‹ L’Organisation Centuriate Et les ComicesChapitre 88 sur 114 · Dion Cassius, XXXVII, 27 et · texte numérisé non relu

Dion Cassius, XXXVII, 27 et

Kiss

ennemis de Rome étaient à quelques milles à peine de son enceinte. Les centuries constituant la seule armée de la République, lorsqu'elles sortaient de Rome, la ville se trouvait découverte; l'occupation militaire du Janicule élait la seule garantie de sécurité que l’on eût ; l’enlèvement du drapeau était le signal convenu par lequel la petile troupe qui lentourait indiquait au reste de l’armée qu’un danger imminent menaçait la ville. On conçoit que cette nouvelle arrêtàt les opérations en cours !.

Ainsi convoqué, le peuple se réunit au Champ-de-Mars. La réunion ne peut avoir lieu en effet dans l’intérieur du pomærium, car les armées ne peuvent le franchir et, fictivement, les centuries n’ont pas cessé de constituer une armée ainsi qu à l’origine *.

Lorsque les citoyens sont assemblés, le président, qui a pris place sur le #ribunal où il siègera pendant toute la durée de la réunion, entouré des magistrats supérieurs, des augures, et peut-être même de tous les sénateurs ?, donne au héraut l’ordre de les faire approcher : « Voca

.ad conventionem omnes Quirites huc ad me ». Le héraut

À. Dion Cassius, ibid.

2, Lælius Felix, cité par Aulu-Gelle, XV, 27 : « Centuriala autem comitia intra pomoerium fieri nefas esse, quia exercitum extra wrbem imperari opporteat, intra urbem imperari jus non sit. Propterea centuriata in campo Martio haberi… solitum ». Il y a d’ailleurs des exemples de réunion ailleurs qu’au Champ-de-Mars, in Petelino luco (Tite-Live, VI, 20) et in Æsculeto (Pline, Histoire naturelle, XVI, 10, 37). Mais ce sont là des cas exceptionnels. Dans le premier, il s'agit du procès de Manlius et l’on veut enlever au peuple la vue du Capitole. Dans le second, où il s’agit de la loi Hortensia, on ne voit guère pourquoi l’on ne s’est pas réuni au Champ-de- Mars.

3. Varron, VI, 91 : « Patres censeant exquiras et adesse jubeas. Magistratus censeant exquiras, consules, prætores, tribunosque plebis, collegasque tuos et in templo adesse jubeas omnes ».

répète : « Omnes Quirites, ile ad conventionem huc ad judices » (ou ad consulem, ete.) *.

Il y a alors contio?. Le président rappelle le but des comices : s'ils sont législatifs, il donne une nouvelle lecture de la rogatio ; s'ils sont judiciaires, il indique quel crime est reproché à l'accusé et quelle peine il encourt; s'ils sont électoraux, il fait connaître la liste définitive des candidats. Il soutient la proposition ou l'accusation, s’il en est l’auteur; sinon il autorise à le faire ceux qui ont qualité pour cela ; l'opinion adverse peut également être défendue par ses partisans ou par les avocals; dans les comices électoraux, il prend ou donne la parole pour ou contre les divers candidats *.

Au moment de l’ouverture des comices, la proposition ou l’accusation peut ètre retirée, mais aucune modification ne peut y être apportée, car il faudrait laisser passer un nouveau {rinum nundinum avant la décision. Nous avons dit‘ que la peine proposée contre un accusé pouvait être modifiée au cours des débats ; mais c’est pendant les trois contiones préparatoires que ce changement devait se produire, et l’on sait que le délai de convocation était respecté entre la dernière d’entre elles et le jour des comices.

La contio terminée, le président, s'adressant directe-

1. Jbid., 88. II est manifeste que cette convocation ne se confond pas avec la précédente,

2, Mommsen (S{aatsrecht, t.IIL, 1, p. 8%5 : trad. t. VI, 1, p. 455) pense que la contio avait toujours lieu à une date antérieure, à raison du caractère militaire des comices. Cet argument n’est pas probant, car une nouvelle contio a lieu parfois au cours même du vote (Tite-Live, XXIV,7à 9; XXVI, 22, ete.). Il dit aussi (Jbid., p. 892 ; trad. p.452) que, dans les comices électoraux, il n’y avait jamais discussion. Les deux textes que nous venons de citer suffsent à établir le contraire. Voir aussi Tite-Live, VI, 40.

3. Nous examiuerons plus bas quels changements le président peut ap-

porter à ces règles en vertu des pouvoirs étendus qui lui appartiennent. 4. Chapitre IIT, p. 198 et suiv.

ment au peuple, ordonne l’ouverture des comices : « 1mpero qua convenit ad comitiu centuriata »1. Sur cet ordre, tous ceux qui n’ont pas droit de suffrage s'éloignent et les citoyens se rangent par centuries. Après un sacrifice et une prière solennelle?, le président donne une dernière lecture de la rogatio, de l’accusation ou de la liste des candidats et le vote s’effectue dans l’ordre prescrit.

Le vote. — Il ne commence dans chaque classe que lorsque l’on connaît les résultats qu'il a donnés dans la précédente*, Avant la réforme du VI: siècle, les chevaliers sont appelés les premiers *; puis chaque classe à son rang. Dans la dernière période, une centurie tirée au sort, parmi celles de la première classe, vote isolément avant les autres, puis, ensemble, et sans qu'il soit possible de préciser exactement dans quel ordre’, les chevaliers et la première classe ; ensuite le vote continuait com me avant la réforme.

Calcul de la majorité des centuries et proclamations des résultats. — Le suffrage de chaque centurie est annoncé au président® qui le proclame (renunciat), ainsi que le total

1. Varron, De lingua latina, VI, 88. Nous trouvons, dans cette formule, une nouvelle preuve de la nécessité, pour le président, d’être revêtu de l’imperium, soit directement, soit par délégation,

2. « Carmen solemne » (Tite-Live, XXXIX,15). Peut-être ces cérémonies religieuses avaient-elles lieu avant ia contio, mais ce n’est pas probable, car ce n’est qu'au moment où le président ordonne la constitution des centuries que commence la séance officielle.

8. Ce fait résulte nécessairement de ce que le vole de la première centurie exerçait une influence sur ceux des autres {Pro Plancio, 20). Comment cela eùt-il été possible, si les suffrages eussent déjà été recueillis ? En outre Tite-Live (XLIII, 16) nous montre les amis du censeur Claudius et son collègue Sempronius, intervenant lorsque le vote de la première classe est déjà avancé et obtenant du peuple son acquittement: c’est donc que les votes n'étaient pas encore émis dans les autres classes,

Page 1