‹ LorenzaccioChapitre 15 sur 60 · SCÈNE IV Lucido, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE IV Lucido, seul

Lucido. — 11 est bien vray qu’il n’y a chose qui face plus raffolirles hommes que l’amour. Tibère est autant sage jeune homme qu’il en soyt en ceste ville; néantmoins, il est maintenant tantaveuglé qu’il ne sçait qu’il faict. 11 est venu de la villa, sans avoir soucyque son père le sçache, qui est si fascheux,le méchant vieillard, qu’il le deshériteroit, me semble, s'il sçait qu’il soit venu, et à quoy faire, d’autant qu’onques ne fust plus grand misérable, ni pire hypocrite: il ne souffre que Tibère regarde, non qu’il touche, une femme. Et Tibère, qui plus est, en a biensceu acheter une, et s’est engagé, luy et ses amys, pour ramasser vingt et cinq escus, et d’avantage, il en a promis vingt-cinq autres à vingt heures; or, à moins qu’il ne les desrobbe, il ne sçauroit aucunement les obtenir, et lui paroist avoir tout faict, lorsqu’il m’a dict d’v penser; mais si Erminio ne m’avoit commandé servir Tibère comme soy-mcsine, je n’entreroys point en ce labyrinthe icy; par Dieu, voicy

qui va bien : je sème mes peines et travaux, et un autre en recueille les contentements; mais voicy Erminio qui vient par icy, il va me laver la tête pour ce que je n’ay faict sa commission. Je luy diray l’avoir faicte, et tousjours la mesme response, qu’elle va bien, et se recommande à luy; mais il vient en parlant; je veux ouïr ce qu'il dict.

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