‹ LorenzaccioChapitre 18 sur 60 · SCÈNE II L v c i d o, César · texte numérisé non relu

SCÈNE II L v c i d o, César

Lucido. — Je reviendray tout incontinent.

César ( sans le voir). — Ainsi, parla vilenie de son père, elle consumera sans fruict sa jeunesse.

Lucido. — Qui est-ce qui se scandalise de la sorte?

César. — Cestuy-ci m’aura oy.

Lucido. — Ha, ha, c’est le souffre-douleur de Cassandre; vous voilà bien!

César. — Ho, Lucido, depuis quand es-tu céans?

Lucido. — H y a bonne pièce, et ay bien oy ce qu’avez dict.

César. — Si je n’eusse voulu estre oy, je ne l’eusse pas dict,

Lucido. — Je me mocque, ma foy ; je ne fais que d’arriver ; mais, pource que les discours des amoureux sont tousjours de mesme impression, et que j’en ay oy d’autres que vous, il me semble que je puis véritablement dire que je vous ay oy.

César. — Les miens ne sortent de ceste presse; ils sont extraordinaires.

Lucido. — Ils disent tous ainsi ; mais je suis marry que je n’ay loisir demeurer plus longtemps avec vous, car j’ay quelque chose à vous dire. Si me voulez attendre je vous le diray à mon retour.

César. — Pourveu que ce soit quelque chose de bon, je t’attendray mille ans.

Lucido. — Je vous le diray tout à ceste heure, je reviens.

César. — Que diable me veut-il dire? Il me veut parler de Cassandre, car il sçait que je n'ay autre maistresse, ou me conter quelque chose de conséquence; autrement, il ne me feroit icy attendre. Mais, fol que je suys, de quoy me tourmenté-je? Quasi comme si je ne sçavais ce qu’ont accoustumé faire les serviteurs : ces gallans trouvent tousjours certains ergotz sofistiquez qui ont apparence de vérité. Et puis Dieu sçait comme ils s’en sçavent bien ayder. Mais ses propos ne m’escorcheront les oreilles; il est toujours bon d’escouter beaucoup d’avis ; le choix en est réservé. Ha, le voicy desjà de retour. Il a l’air sens dessus dessous, selon ce que montre son visage.

Lucido — Regardez, si je ne disois pas bien, ce qu'il adviendrait? 0 pauvre Tibère ! Il te faut bien maintenant penser à autre chose qu’à folastrer avec Livie !

César. — Tu es bien tost de retour,

Lucido. — Non si tost qu’il faudrait. Je vous adverty qu’Aridosio est à Lucques.

César. — Est-ce tout ce que lu me voulois dire?

Lucido. — Non, mais j’ay plus haste que jamais.

César. — Te voilà bien des affaires sur les bras!

Lucido. — Tibère, oh, Tibère, oh, Erminio, venez un peu cy-dehors.

César. — Quelle haste est-ce là? Je me veux un peu tirer à quartier pour voir ce que peut estre.

(Il se cache.)

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