RETRAITK DE CRÉQUY EN TOSCANE
aucune ouverture. Cet abbé, disait l'instruction du 30 août, (( attendra ce que le pape voudra lui dire; et, comme l'action des Corses est insoutenable, il y a apparence que Sa Sainteté ne manquera pas de répondre, pour sauver sa réputation dans le monde, quand même il aurait intérieurement un autre dessein, que la chose lui a déplu autant qu'au roi et qu'il eu veut faire raison à Sa Majesté; à quoi le sieur de Bourlomont se contentera de répartir que ce sera un eiïet digne de sa prudence, sans s'avancer de faire connaître qu'il ait autre pouvoir que d'écouter ce qu'on lui voudra proposer. » Les ordres envoyés à l'ambassadeur et au cardinal d'Esté étaient conçus dans les mêmes termes : « II ne faudra rien proposer et laisser parler les autres pour reconnaître auparavant ce qui s'en pourrait tirer; et quand, après, on sera obligé de faire dos demandes, il faut que ce soit comme choses qui leur tomberaient dans l'esprit et qu'ils s'emploieront à faire que SaMajesté s'en contente, déclarant qu'ils ignorent entièrement sa satisfaction (l). » Jamais l'entremise d'une puissance amie n'avait été plus nécessaire qu'en celte occasion, même à la France : aussi les médiateurs s'offraient-ils de toutes parts. Mais le plan de Louis XIV était arrêté dès le premier jour; il écrivait àCréquy : J'ai déjcà refusé l'intervention de la reine Christine, celle du roi d'Espagne, de Venise, de ma propre tante la duchesse régente de Savoie « qui est entièrement dans mes intérêts. » Rejetez aussi celle du grand duc (2). Lionne s'en expliquait cyniquement avec Strozzi, pour que cet abbé rapportât ses paroles à ce dernier prince, et que, de Florence, elles se répandissent à Rome et dans toute l'Italie : « Il n'est pas malaisé, disait-il, de vous satisfaire sur ce que vous me mandez que l'on a peine à comprendre en Italie comment un accommodement se peut faire sans médiateur, les parties mêmes traitant face à face... Je me contenterai de vous dire en deux mots que le roi, en ce rencontre, a de son côté la justice et la puissance, et que les médiateurs sont superflus dans les différends où l'une des parties peut donner la loi et veut la donner. Dès
(1) Mémoire du roi i Bourlemoat, et Mémoire des satisfactions envoyé Créquy.
(2) '6 et 26 septembre, et Vi octobre 1662.
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que M. l'ambassafleur aura déclaré les intentions de Sa Majesté, si les parents ne s'y accommodent pas, il se retirera sans qu'il soit besoin d'autre entremetteur, et il faudra voir après comment les parents s'empêcheront de faire dans la suite non seulement ce que Sa Majesté aura voulu, mais de porter alors en leurs personnes et en leurs biens la peine de leur imprudente témérité (1). »
Créquy demandait que tout passât par ses mains, et le roi lui répondait : Vous avez « le pouvoir de donner, pour ainsi dire, vos lois dans Rome (2). » Laissait-on du moins pressentir à Rome quelles seraient ces loh? Vainement les ministres étrangers représentaient à Créquy quil devait s'expliquer le premier (3); il écrivait au roi : « Nonobstant le sentiment de M. l'ambassadeur de Florence, j'estime que Votre Majesté doit recevoir et résoudre les propositions de satisfaction et non pas les faire... » L'auditeur de rote s'efforça do le ramener à une conduite plus sensée : c; M. de Bourlemont, disait encore le duc (i), est d'opinion, et me mande que c'e«t celle d'une partie de Rome, que Ton ne peut pas refuser de se déclarer des choses que vous désirez, d'autant que, celte cour affectant de semer le bruit qu'elle veut contenter Votre Majesté, mais que, n'étant pas possible de deviner ce qui la peut satisfaire, il faut
(1) En communiquant à Créquy cette lettre, Lionne lui disait : <> Je vous adresse la copie d'un article de lettre que j'écris à l'abbé Strozzi, qui pourra vous réjouir un peu. » (27 octobre 1662; Rome, 141 et 151.)
(2) 16 et 26 septembre. — « Ce fut un furieu.x: coup de renvoi, disent les Mémoires d'Esté, d'obliger le pape à traiter avec M. de Créquy et avec M. le cardinal d'Esté, qui avait bien coutriliué à cette déclaration, m'ayant fait écrire à M. de Brienne... que la plus grande mortiflcation du pape et de ses gens serait de traiter avec les ministres du roi qui étaient en Italie et surtout avec M. l'ambassadeur et lui. De sorte que voilà le chemin coupé aux courriers et aux négociations en France parla conduite de M. le cardinal d'Esté... » (T. H, p. 134.)
(3) « Le préteste le plus spécieux dont la cour de Rome se servait alors était de dire : qu'elle ne pouvait faire autre chose que d'offrir de donner toute sorte de satisfaction au roi ; que c'était après cela à lui à s'expliquer, et qu'on ne pouvait pas deviner à Rome ce qu'on souhaitait en France. Soit que les ministres étrangers goûtassent ces excuses ou non, ils essayaient de les faire passer pour bonnes auprès des ministres du roi, qui se trouvaient eux-mêmes partagés... » et toute la suite. (Régnier, p. 95 et sniv.)
(4) 21 et 29 septembre.