Pro Plancio
l'interprétation déjà critiquée par nous de la phrase du traité sur la République.
Nous pensons donc que l’anachronisme commis par Cicéron porte uniquement sur la répartition des centuries entre les classes, c'est-à-dire sur les deux chiffres de 70 et de 104 qu’il donne pour la première classe et pour l’ensemble des suivantes et qui doivent être respectivement ramenés à 80 et 94. Cette interprétation admise, nous n'avons aucune raison de supposer que les indications de Tite-Live se réfèrent uniquement à la première classe, alors que nulle part il ne fait cette restriction.
Ces divers systèmes écartés, si nous reprenons le passage de Tite-Live qui nous sert de guide, nous ne trouvons qu'un moyen * de le concilier avec le maintien des classes,
1. Les inscriptions que cite Mommsen (C, I. L. VI, 198 ; 40097 ; 10216 ; 10217 ; 199 ; 1104) tendent seulement, d’après l'explication que lui-même en donne, à prouver qu’il y avait sous la République 10 subdivisions dans chaque tribu, ce qui convient aussi bien au système de Pantagathus qu’au sien. Mais il reconnaît que ces subdivisions sont désignées par le nom de centuries ; d’après lui il y aurait donc eu dans l’organisation réformée deux corps différents portant le nom de centurie, à savoir les unités de vote d’une part et d’autre part leurs propres subdivisions. Cela est-il admissible et cette conséquence ne constitue-t-elle pas un nouvel argument contre son système ? Et l’on ne saurait nous opposer que nous avons admis pour l’origine une centurie militaire et une centurie de recrutement, car entre elles la confusion était impossible, alors qu’elle eût été perpétuelle entre les deux sortes de centuries de Mommsen.
2. Ici encore, nous ne pouvons admettre les considérations mathématiques (beaucoup plus simples que les précédentes à la vérité) par lesquelles Klebs cherche à prouver que ce système reste le seul possible. Il se fonde sur ce que la nouvelle organisation reposant sur la combinaison de trois éléments (classes, centuries et tribus) ne pourrait donner lieu qu’à six dispositions différentes. Nous ne songeons pas une minute à nier que le nombre des permutations de trois objets ne soit donné par la formule 3X2X 1 = 6. C’est une vérité mathématique dont la démonstration est d’ailleurs assez simple. Mais nous ne croyons pas que ce calcul soit applicable à une question complexe comme celle qui nous occupe. Il n’est juste en effet qu’autant qu’il y a permutalion, c’est-à-dire que l’on substitue hypothétiquement chacun des éléments à un autre ; par exemple s’il fallait nécessairement admet-
c’est de supposer que l'historien, en disant que le nombre des tribus a été doublé par les centuries, à eu en vue ce qui se passait, dans chaque classe, qui contenait par conséquent soixante-dix centuries, deux pour chaque tribu, l’une de juniores, l’autre de seniores ; on obtient ainsi pour les cinq classes 350 centuries, auxquelles il faut ajouter celles des chevaliers, celle des non classés et sans doute celle des musiciens ét des artisans !, ce qui donne un total de 373?,
Cette interprétation ajoute évidemment à ce que nous dit Tite-Live ; mais elle ne fait en somme que metlre en œuvre les renseignements manifestement et volontairement
tre que les trois divisions du peuple constituassent des subdivisions les unes des autres, une seule d’entre elles étant une summa divisio, la seconde étant un fractionnement de la première et la troisième un morcellement de la seconde, le calcul des permutations s’appliquerait. Mais il n’en est pas ainsi ; le système même que nous adoptons, d'accord avec Klebs, suppose l'existence de deux répartitions des citoyens en classes et en tribus, qui n’ont rien de commun entre elles et ne sont en rien subordonnées l’une à l’autre et dont la combinaison donne naissance aux centuries : il est évident qu'aucune permutation ne pourra transformer celte organisation en celle qui serait donnée par exemple par la répartition en cinq classes de 35 tribus subdivisées en centuries. Dès lors le raisonnement tombe. D’ailleurs Klebs aurait dû établir son calcul sur quatre éléments puisqu'il faut tenir compte de la distinction en juniores et en seniores : mais alors le nombre des permutations serait donné par la formule 4 X 3 X 2 x 1 — 24, ce qui compliquerait singulièrement les choses ; le résultat ne serait pas d’ailleurs plus acceptable pour les raisons ci-dessus déduites.
1. On n’en trouve aucune trace depuis la réforme, mais rien ne prouve qu’elles aient disparu. Conéra Huschke, p. 654.
2. Ce système proposé pour la première fois par un écrivain du 16e siècle, Pantagathus, dont il a gardé le nom, est adopté par la grande majorité des auteurs : Gôttling, Herzog, Belot, Willems, Karlowa, Cuq, etc. ; Mommsen, dans Die Rümischen Tribus et l'Histoire Romaine (V. suprà, p. 87, n. 3). Lange et Klebs, qui s’y rattachent aussi, réclament une mention particulière à raison de leur théorie sur la renunciatio ; mais c’est plutôt la mise en œuvre de l’organisation nouvelle que ses caractères qu’elle intéresse, et c’est par suite au chapitre du fonctionnement des comices qu’en viendra naturellement l’exposé (ch. IV, p. 157 et s.).
incomplets qu'il nous a laissés et dont il résulte que le nombre de 70 centuries jouait un grand rôle dans l’organisation centuriate des derniers siècles de la République. Quel était ce rôle? Tite-Live ne nous le dit pas et il faut bien suppléer à l'insuffisance de ses explications. Multiplié par le nombre des classes, le chiffre 70 n’en reste pas moins la base du système tout entier; et l’on peut comprendre que, sous sa forme elliptique, la phrase de Tite- Live suffit à permettre à ses contemporains, qui connaissaient parfaitement l’état de choses en vigueur, de saisir les raisons des différences qui le séparaient de la constitution de Servius.
Nous ne contesterons pas qu’il y ait quelque singularité à voir les cinq classes représentées d’une façon identique dans les tribus, aussi bien urbaines que rurales, et surtout la première classe figurer dans les divisions si décriées que formait principalement le bas peuple de Rome. Mais d’abord le domicile jouait un rôle important dans la répartition des citoyens en tribus et il y avait certainement des personnages riches domiciliés à Rome même ; de plus les affranchis n'étaient pas sans faire parfois de grandes fortunes et souvent assez promptement ; or les tribus urbaines seules leur étaient ouvertes *; il fallait donc qu’elles eussent des centuries correspondant à toutes les classes ; ensuite certaines familles pouvaient être restées attachées à leurs tribus d’origine *; et enfin, si le nombre des inscrits était restreint dans certaines centuries, peut-être se trou-