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SCÈNE VIII

Aridosio, Marc Antoine, Erminio.

Aridosio. — Qui est là?

Marc. — ■ Ouvrez, Aridosio.

Aridosio. — Vous me venez sans doubte apporter quelques meschantes nouvelles?

Marc. — Il ne s’agit plus de meschantes nouvelles, Aridosio, ayez bon courage, vos deux mille ducats sont retrouvez.

Aridosio. — Dites vous que mes escus sont retrouvez ?

Marc. — Ouy, je le dy.

Aridosio. — Je crains d’estre trompé comme auparavant.

Marc. — Il sont icy près, et devant qu’il soit longtemps vous les aurez entre vos mains.

Aridosio. — Je ne le puis croire, si je ne les voy et les touche.

Marc. — Devant que vous les ayez, il faut que vous me promettiez deux choses : l’une, de donner Cassandre, vostre fille, à César du Puy, et l’autre de laisser espouser à Tibère une femme avec six mille ducatz de dot.

Aridosio. — Je ne voy, ne pense rien, sinon mes escus ! Jusques à ce que je les voye pour le moins, je ne scay que vous dites. Je vous dy bien que, si me faictes ravoir mes escus, je feray ensuitte ce que vous voudrez !

Marc. — Vous le jurez P

Aridosio. — Je le jure!

Marc. — Si ne tenez votre parolle, nous les vous osterons par force. Tenez, voylà vostre argent.

Aridosio. — Oh Dieu! ce sont les mesmes! Cher Marc Antoine, que je vous avme ! Je ne vous pourray jamais récompenser le bien que vous me faietes, deusséje vivre mille ans.

Marc. — Vous me récompenserez, et au delà, si vous faietes ces deux choses que j’ay dictes.

Aridosio. — Vous m’avez rendu la vie, l’honneur, les biens et l’estre, que j’avois perduz avec ceste bourse.

Marc. — Voylà pourquoy vous me devez faire ces plaisirs.

Aridosio. — Et qui les avoit desrobbez?

Marc. — Vous le saurez après : respondez à ce que je demande.

Aridosio. — Je veux premièrement les compter; je vous respondray ensuitte.

Marc. — Qu’est-il besoin les compter maintenant?

Aridosio. — Et s’il s’en lalloil quelcun?

Marc. — 11 n’y a seulement aucune faute; et s’il vous en manque, je m'engage à les remplacer du mien propre.

Aridosio. — Faictes-m’en un petit escrit, pour mon contentement.

Marc. — Si vous y pourriez-vous fyer, mon frère!

Aridosio. — Or sus, je m’en fye à votre parolle; mais que dites-vous de six mille ducatz ?

Erminio. — Regardez s’il s'en souvient!

Marc. — Je dy que nous voulons, en premier lieu, que baillez vostre fi I le Cassandre pour femme à César du Pu y.

Aridosio. — J'en suis content.

Marc. — Après, que laissiez prendre à Tibère une femme, qui lui apporte six mille escus de dot.

Aridosio. — Quant à cela, je vous en prye : comment diantre, six mille ducats? et qui sera plus riche que ce gars-là?

Marc. — La fille est de Tortone; je n'en ay point sceu davantagç.

Aridosio. — Eh. qu’elle soit delà famille du diable 1 six mille ducats, eh, eh!

Marc. — Et Tibère est content vous donner mille escus sur sa dot, pour que vous les donniez en dot à César, affin que ne desboursiez rien.

Aridosio. — Cela me semble bien trop, à dyre vray.

Marc. — Cela vous semble trop, et si en avez-vous ajourd’huy gagné huit mille I

Aridosio. — Comment, huit mille?

Marc. — Deux mille qu’avez retrouvez, et six mille que trouve Tibère.

Aridosio. — Faictes à votre guise, allons, Marc Antoine.

Marc. — Je veux que vous les luy donniez à toute force.

Aridosio. — Nous ferons donc deux mariages tout à la foys ?

Marc. — Voire trois, mesme, car ce soyr j’ai donné femme à Erminio.

Aridosio. — Et qui?

Marc. — Je vous le diray en chemin.

Aridosio. — Bon prou vous face, Erminio!

♦ Erminio. — Et à vous, qui avez gagné à ce jour tant

de ducatz.

Marc. — valions à présent au logis conclure pleine-

ment ces alliances, et en donner connoissance à nos parens, qui sont là tous en mon logis.

Erminio. — Faites quérir là-bas Cassandre.

Aridosio. — Elle sera demain matin à bonne heure céans, et je la feray venir en vostre maison, où nous pourrons faire les trois épousailles, car la mienne est tant mal commode qu'on n’v scauroit bal 1er, ni faire rien de bon.

Marc. — Je vous enten; nous ferons ce que vous voudrez; allons maintenant là-bas.

Aridosio. — Allons.

Erminio donne congé aux spectateurs .

Erminio. — Vous entendez ; à ce soir, on ne sçauroit faire les noces; il manque Cassandre et ma Fiannnette. Donc, prenez vos cliques et vos claques, et revenez à demain soir, on fera joyeuse feste.

FIN DE L’ARIDOSIA

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