‹ Louis 14 et le Saint-SiègeChapitre 5 sur 14 · RETRAITE DE CRÉQUY EN TOSCANE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE CRÉQUY EN TOSCANE

qu'on s'en explique. . . » — « Je ne sais par quelle bévue M. de Bourlemont s'est allé engager, contre tout ce que je lui ai dit d'avance, que je me déclarerais des satisfactions que Sa Majesté souhaite (1). »

Comment les avances de la cour pontificale avaient-elles été jusqu'alors reçues par les Français? Une des conditions que le roi avait le plus à cœur était le licenciement de la milice corge (2) : « Il faut viser, disait-il, à ce que le pape... casse toute cette soldatesque corse, sous prétexte qu'il ne peut y avoir autrement sûreté dans Rome pour mon ambassadeur, et, si on ne peut l'obtenir, qu'on les change au moins de quartier... » Or, ayant su que, dès les premiers jours de septembre, les Corses étaient relégués dans des casernes éloignées deFarnèse, puis dissous et renvoyés dans leur île, Louis XIV écrivit à Créquy : « Il faudra compter pour rien cette partie de satisfaction qu ils croiront m avoir donnée, et dire même qu on les a chassés pour deux raisons qui me désoblig-ent, l'une, pour s'exempter de les châtier, et l'autre, de crainte qu'ils ne parlassent trop et qu'ils ne déclarassent par quels ordres ils se sont portés à la brutale action qu'ils commirent le 20 août. Voilà ce qui arrive de ne pas faire les choses à temps ; car, s'ils vous eussent donné cette satisfaction lorsque vous la demandiez, vous seriez encore à Rome, et ils auraient épargné quelque chose d'une plus grande réparation que je leur demanderai pour vous en avoir chassé^ violant une seconde fois en votre personne le droit des gens et le respect qui m'est dû. »

Les brefs du 28 août et du l'^'" septembre avaient été laissés sans réponse par le roi; cependant l'un et l'autre désavouaient absolument l'action des Corses et protestaient avec énergie contre l'intention d'offenser le roi ou la nation française : la dignité de la couronne était donc hors de cause. Un troisième bref, du 12 septembre, ne fut pas même accepté par Louis XIV, qui « ne voulait avoir aucun commerce avec la cour de Rome, que par le moyen de son ambassadeur. » Alexandre VII y répudiait, plus solennellement encore que dans les précédents,

(1) A Lioane, 29 septembre. Rome, 147.

(2) Mémoire du roi à Bourlemont et Mémoire des saiisfaclioiib-, 'léjà cités. — Le roi à Créquy, 26 septembre.

loule participation de ses parents ou de ses conseillers à l'action des Corses (1). Mais, quand ce brefétait parvenu enFrance, le roi avait déjà tiré du saint-siège une vengeance sans proportion avec l'accident du 20 août, et il était dès lors sous l'empire de ce sentiment que Lionne exprima bientôt avec sa brutalité accoutumée : « Ce sont, écrivait ce ministre à l'archevêque d'Embrun, des pilules un peu amères pour le pape, qui prétendra sans donle auiourd''hm, par l'expulsion dinio?ice et par cette affaire d'Avignon, quil est notre créancier; mais le roi ne fait pas le compte de même (2). » Que pouvait-on cependant répliquer au pape, lorsque^ prenant à son tour l'olfensive, il disait à Louis XIV : « Nous ne pouvons, sans manquer à ce que nous devons à Dieu, au saint-siège apostolique et à vousmême, nous empêcher de vous faire de justes plaintes de ce qui est arrivé de delà à notre nonce. Votre ambassadeur, en se tenant ici armé, mettait la ville, le saint-siège et notre dignité dans un évident péril : il n'a pas même attendu votre ordre pour en partir, nonobstant que nous le fissions prier d'y demeurer, et que nous lui fissions donner parole qu'il y serait dans une entière sûreté. Après quoi, lorsque nous ne savions pas nous-même de quel côté il allait, il n'a pas laissé de recevoir de nos officiers toute sorte de bons traitements. Que dira donc tout l'univers? Que dira la république chrétienne? Que jugera Dieu lui-même, qui interroge les actions des rois et qui sonde leurs sentiments? Notre nonce, un homme ecclésiastique et innocent, qui tenait auprès de Votre Majesté non seulement la place de celui que Dieu vous a donné pour pasteur et pour père, et de l'Eglise qu'il vous a donnée pour mère, mais la place de Dieu même, a été exilé par une puissance séculière, pour le crime particulier de quelques soldats. Comme nous sommes obligé de rendre compte de votre âme au roi des rois, nous avons cru vous devoir représenter paternellement toutes

(1) Régnier, Preuves, p. 69.— « ... Veriim exaggenire et detestari faciniis iudigniim qiiaui maxime quis queat. hic nunquam asssequi certe poterit borrorem et iadignatioDem quam percepimus ob injuriam ia persouam tam cari tamqiie peramati filii, qiiam nobis ipsis recipimus factam : quare nos, tanquam lu re ad existimatiouem propriam pertinente, adversus soutes justitiam et satisfactiones tibi débitas execulioni mandari jussimus. )>

(2) 15 octobre 1662. Espagne, 39.

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