SCÈNE V
Llcido et Ahidosio.
Lucido. — Ne vous mettez point en peine de cher-
IGO —
cher un prestre, je vous en trouveray un, le meilleur du monde, et le plus grand chasse-dyables de la Toscane.
Aridosio. — J'ay l’esprit tout allégé, depuis que je voys la dalle de cest esgoût en bon poinct.
Lucido. — Que dites vous?
Aridosio. — Je dis que mon esprit sera deschargé d’un grand faix, quand ces dyables seront partis ; mais je te fays souvenir, Lucido, que je suis pauvre et, outre le dommaige qu’ils m’ont faict au logis, je ne voudroys avoir à payer à ce prestre les yeux de la teste.
Lucido. — N’ayez crainte, il seroit content quand on ne lui donneroit rien.
Aridosio. — Alors, nous tomberons d’accord; mais comment les renverra-t-il, s’ils ont fermé l’huys et les fenestres?
Lucido. — Par les oraisons, et conjurations, lesquelles entrent partout, malgré huys clos et fenestres fermées.
Aridosio. — Sortiront-ils par les fenestres ou par l’huys?
Lucido. — Belle demande! ils peuvent sortir par où leur plaist. Mais besoin est qu’ils baillent un signe par lequel vous puissiez connoistre qu’ils sont partis. Mais acheminez-vous vers Saint-Frediano, c’est là que demeure le prestre, mon amy, et moy je vous suis, et nous l’amènerons soubdain,etonlesôterad’icy. Cependant j’iray voir Erminio, mon maistre, qui vient par icy, pour sçavoir s’il veut rien de moy.
Aridosio. — Allons ensemble, Lucido.
Lucido. — Acheminez-vous, j’arrive tout de suite.
Aridosio. — Non, je te veux attendre.
Lucido. — Aga, le vieil fol ! Tout à l’heure, il vouloit
estre seul, à présent à mou despit il veut que j’aille avecque luy. [A Erminio qui arrive.) Ne vous faut-il rien, Monsieur?