‹ LorenzaccioChapitre 36 sur 60 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Paulin, Erminio, Dame Pasque.

Paulin. — Monsieur?

Erminio. — Il te faut tousjours te faire appeler cent foys ; voyez la belle affaire !

Paulin. — Je nettoyois vostre manteau.

Erminio. — - Lequel, celuy que j’ay sur moy?

Paulin. — Oy, Monsieur.

Erminio. — Ah ! T effronté menteur, voyez s’il a honte, le gueux !

Paulin. — Par vostre grâce!

Erminio. — Nous en reparlerons avant demain matin. Mais va chercher quatre bouteilles de Trebbiano , et les portez à vous deux pour Fiammette.

Paulin. — Ouy, Monsieur.

Erminio. — Allez, leste, je veux la response, qui importe fort.

Paulin. — Bah! j’yray pourtant doucement, j’ay trotté tout le jour.

Erminio. — Je vous atten au logis. (Il sort.)

Dame Pasque. — Ah Dieu, que c’est une grande peine que d’estre servante ; moy qui suys lasse à mourir, il me fault aller à Sainte Susanne, et puis peutestre auray-je à retourner icy, et puis à retourner làbas, et ainsy tous les jours, tous les jours la journée. Au moins, si l’on faisoyt la fête de Saint-Saturne,

comme aux temps anticques,où l'on concédoit que, huict jours durant, servantes etserviteursdevenoyentpatrons, et aussi les patrons esclaves et serviteurs ! C’est moy qui seroys Dame Lucrèce, et voudroys me tenir au lict tous ces huict jours avec quelque mien amoureux : et n’auroys à attendre tous ces billets doux, tous ces fiasques, tous ces messages à porter; si le cœur m’en disoit, je ferois de l’œil au premier qui me plairoit, et n’aurovs, comme maintenant, à payer des maheustres, si je me veux passer une pauvre petite fantasie!

Paulin. — Dame Pasque, prenez ces fiasques.

Dame Pasque. — N’as-tu point des mains?

Paulin. — Pren garde, j’av des pieds aussi.

Dame Pasque. — Si tu as des pieds, tu pourras donc les aller porter, pour moy j'ay autre chose à faire; le rnaistre t'a-t-il point dict d’avoir à les porter ? ouy, toy ?

Paulin. — Non, Madame, mais bien que nous les portassions entre nous deux.

Dame Pasque. — Tu n’es qu’un babouyn ; or ça, portes en trois, et moy j’en porteray un, je suys vielle.

Paulin. — Foin de vous ; je les av portés jusques icv, portez les, vous, jusque là-bas; et ainsi nous les aurons portés à nous deux.

Dame Pasque. — Par la croix de Dieu, si tu ne les portes, je le feray donner des estafilades, et je diray que tu ne les as voulu porter affin d’aller au jeu.

Paulin. — Et moy, diray ce que vous me fistes l’autre nuict, comme je dormois avec vous.

Dame Pasque. — Et que t’ay-je fait, larronneau?

Paulin. — Qu'est-ce que vous m’avez touché?

Dame Pasque. — T’ay-je touché la poictrine?

Paulin. — Non. plus bas.

Dame Pasque. — Le flanc? le ventre?

Paulin. — Plus bas, c’est Madame la Lunel

Dame Pasque. — Les jambes?

Paulin. — J’ay esté pour vous le dyre, vieille truye, que vous y vouliez aiguiser vos deffenses !

Dame Pasque. — Gibier de potence ! si une foys je te mets sous moy, je t’apprendray dire pareilles villanies !

Paulin. — Ah, ah! je te verray pourtant quelque jour, comme tu mérites, avec la couronne en papier, comtesse de Bourg-aux-Chaises !

Dame Pasque. — Sors de devant moy, misérable, que la rage te vienne.

Paulin. — Oh, porte les fiasques toy-mesme, guallefretière !

Dame Pasque. — Que je voye Erminio.

Paulin. — Bisque, bisque, vielle furye !

Dame Pasque. — Atten un peu !

( Elle lui lance ses pantoufles.)

Paulin. — Ah! voylà des pantouffles qui me vont servir.

Dame Pasque. — Rends-les moy là, tout de suite.

Paulin. — Je cours, je cours !

Dame Pasque. — Je ne souflriray pas cela... Il s’en est allé avec elles! Ah! si je n’avois hâte... Allez, fiezvous encore à ces pendards ; ils répètent tout ce qu’on faict; si m’estoys-je bien accommodée, vous asseure, et puis, il faut bien quelques foys se donner bon temps; mais laissez-moy aller porter cecy, je n’ay que trop bayé aux corneilles, et voicy là des gens qui viennent et semblent esgarez, ils me demanderaient la voye, et me feroient parler encore un bout de temps.

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