‹ L’Organisation Centuriate Et les ComicesChapitre 114 sur 114 · Ritschl, Huschke, Lange etc · texte numérisé non relu

Ritschl, Huschke, Lange etc

3. Cicéron donne, dans la partie intacte de la phrase, le chiffre de 96 comme le plus élevé que puisse atteindre la minorité ; c’est donc que la majorité, dans ce cas, était de 97 ou 98, ce qui nous donne un total de 193 ou 194 centuries. Le dernier nombre est celui de Tite-Live (I, 43) ; le premier est celui de Denys (IV, 14 et s.) ; c’est aussi celui de notre texte : en effet il résulte même de la première main que le chiffre de la majorité se termine par un sept :...., 9 (argument du chiffre, VIIIT de la 18 ligne) + 8 (octo solæ si accesserunt) ; c’est donc 97, et le nombre total est 96 + 97 — 193. Nous arriverions au même résultat sans tenir compte du chiffre de 96 cenluries que nous donne notre texte pour la minorité et dont on a contesté l'authenticité (Boner, op. cit.). En .effet Tite-Live et Denys établissent que le nombre total était 193 ou 194; or Cicéron nous donne pour la majorité minima un chiffre terminé par un 7, et par suite le nombre total se termine par un 2 ou un 3; c’est donc 193.

plus ancienne elle-même. Dans ces conditions, peu importe la valeur de la seconde main; si elle provient d’un manuscrit plus ancien, elle confirme la première ; si c’est une restitution arbitraire, elle est sans importance.

Mais dans ce dernier cas, nous pourrions nous trouver en présence d’une faute du premier copiste, qui, nous l’avons dit déjà, est fort sujet à caution. En l'espèce cela nous paraît invraisemblable. Pour que le texte concordât avec les indications de Tite-Live et de Denys, il ne suffirait pas d’une ou même de plusieurs rectifications de chiffres ; il faudrait que Cicéron donnât la majorité à la première classe soutenue des seuls chevaliers ; s’il avait ainsi compté, que viendraient faire dans le texte les fignarii et les buit autres centuries ? Il n’est pas admissible que le copiste les ait introduits. Dès lors c’est bien, à notre avis, Cicéron qui a donné 70 centuries à la première classe et, s’il y a une erreur,c’est bien à lui qu’elle remonte‘. Nous avons, au cours de tout notre travail, raisonné conformément à cette conclusion.

Pour expliquer cette erreur, ou plutôt pour éviter de la mettre à la charge de Cicéron, on a argumenté de ce que le membre de phrase qui nous occupe est construit au

4. Il nous paraît impossible d’attribuer l'erreur à Denys et à Tite-Live, Tout d’abord ils nous fournissent un double témoignage et les légères diver gences que nous remarquons entre leurs descriptions, ne donnent que plus de poids à leurs affirmations quand elles concordent, parce qu’elles permettent de penser qu'ils n’écrivaient pas exactement d’après les mêmes sources. Ensuite, pour nous laisser d'aussi longues dissertations sur la matière, ils ont dù, ainsi que le prouvent d’ailleurs les menus détails qu'ils nous font connaître, recourir à d'anciennes relations et à des documents antérieurs, peut-être de beaucoup, à leur époque. Cicéron ne fait qu’indiquer très brièvement les grandes lignes de l’organisation servienne : comme elle était loin d’être oubliée de son temps et que lui-même croyait la bien connaître (si esset ignota vobis explicaretur a me), il a pensé pouvoir se fier à sa mémoire, et elle l’a trompé.

présent pour soutenir qu’il se réfère intentionnellement à une situation contemporaine de Scipion Emilien'. Mais à notre sens cette circonstance n’a pas l'importance qu'on veut lui prêter. D'abord le second membre de la même phrase, qui continue l'examen des mêmes faits, est rédigé au passé; et, comme il nous est parvenu intact, si une correction doit être faite, c'est dans la première partie et non dans la seconde. De plus tout le passage est consacré à Servius ; la phrase qui précède et celle qui suit la nôtre ne laissent aucun doute à ce sujet. Par quelle bizarerie, au milieu de cet exposé de la constitution servienne, Cicéron aurait-il intercalé sans prévenir (il est évident que nunc porte sur videtis) une analyse des conditions où la majorité pouvait se former après la réforme ? Ce ne serait explicable que s’il l'avait opposée à l’organisation antérieure: « Aujourd'hui les choses se passent ainsi, mais du temps de Servius », etc. ; or il n’y a rien de tel dans le

4. En particulier, Mommsen (Staatsrecht, t. III, 1, p. 275, n. 1) écrit: « Sprachlich ist das Umschlagen der Darstellung in Präsens (rationem videtis esse ut…habeat) aus dem Perfect (vorher : populum distribuit…. curavitque.… ne plurimum valeant plurimi; nachher : reliquaque... muilitudo... neque excluderetur suffragts, wo der Conjunctiv offenbar von curavit abhängt) sehr wohl, aber nur dann, gerechtfertigt, wenn in die Erzählung der von dem Künig getroffenen Einrichtungen das noch in der Gegentwart bestehende politische Resullat eingeschaltet wird». Ainsi le présent n’est légitime, pour Mommsen, dans la phrase de Cicéron, que si le résultat qu’elle fait connaîlre existait encore du temps de Scipion Emilien. Après cela il est assez piquant de constater que Mommsen (Sfaatsrecht, loc. cit.) décrit au présent une grande partie de la constitution servienne (sans s’interdire d’ailleurs de construire d’autres phrases au passé, ce qui constitue bien « dus Umschlagen der Darstellung ». Cest ainsi qu’il écrit (nous prenons au hasard) : « Die nicht für den Reiterdienst verwendete Mannschaft WIRD sunächst.… getheilt.…. Ubrigens SIND die beide Aufgebote vollständig gleich organistrt(t. II, 1, p. 262). — Die Zahl der Centurien des Fussvolks ersten Aufgebots BELæUrT auf 85 ({bid., p. 266). — Der Stimmkürper 1ST nach wie vor die Centurie (Ibia., p. 271), etc. Forcerait on beaucoup le raisonnement de Mommsen en concluant qu’il décrit l’organisation centuriate de l'Allemagne moderne ?

APFENDICE 205

texte. Au contraire, ce chapitre se place au milieu d’autres où Cicéron examine, en suivant l’ordre chronologique, les constitutions successives de Rome primitive : après Tarquin (Il, 20), il aborde les réformes de Servius (IL, 22). Que viendrait faire ià l’étude de la constitution des derniers siècles de la République ?

Il est d’ailleurs loin d’être inadmissible que Cicéron ait adopté la forme du présent, même en vue d’une organisation ancienne. Îl arrive assez souvent que l’on est tenté d'employer cette tournure, qui allège la phrase, dans les déductions purement rationnelles qui échappent aux considérations de temps. Il n’y aurait rien de bien extraordinaire à ce que Cicéron eût écrit quelque chose d’analogue à ceci: « Vous voyez maintenant que celle organisaton (que je décris. que vous avez présente à l'esprit) est telle que », etc., ce premier présent entraînant naturellement les autres.

Si maintenant on persiste à soutenir que cette union des présents et des passés est grammalicalement inacceptable, il s'ensuit simplement, ou que Cicéron a commis une faute de latin (?), et alors il faut lire comme si tout était au passé ; ou que la phrase n’est pas de lui, et alors on a tort de la prendre en considération. Comme nous n’en acceptons pas les indications, nous ne saurions nous plaindre de cette solution.

En terminant, nous devons ajouter que l’on a imaginé des restitulions assez séduisantes ! ; mais elles sont si pé-

1. Spécialement curieuses sont celles de Niebuhr, de Lange et Huschke dans le Rheinisches Museum (loc. cit.) et de Mommsen, dans Die Rümischen Tribus: nous avons dit déjà que ce dernier avait changé d'opinion à ce sujet. La restitution la plus intéressante nous paraît celle de Lange : d’après lui, Cicéron suppose que les chevaliers se sont séparés en deux fractions numériquement égales, ce qui permet de comprendre le mot certa-

niblement obtenues, elles supposent chez le copiste un tel esprit de suite, une si grande indifférence à dénaturer le texte, et surtout, malgré l'erreur de chiffres, une connaissance si inattendue des vieilles institutions romaines, qu’elles nous semblent impossibles à admettre. En tous cas, comme elles aboutissent à mettre Cicéron d’accord avec Denys et Tite-Live, il est clair que l'exactitude de l'une d'elles ne pourrait que confirmer nos conclusions.

mine. Il lit: « Nunc rationem videtis sequutum esse talem ut equato equitum cerlamine, cum esset suffragiis novem, prima classis addit«, centuriæ octo solæ si accesserunt, confecta est vis populi universa ». On trouve ainsi, dans la majorité, 9 centuries de chevaliers et 8 des classes inférieures ; il en reste donc 80 pour la première. Il est évident que cette lecture est toute arbitraire. Il faut en particulier, pour l’admettre, supposer que la mention des fabri tignarii est une invention du copiste : il est bien extraordinaire qu’il ait eu d’eux une notion quelconque et qu’il ait eu l’idée de les introduire ici. De plus Klebs (0p. cit.) a définitivement établi à notre avis, en se fondant sur les mots: « illarum autem nonaginta centuriarum in una centuria lum quidem plures censebantur quam pœne in prima classe tota », que la minorité de 96 centuries ne contenait ni une centurie de la première classe, ni une de chevaliers, Les autres restitutions prêtent à des critiques analogues.

Vu:

Le Président de la thèse,

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