‹ LorenzaccioChapitre 22 sur 60 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Lucido, Erminio, Aridosio.

Erminio. — Oh, Lucido, si, j'a^ besoin de toi, escoute.

Lucido (à Aridosio). — Et vous, Monsieur, allez où j’ay dict.

Aridosio, — Je veux rue reposer en t’attendant, je ne suis point en hâte, j’ay peur d aller seul. (.4 luymestne .) J’ay peur pour la bourse.

Erminio. — On pense aux affaires d’un chacun ; mais aux miennes, nenny!

Lucido. — Pensez-vous que je x ei I le aux affaires d’autruy, et jette les vostres derrière?

Aridosio. — Ce chuchotement icy alentour de ma bourse ne me plaist point.

Lucido. — Ne vous ay-je pas dict que j’ay quasi trouvé un moyen, ceste nuict, pour vous contenter?

Aridosio. — Quoy ? qu’a-l-il trouvé?

Lucido. — J’ay advisé que vous vous mettiez en un coffre, puis, feignant de luy vouloir envoyer des vestements et aultre mesnage, vous fassiez porter en sa cellule.

Aridosio. — Of ! le cueur me tremble ; mais si je les voy baisser le moins du monde, je cricray.

Erminio. — Or sus, ne vas-tu finir?

Lucido. — Ensuite, vous sortez du coffre.

Erminio. — Et puis?

Lucido. — J’allois vous le dyre.

Erminio. — Tu as pensé à toute autre chose qu’à ce que je voulois te voir penser.

Aridosio. — Ah ! ma chère bourse, que ne pairois-je pour t’avoir en mon giron !

Lucido. — Je pense que tout ce que plus désirent les amoureux est de se trouver avec leur dame ; ainsi je ne puis croire qu’espériez qu’elle vous baille mille ducatz !

Aridosio - — Pauvre de moy 1 que parle-t il de mille ducatz! Crieray-je?

Erminio. — Ne l’ay-je pas dictque je voudroys trouver quelque moyen de la faire sortir du monastère, devant qu’elle accouche?

Lucido. — J’ay compris, et l’on y pourra penser encore; mais, Monsieur, ce sera chose plus malaysée ; ramassez vostre gant, qui est tombé par terre.

Aridosio. — Ohi, aye, au voleur, traîtres, au voleur !

Erminio. — Quels crys est-ce là ?

Aridosio. — On n’a point bougé la dalle d’esgoût!

Erminio. — Aridosio, qu’avez-vous?

Aridosio. — Non, rien, j’avois peur, pour les dyables qui sont chez moy, qu’ils ne me desrobbent.

Erminio. — Vous ferez devenir fol ce bonhomme.

Lucido. — Je le voudroys, et mesmes qu’il crevast! à quoy est-il bon ?

Aridosio. — Combien resterons-nous encore icy !

Lucido. — Je viens, je viens. Ne craignez rien.

Erminio. — Où vous faut-il aller?

Lucido. — Trouver un prestre, qui veuille faire en sorte que nous tirions au bonhomme les vingt-cinq escus qu’il faut donner à Rufîo.

Erminio. — Comment feras-tu?

Lucido. — Vous le sçaurez.

Erminio. — Va donc, car je ne suys moins ayse que tu fàys service à Tibère, qu’à moy-mesme ; toutes fois je

ne veux que tu te souviennes tant des autres, que tu m’oblies.

Lucido. — Je m’esmerveille de vous.

Aridosio. — Allons, Lucido.

Lucido. — Je m'en vas ; me voulez-vous commander autre chose?

Erminio. — Non, je m’en vas jusqu’au monastère. A Dieu, Seigneur Aridosio.

Aridosio. — Qui est cestuy-là?

Lucido. — C’est Erminio.

Aridosio. — IIo ! à Dieu, Erminio. Je ne vous avois recogneu.

Erminio. — Je me recommande à vos bonnes grâces. (. A part.) 11 est fasché contre moy, pource qu’il pense que je luy desbauche Tibère. Voylà pourquoy il n’a pas fait semblant me cognoistre.

Lucido. — Que regardez-vous tant derrière vous, que ne venez?

Aridosio. — Non, non, rien, rien ! va, va, par là-bas l.

Erminio. — Et puis, ne m’en soucye ! C’est là un homme que l’on ne voudroyt pour amy, bien moins encore pour parent; mais qui me tarde, que je ne frappe au tour? toc, toc, toc, toc, toc!

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