‹ Lo̓rientation humaineChapitre 1 sur 12 · HUMAINE · texte numérisé non relu

HUMAINE

Albert LAFARGUE

Professeur au Lycée Condorcet

PARIS (5 e ) V. GIAR1) & E. BRIE11E

Libraires-Éditeurs

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Ll-:s 1>EUX EUES

des trots étais d'Àug, C

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On connaît la tlu ingénieuse et séduisante certes, quelque peu artificielle

peut-être. Sans vouloir examiner ce point, il nous semble qu'on pourrait concevoir une division plus na tutelle et plus vraie,

La vie de l'Humanité, quelle que soit sa durée dans lr passé et quelques progrès qu'aient réalisés les sociétés bumaioes depuis II «oui me des cavernes jusqu'à nous, offre, en effet, un caractère essentiel et permanent, qui se modifie sous nos yeux, promettant de lu fejre passer de sou état premier à un état nouveau,

Si celte vue est juste* le dix- neuvième siècle aura

l. ORIENTATION HtM.tiKE

éfà'yi transition entre celte ère ancienne et la nouve 'dont noua voyons le début et la mise en train.

Celle transition, pénible comme tous les chan-gti ments d'état, se fait graduellement, mais pourtaii avec un mouvement accéléré. Ce mouvement, qu emporte l'Humanité dans des voies nouvelles, a re son premier branle de la Renaissance.

L/eServeBCence intellectuelle et morale du seizièr siècle^ suivie, après L'accalmie du chx-seplième, l'essor impétueux du dix-huitième dans tout directions de la pensée et dans toutes les voies ouverfi parla science, a préparé la transformation,

La Révolution française n'a été que l'explosion de pensée en travail et son irruption partielle dans I« faits. Le dix neuvième siècle, par la recherche tî tique de plus eu plus féconde, nous a nus en état de pressentir la portée du changement qui s'opère et le conditions essentielles de l'ère où nous entrons*

Ces deux états, dont le premier louche à sa fin, dont le second commence à peine, sont tëlat inconscient cl ("étal conscient.

Dans le premier de ces deux états, les sociétés humaines ont évolué suivant les lois naturelles, celles qi régissent la vie universelle, particulièrement la vie de tous les corps organisés. Plus précisément, l'Huraamt

«si développée el a réalisé jusqu'au degré actuel sa lente ascension dans l'écbalk des êtres sons Fempïré de In lui de sélection naturelle. La lutte pour la vie a été

'agent fatal de perfectionnera en t : la violence en a été 1" instrument ordinaire: le hasard est entre cou mie fae tenr principal dans les combinaisons infinies, dans les tâtonnements sans nombre, dans les progrès, dans les reculs et dans les recommencements decêtteœuvre grandiose qu'est la formation d'une Humanité consciente.

Dans ce nouvel état, l'humanité s'étant créé une conscience commune, devient libre de s'oriente? comme Test loute conscience individuelle, Eclairée par la science, elle peut, si elle le veut, — et tout présage qu'elle voudra. — modifier on briser la I i d'airain et de sang à laquelle elle a été soumise jusqu'ici comme toutes les espèces végétales et animales, prendre le gouvernement des (rares nu unies comme elle a pris déjà celui des forces physiques, supprime! la violence, diminuer de plus en plus la part du hasard et, servie par les agents naturels! que domestique la science, sur la terre mieux aménagée, parvenir! une grandeur !nconnue, à une beauté éblouissante, et enfin recoller dans sa maturité toute la moisson de bonheur contenue en puissance dans les travaux et les douleurs de sa longue et laborieuse enfance.

L ORIENTATION II r MAINE

Le fait capital quî domine tout le passe de l'Humanité est donc qu'à aucun moment nous ne pouvons y I constater un étal de conscience universelle. Les conditions nécessaires à la création de cet état nouveau, qui I nest pas encore complètement réalisé» n'existaient à aucun degré. Au lieu de la société humaine qu'il n est maintenant permis d'espérer sans passer poui chimériques rêveurs, c'était une multitude de tout />< groupes soc ta tu: t aussi isolés les uns des autres qui peuplades nègres de l'Afrique, Chacun de ces petit; groupes pouvait bien avoir sa conscience, synthèse toutes les consciences individuelles qui le composaient : ] mais la conscience de l'Humanité ne pouvait exister.

Entre les groupes voisins, la guerre pour le pïlla-el ou l'acquisition des captifs, presque continuelle, seul contact par lequel le rayonnement imita tif pût pénélr d'un groupe à un autre.

Apres combien de siècles de cette civilisation éli men taire et fragmentaire, quelque groupe plus fort ou plus intelligent, produit de la sélection, put s étendra par la conquête et dominer sur de plus grands espaces, c'est le secret des âges reculés. L histoire la plus lointaine nous présente déjà des civilisations toutes faites la Chine, l'Inde, l'Egypte, l'Assyrie.

Mais, quelque avancées ou compliquées que soient

les civilisations, quelque étendus que soient les bassins de fleuves ou les plateaux ou elles se sont installées, leur caractère essentiel ft*à pas changé : elles sont toujours isolées les unes des autres par des cloisons étanches. Ces civilisations restent fluviatiks, et chacune se développe indépendante dans des sens différents, chacune ayant son ême,

11 faut arriver à la constitution de la puissance maritime et commerciale des Phéniciens, puis des Grecs, pour que les foyers primitifs entremêlent leurs rayons et que, dans tous les ordres de l'activité humaine, industrie, navigation, art, religion, philosophie, les conjonctions heureuses s'accomplissent, les adaptations fécondes s'opèrent. La civilisation devient méditerranéenne. Une conscience hellénique se crée, dilatée plus tard par la conquête macédonienne jusque sur les plateaux de l'Asie occidentale et absorbée ensuite par Rome. Là conquête romaine élargit le cercle, si bien que dans ce corps immense» parvenu à un certain degré d'homogénéité, l'Evangile pénètre par mille points et que l'apostolat chrétien dorme à la conscience du monde civilisé une étendue et une profondeur jusque-là inconnues.

Mais ce monde civilisé est resté hien étroit, à peine la trentième partie dto la terre. Encore l'avalanche des barbares vient elle étouffer ce foyer. La nuit se fait

atETTATlCrî HCM.l

pour 3e longs siècles, el il faudra attendre lé a pour voir poindra une non voile aurore.

Auji :m rtrimi , les conditions sont huit autres ; tout la terre habitable est reconnue ; la civilisation s 7 < propagée sur 1 Amérique en tic te, presque au tiers terres émergées; la Russie, du moins par son élite, est entrée dans le cercle d'activité, en traîna ut avec elle les peuples libérés des Balkans. V l'autre extrémité l'Australie, initiée la dernière, s'est mise sa lavant-gare 1 faisant le pendant des Etats-Unis ; l'Angleterre, qui T, créée, poursuit — peu importe les mobiles — son œuvre civilisatrice sur tous les points de barbarie qu'ell touche, Comme une marée montante, la civilisation européenne attaque le vieux bloc asiatique dans toûfi sa périphérie. Le Japon a donné l'exemple de l'accession avec une fougue prodigieuse, la Chine suivra forcément. Chaque région de l'Asie est devenue un satellite d'une ou de plusieurs nations de l'Europe, et la mentalité européenne finira par les pénétrer. L'Afrique elle-même s'européanisera ; l'œuvre s'ébauche déjà sur tous les points : dans moins d*un siècle. l'Afrique sera une seconde Amérique.

Tout cela, certes, constitue bien une des phases de la vieille lutte pour la vie. Mais il y a des raisons d'es pérer que ce sera la dernière.

i. <mn.Ni vi'»m> m m une

L'imprimerie avait déjà rendu possible L'expansion cl la multiplication Indéfinie de l'idée ; la télégraphié, la téléphonie ont supprimé pour elle l'espace et ta transportent' en un clin d'anl sur tous les pointa de la terre. Quand la planète sera tout entière couverte d'un réseau serre de lîls et de cables — et on peut prévoir déjà que les fils eux-mêmes deviendront en partie inutiles — l'Idée ci reniera libre me ni soi toute sa surfaec comme l'air que nous respirons ; et l'atmosphère mo* râle h julta de [ïlus en plus à l'homogénéité, La conscience universelle sera créée,

La conscience de L'Humanité* ! Ceci n*est pas une chimère. C'est un fait, observable el analysable comme tous les autres faits ; j'ajoute : le fait capital de l'histoire de la vie sur notre planète. Ces! le coup de barre dm accélère» et, si nous voulons » assure la marche vers l'avenir meilleur.

Renan écrivait vers Le milieu du siècle : a II J a à peine cinquante ans que l'Humanité a aperçu le but qu'elle avait jusque-là poursuivi sans conscience* » (i)

A uilà Le grand fait constaté.

SI cet avènement d'une conscience flr f Humanité est un fait dominateur et d'une importance telle qu'il noua

(t) Rima», L\ivi'nir ttc la SkkitM, |>. Mjj

I2 l/ofUEKT ATION HUMAINE

paraît ouvrir à l'espèce humaine une ère nouvelle, il faut s'y arrêter. Il n'est pas de question plus haute ni plus grave, plus angoissante môme, surtout pour une démocratie qui, comme la notre, semble décidément, après un repos naturel, vouloir reprendre le rôle que la Révolution lui a assigné, éclairer la route de l'Humanité en, marche.

La conscience de l'Humanité

Ce fait dominateur, la création graduelle d'une conscience collective, en quoi consisle-t-il au juste?

Tout le monde sait que la conscience est le phénomène essentiel de la vie. De la cellule primitive, végétale ou animale, à l'animal complet, de la lueur indécise d'une conscience de protozoaire à la pleine lumière de l'esprit humain, s'élève l'échelle aux degrés innombrables dont la base plonge dans la matière brute, dont le sommet se perd a l'infini dans la splendeur de l'avenir humain.

La conscience naît certainement avec la vie ; tout

L OÏUOTAllu\ HUMAINE

frire vivant, quelque humble qu'il soit, il la notion de son existence; cëst le point île départ. Simple et obscure d'abord dans les agrégats élémentaires, cette unlion se complique el sectaire à mesure que l'être vivant devient capable de recueillir quelque perception du monde extérieur. Il prend alors, par les oppositions mêmes et les résistances qu'il rencontre autour de lui, conscience de sa propre force ou de son pouvoir, ce qui ne tarde pas à susciter en lui la conscience de son nuiloir.

Notions à* existence, de pouvoir et de vouloir, voilà le contenu essentiel de toute conscience.

On conçoit que plus L'être vivant avancera dans la connaissance, plus sa conscience s'étendra et s eclaiera ; L' agrandissement de la conscience se lait par la science.

Aussi peut-on dire que le grand progrès réalisé par 'espèce humaine a é lé 1 e dé ve lop pc nie n t p cogre s s if de la conscience. Et, sî nous considérons de haut l'évolution de la vie sur la planète du jour de la formation de la première cellule vivantejusqu'A nous, nous setons surpris de constater qu'en somme toutes les forces de la nature déployées dans des millions d'années, ce travail il de huiles les minutes qui nous séparent du refroidissement terrestre, tout ce fourmillement de i

turcs, celte dépense stupéfiante de germes, Je forme*, d'espaces* ce gaspillage prodigieux de matière vivante aboulit à la formation de consciences individuelles plus en plus hautes, de plus en phi> larges. Kl cela esl déjà un émerveillement.

Maîs il y a plus. Sî chaque agrégat vivant est éphémère, et si &a conscience individuelle périt, comme il \ a tout lieu de le croire, par la dissociation de ses éléments, elle ne périt qu'à la façon d'un filet d'eau qui perd dans un océan. Les consciences individuelles tombent dans l'immense réservoir commun qui e&t la conscience de l' Humanité. Les nues peuvent mourir, l'autre reste immortelle et ira s accroissant par une accumulation continue jusqu'à l'extinction de la vie sur la terre.

Et c est là pour 1 individu même une sorte d'immortalité, puisque chaque progrès de notre conscience est, pour ainsi dire, l'atonie qui va s'incorporer à cette masse immortelle.

C'est cette masse immortelle et toujours grandissaute qui est la conscience de l'Humanité. Elle est la mise en commun de toutes les idées communes aun plus nobles, aux plus hautes consciences individuel éteintes ou vivantes : d'où la simplicité relative de cetle conscience universelle; car plus la collccti\it(î

L OFn-.vrvnoN ni muni

Yiemi. et moins nombreuses sont lés idées communes,

jais combien précieuses, puisqu'elles sont l'aboutissenient de tout le passé de la leur !

Dans li - ,i 'i- antérieurs, les pointe de contact n'exis-

» la î en t que dans des groupes Irèfl limités, ( )n ne pouvail pas même concevoir un état dans lequel ils s< raient multipliés jusqu'à s'étendre à tous les lioiniin *&, La science a fait celte merveille, et nous voyons aujourd'hui se produire cet admirable phénomène de l'extension de la conscience collective à la terre entière; I nous assistons à la création d'une conscience planétaire, Certes, cette évolution n'est, pas encore accomplie, en ce sens qu'elle n'est pas universelle. Mais, bien qu'il soit désirable et fort important d'arriver à cette universalité, à quoi nous travaillons, ce caractère n'est pas absolument nécessaire à la constitution de la conscience de l'Humanité,

1 ne foule de peuplades sauvages, des races entières, et, au sein même des plus nobles, des multitudes d'individus restent encore étrangers à cette mentalité et ne participent pas a cette vie consciente- Mais nous savons qu'il n'est pas nécessaire, pour que la conscience existe pleinement, que tous les atomes d'un agrégat en soient les facteurs actifs. Dans l'animal, les cellules nobles,

l6 l/ORIENTATlO* HUMAINE

celles du lisMi nerveux, cl parliculièrcmont celles <h cerveau, n'ont [>as le même rôle que celles du pancréas, et Ton peut amputer les jambes sans atteindre la conscience. De même l'abstention des Turcs, des nègres ou des Chinois ne saurait compromettre l'existence de la conscience de l'Humanité; il ne faudrait pas confondre l'extension universelle avec la constitution même du foyer conscient.

Or, le foyer conscient est évidemment dans la race blanche, et, en celle-ci, il est particulièrement constitué par les esprits les plus cultivés, qui sont à l'humanité ce que les cellules cérébrales sont à l'individu.

Mais de plus, l'extension elle-même se poursuit avec rapidité. Si nous songeons que les premiers chemins de fer ne datent que d'un demi-siècle, que la télégra phie est d'hier, que le téléphone estd'aujourd'hui, quela terre s'est déjà rétrécie jusqu'à sentir tout entière an même instant l'émotion produite sur un seul de ses points, et que tous les hommes cultivés qui l'habitent sont déjà en état de s'imprégner au même momec! d'une idée géniale éclosc dans le cerveau de l'un d'entre eux; si, d'aulre part, on est pénétré de la lenteui ordinaire non seulement des évolutions cosmiques mais des évolutions sociales passées, on ne peut qu'êlr émerveillé de la rapidité de celle-ci.

L ORlENTATrO'S HUMAINE

Il nous semble qu'on ne saurait attacher trop d'im* Knianee à un Lel phénomène* Renan, qui Ta aperçu, mi est resté effrayé, el cet effroi se comprend ; l'homme, ballotté jusqu'ici paç luis les coups du hasard» >t aujourd'hui mis en demeura de substituer an lia— ird sa propre volonté. C'est reniant qui, devenu lomme, commence a sentir le poids de la responsabilité virile. Que va-t-il en faire? Question capitale.

En résumé, l'Humanité a acquis aujourd'hui la pleine conscience de son existence, de son unile; elle commence à entrevoir l'accroissement indéfini de son pouvoir; reste à savoir ce qu'elle en voudra faire.

Le problème est donc celui-ci : l'Humanité" étant devenue consciente va se trouver par la en possession d'une source d'énergie nouvelle d'une incalculable mivs mce. Qu'en fera-t-clle ? Wl-elle s'en servir pour accentuer et accélérer le mouvement ascensionnel qui Ta portée lentement par le jeu des forces naturelles jusqu'au point où elle est parvenue? Ou bien, par myopie, fera-t-elle volte-face et faillite P Ou encore, par imprudence, enivrée de sa puissance neuve, ira-ti'l|r\ dans \m élan téméraire, se briser sur d'invisibles écueils '. } Ne va-L-elle pas faire comme ces peuples eu taire me ni esclaves qui, tout à ooup, mis en possession dé la liberté, n'ont pas su en user el Bfl ^<*nt

L 0H1EMA TKJH H U H A 1 M :

précipités d'eux-mêmes dans un pire êsdavâ

Ce qui petit justifier les craintes, < "est que 1 conscience n'est ai universel ni homogène. Le cenl de rayonnement esl dans le. corps international

et pensant du monde civilise» et cYsl là < et tes un fovei suffisamment homogène et d'une grande puissance* Mais, outre que ses rayons commencent a peine à pénétrer les masses profondes, il existe de grandes agglomérations humaines qui, pour des eau-' graphiques ou ethniques, n'ont pas encore été touch D'ailleurs, cette dernière considération est secondaire ; car une déviation ne peut venir de ces races înr qui n'ont pas même les moyens, comme les barbares du iy" siècle, de se ruer mit nous. La seienco nous a donné contre le nombre la force que l'empire romain n'avait pas. On ne pourrait donc ledotiln- de déviation que des masses agissantes déjà baignées par le courant conscient, soit celles d'Europe et d'Amérique.

L'essentiel paraît donc être, pour conjurer les périls entrevus, de faire le plus vite possible rinniu*fjé^ néiié dans là conscience collective du monde occidental; en d'autres termes, il faut que l'orientation donnée aux foules par les centres moteurs soit de plus en plus claire et précise.

L OIUE>TATIO> III M \]N!;

[/orientation humaine, qui, dans l'élat inconscient des siècles antérieurs, était absolument impossible esi devenue possible. A, la période anarchique, servie par la violence cl dominée par le hasard, duil succéder l'ère pacifique organisée par l'cflort des volontés humai nés.

Il y a, dès maintenant, pour la conscience humaiiic-, un petit nombre d'idées communes, idées néralrîces qu il faut rendre palpables et universelles. Il faut en imprégner les multitudes, pour que les multitudes deviennent les soutiens et non pas les obstacles.

L'œuvre du commencement de ce siècle, peut-être L'œuvre du siècle tout enlîcr, sera donc l'orientation humaine, c'est-à-dire la Vulgarisation, je dirais presque la prédication, —-car il y lai nul es apôtres — des principes que la science aura reconnus aptes au développement normal de l'Humanité.

Des différentes voies qui s'ouvrent devant nous, quelle est celle que nous prendrons ? Examinons les principales hypothèses*

Le progrès s'élant accompli jusqu'ici par le m lUMne de la sélection naturelle, l'homme pourrait se proposer d'imiter la nature et de (aire servir la science acquise à continuer son œuvre par les mêmes

moyens. L'impulsion, le progrès se ferait dans le même sens, mais avec une^ intensité croissante. La ligne droite se substituerait seulement à la ligne brisée. De hasardeuse, l'évolution deviendrait rationnelle ; elle emprunterait à la science la précision, la rapidité. On arriverait sans doute, en combinant l'hérédité et l'éducation, à créer une élite humaine, comme les éleveurs font desraces. LesTaibles, les disgraciés, les mal venus, les dégénérés seraient sacrifiés par la science avec plus de sûreté et plus de rigueur encore que par les forces aveugles des âges antérieurs. La violence, mais un?, violence savante et raffinée serait plus que jamais la Ici définitive.

Au sommet, une aristocratie impérieuse, assemblé) de dieux ou bande de tigres, suivant l'optique, dominant de toute la force des lois de la nature asservie la foule immense et désarmée, tel est le rêve qui a hanté le cerveau fumeux et déséquilibré d'un Nietzsche.

L'égoïsme roi ferait le super-homme.

C'est la première hypothèse.

La seconde en est la contre-partie.

L'homme, devenu clairvoyant, a jugé la nature. Il l'a vue indifférente au bien et au mal, .et, avec une volonté lucide, il a décidé non delà continuer, mais de

L ORIE N T AT ION lï U M AIN E

la combattre. Les forces avec lesquelles il se mesurait, Infatigable Prométhéc, avec plus de courage que de succès, il a commence à les plier, à les dompter, à les domestiquer. Celte puissance nouvelle modifie toutes les conditions de la vie matérielle et résoudra sans (.toute avec le temps les problèmes économiques les plus compliqués.

Du même coup, il a soudé en partie les mystères de la vie même ; et, s'il n en a pas trouvé, si peut-Être il n'en trouvera jamais la cause première, il en a déjà buffisammeûl démêle le mécanisme pour commencer a influer sur ses manifestations et à diriger jusqu'à un certain point son activité. En tout cas, il sent très bien qu'il ne lui esl pas interdit d aspirer non seulement au gouvernement, mais à la modification des énergies

I moi aies.

Des deux énergies qui régissent le munde moral, léguïsmeet l'altruisme, ila recourra que la part léonine du |i miirr était un legs »le l'ère inconsciente et que la culture du second doit être la grande affaire de l'humatttsnu- qui va succéder au naturisme»

Si la première voie aboutît à l'aristocratie, celle-ci mène à la démocratie.

Les deux conceptions s'opposent de tous points. i I/o ne a pour but le perfectionnement d'une élite au

I Olïir s I \ HO» Ht M UNE

détriment de la masse : l'autre le |« :

universel, dul-ou arriver moins haul ; lit preitiii le bonheur de quelques-uns, la seconde le fa

Sacrifier la masse humaine au super-homme, qu

peul nYtre qu'un rêve, ou sacrifier le super-h problématique à riluinanilé, réalité vivante et tan* gible, voilà le dilemme. Il ne semble pas que la cience humaine puisse hésiter.

El qu'un ne dise pas que le problème de la ré lion du bonheur est insoluble. Il est vasle, complcie difficile, Bien fou celui qui aurait la prétention udre nu moyen de formules ! Il y faudra l'us bien dos générations. Nous ne pouvons, des a pi qu une chose, fixer le sens général de l'orientation. Mai? Oela, nous le pouvons et nous le devons.

Lorsque Colomb était en pleine nier cl que Fcqui page se lamentait et le couvrait d'outrages, lui g intacts son espoir et sa foi. C'est qu'il savait non au juste là forme de la terre où il aborderait, n qu'en cinglant toujours vers 1 Ouest il ne pou va manquer de rencontrer la terre pressentie. Le Colorai moderne, c'est 1 élite humaine en marche vers le* Orients lumineux, Si nous savons garder la ligne, le

KSè&tl ne peut manquer d "aborde i .

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