‹ Louis 14 et le Saint-SiègeChapitre 13 sur 14 · FIN DE L AMBASSADE DE CKÉQUY .) M · texte numérisé non relu

FIN DE L AMBASSADE DE CKÉQUY .) M

A'agnus /)e/dont jo vous ferai part à mon rolour... Afin que le dernier jour de mon ambassade fùl égal à tout le reste, le cardinal Chigi avait pris médecine lorsque je fus à Taudience, de sorte que je ne le vis point, et, le lendemain, il parut en public et reçut le nouvel ambassadeur de Malte (1). »

Il était temps qu'il partît : les incidents de toute nature se multipliaient. Il venait d'entrer dans un différend fâcheux avec le prince de Monaco (2). La Buissière écrivait : « Los Français qui sont ici font tous les jours les plus grandes extravagances du monde : il y en a même (\mplient la toilette (3), et nos pages, qui jour et nuit battent le pavé sans crainte de personne, s'en mêlent aussi (4)... — Nos visites sont finies, Dieu merci, mais M. l'am.bassadeur les veut recevoir et il n'a presque personne ; et. au lieu de régaler les gens des cardinaux et autres, comme ils ont fait à nous avec profusion, on ne leur présentera pas seulement de l'eau de la fontaine^ et ces sortes de choses sont ici fort remarquées... — Je vous assure, Monseigneur, qu'il vaudrait mieux pour M. l'ambassadeur qu'il eût perdu la moitié de son bien que d'avoir été ici ambassadeur, et on y pourra peut-être faire des feux de joie de son départ (o). » Il n'eut pour l'accompagner jusqu'à la première poste que des pensionnaires du roi : les cardinaux Orsino,

(1) Au roi, 23 avril; à Lionne, 24 avril 1665. Rome, 168.

(2) La Buissière à Lionne, 1 avril. Rome, 1(18.

(3) Qui volent.

(4) Voici un de leurs derniers traits, raconté par l'abbé de iMachaut à la suite de confidences libertines sur le carnaval : « Je ne doute pas qu'on ne vous ait fait une grande relation d'une bizarrerie de trois ou quatre Français, qui ne se contentèrent pas de retirer un dé leurs valets que les sbires avaient pris lorsqu'il avait l'épée à la main contre un autre valet; mais ils prirent les sbires mêmes et les maltraitèrent avec, des cordes dans leur chambre... Si vous n'aviez pas mis l'autorité du roi dans un si haut point, il est indubitable que ces messieurs eussent mal passé leur temps, etc. » (A Lionne, 27 février 1665. Rotne, 167.)

(3) 23 avril. « Enfin les bonnes prières de mes amis m'ont tiré du purgatoire. Oui, Monseigneur, je ne crois pas que les peines qu'on y soulfre puissent être plus grandes qu'ont été les miennes depuis un an auprès du plus fâcheux des hommes. J'ai été misérable et esclave auprès de lui, ayant été obligé de le servir de page, de gentilhomme et de maître de chambre, à sa confusion néanmoins, et, Dieu merci, personne ne se plaint de moi, qui peux dire avec tout le monde d avoir souvent caché la mauvaise humeur du ministre par mes soins et assiduités. »

o76 CHAPITRE ONZIÈME

Maidalchini, Mancini avec Bichi, Ripa et Bourlemont (1), « Je puis Yoas assurer, dit encore la Buissière, (\\i il a perdu ici nos amis et sa répiitationpar sa mauvaise conduite. Il n'a eu presque aucun commerce qu'avec des joueurs ou avec les juifs, auxquels il a vendu lui-même toutes ses vieilles hardes et habits, et tout son monde est parti sans payer personne, et, de quelque côté que je me tourne, je n'entends que des plaintes (2). »

Il put au moins se vanter avec raison de n'avoir jamais sollicité aucune faveur du pape pour lui-même ni pour ses amis; c'est une délicatesse dont il faut lui savoir gré, quand on voit les ministres et les prélats français les plus malintentionnés pour le saint-siège rechercher avidement des grâces : Lionne, par exemple^ venait de mendier pour un de ses fils le gratis des bulles d'une abbaye (Marmoutier), de laquelle dépendaient 400,000 livres de collations (3)! Après avoir attaché son nom à un sinistre épisode de notre histoire, le duc de Créquy rentra dans l'obscurité, « Je vois bien, écrivait-il unjour à Lionne (4), qu'il ne faut pas se mettre autrement en inquiétude de votre indisposition, puisque je ne l'apprends que lorsque vous m'écrivez que vous êtes en état d'aller crapuler chez le commandeur [de Souvré]. Je voudrais fort pouvoir être bientôt de vos parties. » Voilà la place qui lui convenait, et non celle de représentant du Roi très chrétien auprès du saintsiëffe.

(1) Bourlemout à Lionne, 28 avril. Rome, 168.

(2) 28 avril.

(3) Lioûne à Créquy, 27 janvier 1665. Ro7ne, 167.

(4) 3 févi'ier 166S. Borne, 166. — Journal de Dangeau, 31 janvier 1687 : « Le maréchal de Créquy se trouva fort mal et fut saigné trois fois eu fort peu de temps. M. le duc de Créquy, son frère, qui est dangereusement malade depuis un au, lui manda qu'ils avaient grand tort tous deux de brûler la chandelle par les deux bouts. » (T. 11, p. 16.) Le maréchal mourut le 4, et le duc, le 13 lévrier 1687. Addition de Saint-Simon : Le duc de Créquy était » grand joueur et ne s'y piquant pas d'une fidélité bien exacte. Plusieurs grands seigneurs en usaient de même, et on en riait... M"^ de Créquy... belle, vertueuse, mais si sotte qu'on disait d'elle que M. de Créquy la remontait tous les matins comme une horloge. » {Ibid. p. 21 et 24.)

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