manqué. — Le procès avec Cosme. — Lorenzino mutile les antiques à Rome. — Fureur de Clément VII. — Lorenzino s'enfuit à Florence.

Cependant Florence est tombée. On proscrit, et Ton décapite. Les honneurs pleuvent sur le duc Alexandre ; César, retourné en Allemagne, « pardonne toute injure » à la ville, intronise le bâtard Médicis comme chef du gouvernement, avec hérédité pour ses descendants mâles, et le plus proche des Médicis, à défaut d'hoirs directs. Lorenzino devient ainsi prince du sang.

Pendant la sinistre parade, on établit des inventaires, car il faut payer le bonheur d'être soumis au nouveau duc. Lorenzino, Cosme fournissent le leur. Mais on vit à Rome, auprès du pape. C'est le temps où même les gens qui mourront en héros, comme Philippe Strozzi, ne songent guère qu'aux plaisirs, aux courtisanes, aux folies.

On incarcère et on torture, à Florence ; ou l'on envoie mourir à Rome, au fond d'un in-pace, les moines qui ont prêché durant le siège contre les Médicis, car ils ont raconté que l'arche de Noé refusait les mulets, et les mulets, ce sont les bâtards Médicis. Mais la société florentine, à Rome, se rassemble autour du riche banquier, athée, sceptique, prodigue et corrupteur, qui est Philippe Strozzi. Et Philippe prend plaisir à compléter l'éducation raffinée de Lorenzino,

comme fera plus tard son petit-fils pour les livres de Henri III : « Lorenzino commençait à montrer une âme inquiète, insatiable, et qui désirait voir le mal; el -nus la règle et discipline de Philippe Strozzi, à se moquer ouvertement de toutes choses, tant divines qu'humaines, et... il se passait toutes ses fantaisie surtout en fait d'amours, sans nul respect de sexe, d'âge, ni de condition. »

A cette heureuse école. Lorenzino connut la belle Tullia d'Aragon, fille d'un cardinal, et femme-auteur. Ils purent échanger leurs vers. C'était la favorite de Strozzi. Et quand François Yettori reprochait au banquier de toujours l'avoir auprès de lui, Strozzi tâchait à s'excuser devant cet homme sage et influent dans Florence.

« Compère très honoré, disait Yettori tout à la fin d'une longue et forte lettre où les affaires de l'État florentin étaient traitées avec une clairvoyance de sceptique, comme vous m'écrivez avec la Tullia à côté de vous, je ne voudrais pas vous voir lire ma lettre également à ses côtés, car, attendu que vous l'aimez en qualité de femme intelligente, puisque par sa beauté elle ne le mérite point, je ne voudrais pas qu'elle pût me nuire auprès de quelqu'un de ceux que je nomme. Je n'ai point qualité pour admonester Philippe Strozzi, bien que, si les admonestations pouvaient vous corriger, il ne faudrait point vous fâcher d'en recevoir; mais on m'a parlé de je ne sais quels cartels, et de défis envoyés, qui m'ont donné de l'ennui, à la pensée qu'un homme tel que vous, de quarante-trois ans, irait vouloir se battre pour une femme; et bien que je croie que vous seriez aussi doué pour les armes que vous l'êtes pour le» lettres, et pour toute autre chose dont vous

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