‹ Louis 14 et le Saint-SiègeChapitre 3 sur 14 · RETRAITE DE CKÉQUY EN TOSCANE 3S · texte numérisé non relu

RETRAITE DE CKÉQUY EN TOSCANE 3S

facile à pratiquer, par le moyen duquel, si le sieur duc y peut porter le Roi catholique, on lui ferait rendre sûrement l'Etat de Castro, et en même temps les vallées de Comaccliio à M. le duc de Modène, sans même qu'on fùl obligé pour cela d'employer les armes ni de rien faire souffrir aux sujets de l'Etat ecclésiastique... Cet expédient serait que^ par un concert pris ensemble, le roi et le Roi catholique se saisissent à un même jour... l'un, de la ville d'Avignon et de tout le comté Venaissin, et l'autre, de Benevento, qui est une portion du royaume de Naples, déclarant qu'ils seront toujours prêts de rendre l'un et l'autre, quand la Chambre apostolique voudra restituer Castro et Comacchio aux sieurs ducs. » h'eslime de Sa Majesté n'est pas plus sincère que sa tendresse : d'Aubeville est averti qu'il ne doit avoir aucune confiance dans la cour de Parme. Le duc, sans talents et sans caractère, se débat entre sa femme et sa mère, qui se détestent : ses ministres aiment le repos avant tout et, quand même le duc s'engagerait envers le roi, il ferait peut-être dire secrètement au pape qu'il est poussé par la France, comme cela est arrivé^ lorsque Jeure-Millet a été envoyé à Rome pour le même objet (1).

Louis XIV ne mit pas moins d'empressement à exiger luimême de Philippe IV l'exécution des articles perfides qu'il avait fait insérer contre le pape dans le traité des Pyrénées. Dès le o septembre, il avait ordonné à M. de la Feuillade, archevêque d'Embrun, son ambassadeur, de communiquer au roi son beau-père les avizzi du 5 août qui, à l'entendre, « donnaient à connaître évidemment la véritable cause de cet attentat ! » Représentez au Roi catholique, disait-il, l'obligation que nous avons prise envers les ducs de Parme et de Modène : le moment est venu de la remplir et de supprimer celte cause de guerre en Italie. Abusant de la faiblesse à laquelle étaient réduits les Espagnols, le roi de France passa rapidement de la prière aux plaintes et aux menaces : dénoncez, d;l-il, la pusillanimité du cardinal d'Aragon, en qui mon ambassadeur à Rome n'a trouvé, après le 2U août, que de la civilité et de l'honnêteté. « Il est sans doute que, s'il eût voulu

(1) Instruction du roi à il'AubeViile. Rome, 146 et 1 i7 ; Panne, 3.

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faire soulcnioiiL le somblanl d'assembler ses amis et les dépendants du roi mon beau-père, la crainte de cette jonction aurait tellement eiïrayé la cour de Rome qu'elle n'aurait pas tardé un instant à me satisfaire pleinement... Le marquis de la Fuenle n'en a pas ici mieux usé, ayant donné de certains conseils et fait certaines dilig-ences et démonstrations publiques avec le nonce, dont il eût pu se passer. » Refusez la médiation du Roi catbolique : « Sa personne est trop éloignée et ses ministres trop froids. >i — Lionne écrivit à son tour : Tirez promesse que le roi d'Espagne ne protégera jamais les Cbigi, ni pendant, ni après le pontificat actuel. Pour qu'on ne mette pas en doute l'union des deux couronnes, demandez que son nouvel ambassadeur à Rome n'y entre pas que le pape n'ait fait raison à la France. « Je ne crois pas que Sa Majesté catbolique voie bien volontiers un corps de vingt mille Français dans l'Etat de Castro, à cause de la proximité du royaume de Naples qui les pourrait tenter, et que Sa Majesté serait obligée, par bonne politique, d'armer de ce côté-là. C'est pourquoi je ne doute quasi pas qu'à Madrid on ne prenne chaudement et ouvertement le parti du roi. » — Louis XIV ajouta bientôt : « S'ils avaient été bien aises à Madrid, comme vous le dites, de l'accident de Rome, pour l'embarras qu'ils ont jugé qu'il me peut causer, je crois que les harangues que vous avez charge de leur faire leur feront bientôt changer de sentiment, et qu'ils connaîtront bien qu'une mauvaise affaire dans son commencement pourrait donner lieu, dans la suite, d^en faire de bonnes, sans que je sois nullement embarrassé. » Aimeras (1) a reçu mes ordres pour préparer le passage de vingt mille hommes en Italie (2).

D'un autre côté, pas un moment n'avait été perdu pour exécuter la menace de s'emparer d'Avignon. Un exempt des gardes du corps, le chevalier de Busca (3), futur lieutenant

(1) L'un des principaux officiers de l'escadre du Levant.

(2) Le roi à la Feuiilade, o, 13, 26 septembre et 8 octobre 1662. — Lionne au même, 23 septembre. Espagne, 38 et 39.

(3) Instructions au clievalier de Busca. Rome, 149, — Cf. f.ettere délia legatione rf'/liu"^no/ze, 1601-1679, Arcli. duVatic. Lascaris au cardinal Chigi, 30 septembre 1662. — L'exempt des gardes n'avait pas même de lettre de créance : il

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g"énéral des armées, alla déclarer au vice-légat Lascaris que les garnisons de l'enclave ponlificalo mettaient en péril la sécurité de la France et que, si elles n'étaient pas licenciées surle-champ, il porterait aux gouverneurs du Languedoc^ de la Provence et du Dauphiné l'ordre de faire avancer des régiments et de traiter les troupes du pape comme le pape avait traité les Français à Rome ! «Monsieur le vice-légat, dit ensuite le chevalier, votre tête répondra de tout ce qui peut arriver de sinistre à M. le duc Cesarini ou à sa maison.» Lascaris montra la même fermeté que le nonce Piccolomini. « Il répondit que, quant à sa garnison, il n'en était pas le maître; que c'était au pape àTôter, l'ayant mise dans l'Etat, et non à lui... Quant à sa tète, il serait hien aise de la perdre pour le service du pape. » Une émeute provoquée par les Français, animée par la présence de Busca et par l'approche des trois gouverneurs, chassa les soldats du pape et séquestra ses magistrats aux cris de : Vive le roi de France! Louis XIV tenait Créquy au courant de ces exploits et lui écrivait : « La ville d'Avignon m'a député le sieur de Perussi pour m'assurer qu'elle exécuterait

devait signifier de vive voix au vice-légat trois ciiefs d'accasatioii : 1° depuis le 20 août, Lascaris faisait des levées extraordinaires; 2" il tolérait que l'on parlai mal du roi et de son gouvernement; S" il entravait les relations des sujets poulificaux avec les Français. Le vice-légal répondit par un démenti absolu et par le déû de produire l'ombre d'une preuve. Il n'avait que vingt-quatre heures pour faire partir officiers et soldats, et il tenta vainement d'obtenir un sursis des gouverneurs de Provence et de Languedoc, le duc de Mercœur et le prince de Conti. Leurs réponses attestent qu'ils n'obéissaient qu'à regret, et expriment la plus liaute estime pour la personne de Lascaris. Voici la lettre du duc de Mercœur : « fe"" octobre. Monsieur, si les ordres du roi... me laissaient quelque liberté, je m'en servirais avec la dernière satisfaction, dans une conjoncture si délicate pour V. E., pour lui témoigner que j'ai toujours le même cœur pour elle, et que ce contre-temps, tout sensible qu'il m'est, ne diminue rien de la considération que je lui dois. Le cœur me saigne de voir tout ce qui se prépare de fâcheux et de ne pouvoir de mon côté le prévenir et l'éloigner. Vous savez, Monsieur, ce qu'on doit aux ordres du roi, et combien la conduite d'un homme qui est en mon poste doit être mesurée. Néanmoins, Monsieur, si, en servant le roi, je trouve occasion d'adoucir les choses, je supplie très humblement V. E. d'être persuadée que je ferai ce que je dois et qu'elle peut se promettre tout de moi, à l'intérêt près de S. M., qui sera toujours mon premier objet. Le sieur l<'Iorent, à qui je me suis plus ouvert, aura l'honneur d'expliquer le surplus à V. E. et moi de l'assurer que je suis, etc.. LoLis DE Vendôme. »

tou3 les ordres que je lui donnerais, et j'ai sU;, depuis, que la soldatesque a pris l'épouvante et qu'elle a tout déserté, en sorte que le vice-légat est aujourd'hui réduit aux douze Suisses de sa garde, que je trouve bon de lui laisser (1) ! »

Alexandre VII ne se laissait pas effrayer; mais il ne se dissimulait pas la gravilé du péril, et il s'en était expliqué très sévèrement lorsque Bourlemont était venu lui apporter la lettre injurieuse de Louis XIV. Cet abbé avait écrit à Lionne : « Le pape s'échappa fort et me dit qu'il savait bien que les ministres du roi échauffaient son esprit et lui inspiraient tout ce qu'ils pouvaient pour lui causer du déplaisir et de l'aversion contre sa personne ; que le cardinal Mazarin avait déjà nourri le roi dedans une haine pour lui^ et qiiil voyait bien que Ion continuait à lui donner les mêmes, pennées ; qu'il en avait eu des preuves avant même qu'il fût pape ; que le cardinal Mazarin lui avait fait faire l'exclusion, et qu'il ne l'avait levée que lorsqu'il avait vu que tout le collège des cardinaux concourait à son élection. Il poursuivit comme l'on avait mis les affaires du roi es mains de M. le cardinal Antoine pour lui déplaire : ainsij l'on avait envoyé ici M„,. l'ambassadeur pour l'inquiéter et lui donner des déplaisirs, et, depuis, qu'il s'était joint à lui des conseillers pernicieux: et, là-dessus, il me dit que Tun de ses conseillers [le cardinal d'Esté] s'était vanté qu'il avait fait révolter Bologne contre lui... Mais, ce qui m'a mis en grande peine et que je n'ai écrit à qui que ce soit qu'à vous, Monseigneur, vous suppliant d'en user selon votre prudence, de crainte de quelque accident auprès du roi mon maître, auquel je n'en dis rien, c'est que le pape m'a dit que l'on nourrissait Sa Majesté dedans une affection de prendre et enlever les Etats des autres. » C'était la prophétie du règne de Louis XIV î

Puisque des satisfactions avaient été promises sur-le-champ par le nonce etqu'une congrégation en délibérait, c'était maintenant au roi de déclarer ses intentions. Or, il avait chassé le nonce et retiré son ambassadeur; et, d'un autre côté, Bourlemont, demeuré seul à Rome, avait reçu la défense de faire

fl) 26 septembre et 13 octobre 1662. — Cf. Relation particulière, datée d'Avignon. Rome, 147 et 149.

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