‹ Louis 14 et le Saint-SiègeChapitre 7 sur 14 · INTERVENTION DE GRIMANI ET DITURIETA · texte numérisé non relu

INTERVENTION DE GRIMANI ET DITURIETA

dit contre votre cour, on la cliargerait encore dans toute la chrétienté d'un manquement formel à sa parole. »

Il faut dire encore, pour expliquer la capitulation de Grimani et d'Iturifeta, que les Français n'avaient pas reculé devant la fraude. Louis XIV et Lionne l'ont avoué cyniquement : « Sa Majesté (1) leur fit répondre qu'elle ne pouvait consentir à lareprise des négociations parce qu'elle avait été obligée de prendre des engagements avec d'autres princes (2) qui ne lui laissaient plus la même liberté, qu'elle avait auparavant, de faire un accord sans y comprendre leurs intérêts, et que, comme la cour de Rome avait toujours témoigné grande aversion à entendre parler de ces aiïaires-là, toute nouvelle négociation paraissait fort inutile et ne serait de la part de la dite cour qu'un amusement pour arrêter les résolutions que Sa Majesté pouvait prendre de se satisfaire par d'autres voies. » Quelques promesses qu'eût faites le roi de France aux ducs de Parme et de Modène, elles n'auraient pas été plus opposables à la cour de Rome que les articles 99 et 100 du traité des Pyrénées, auquel ni les deux ducs ni le pape n'avaient été parties. Mais le prétexte allégué était mensonger. Les agents de Louis XIV avaient toujours reçu l'expresse défense de le lier envers ces princes, « d'autant plus, ajoutait Lionne (3), que Va/faire des Corses n'a aucune connexité ou relation à celle-ci, comme la cour de Rome a déjà bien su le dire par ses réponses au premier parti. » Et, le 27 février. Lionne s^empressa d'écrire encore à d'Aubeville : « Sa Majesté a résisté aux deux ministres quinze jours durant, disant qu'elle avait pris de nouveaux engagements depuis l'embarquement de M. de Créquy, qui lui avaient ôté la liberté de s'accommoder aux mêmes conditions... » Informez le duc de Parme et la duchesse régente de Modène de ce qui s'est passé, et invitez-les à « ne rien dire de delà de contraire à ce que Sa Majesté a dit ici des nouveaux enqaqernents qu'elle a pris avec eux; car, encore quelle nen ait aucun et que ce qu'elle fait pour leur avantage procède seulement de

(1) Même instruction du 22 avril 1663. Rome, loi.

(2) «... hnpegni con Panna e Modenadopo la partenza di Crechi. » (Grimani, 13 février. Filza 130.)

(3) A d'Aubeville, 28 novembre 1663. Tiiriii, 56.

sa pure bonne volonté, il importe extrêmement^ pour le bon succès de la négociation, que la cour de Rome demeure toujours persuadée que ces engagements sont véritables. » Louis XIV et Lionne s'applaudirent de leur fourberie et avertirent les agents français à l'étranger du parti qu'ils comptaient en tirer contre le souverain pontife. Le roi écrivit à l'archevêque d'Embrun : « ... J'ai longtemps résisté aux instances que m'ont faites l'ambassadeur de Venise et Iturieta pour me faire consentir... (1) » Lionne s'ouvrit avec plus d'abandon à l'évêque de Béziers : « Vous verrez, dit-il (2), que nous n'avons pas mal négocié avec M. l'ambassadeur de Venise et le secrétaire Iturieta et qu'on peut aujourd'hui avoir plus d'espérance de l'accommodement qu'on n'avait encore eu raison d'en concevoir, pourvu que la cour de Rome y veuille marcher de bon pied et avec plus de sincérité qu'elle n'a fait par le passé. En tout cas, ?ious r aurons je tée ^ après tant d'autres fautes, da7is im manquement de paroles bien formel après lequel, s'il arrive, je ne crois pas qu'elle puisse attendre ni secours, ni même la compassion d'aucun prince ou potentat. »

Iturieta et Grimani n'étaient pas sans inquiétude sur les suites de leurfaiblesse,etilsessayèrent de la justifier auprès de leurs souverains et à Rome. Un courrier de France étant arrivé à Venise, les Pregadi furent aussitôt réunis, et, après qu'on eut fait sortir les sénateurs qui comptaient des ecclésiastiques dans leur famille (3), on donna lecture de la dépêche de Grimani (4). L'ambassadeur disait quelle lutte il avait soutenue contre les ministres du roi. « Il avait été fort surpris et s'était vu obligé comme par force., pour moyenner cetaccommodement si passionnéinent désiré par la Répiiblique., de signer l'écrit avec le secrétaire d'Espagne. Il donnait avis ingénuement au Sénat de ce qui lui était arrivé, pour sa décharge., ne sachant pas où la cour avait pu pénétrer le secret si fort recommandé par l'ambassadeur Basadonna, n'ayant communiqué sa dé-

(1) 27 février 1663. Espagne, 39.

(2) Même jour. Venise, 82.

(3) C'était l'usage quand ou avait à délibérer sur des affaires intéressant la cour poutiticale et la religion.

(4) L'évêque de Béziers à Lionne, 24 mars. Ve7iise, 82.

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pêche qu'à son secrétaire, et il conjurait la République, pour sa réputation et pour Theureuse et prompte conclusion de cette réunion, d'employer vivement ses offices à Rome pour l'exécution de son écrit... )> Bonsy terminait ainsi son curieux rapport : « Je ne suis pas surpris qu'on ait pénétré, en France, que le pape donnait les mains à quelque satisfaction sur Castro et Comacchio, et M. Basadonna recommandait le secret pour faire plaisir au pape et faire valoir la chose; car on sut ici, quand le cardinal d'Aragon dépêcha son courrier (1), que le pape écouterait des propositions sur Castro et Comacchio. »

La cour de Madrid fut indignée du rôle que les Français avaientimposé àlturieta, mais de nouvelles menaces obligèrent Philippe IVà contenir sa sympathie pour le souverain pontife. Louis XIV écrivit à la Feuillade (2) : « Quelque mauvaise volonté que puisse avoir le duc de Médina contre ma gloire ou mes intérêts, je ne puis assez m'élonner qu'il ait eu l'imprudence de la faire éclater aussi visiblement... Je vois qu'il ne s'est pas contenté de désapprouver ce que l'ambassadeur de Venise et Iturieta avaient fait ici, sans quoi pourtant je n'eusse pu accorder la reprise de la négociation à cause des engagements que f ai pris depuis le retour du duc de Créquy avec les ducs de Parme et de Modène ; mais qu'il a voulu encore donner toute raison à la cour de Rome si elle veut manquer à une parole qu'elle a si solennellement donnée. Et, à dire vrai, s'il arrive que l'avis aille à Rome qu'un tel discours soit sorti de la bouche dudit duc en parlant à vous-même, il ne faut plus espérer d'accommodement, et bien moins encore si l'on y sait la seconde partie de son discours, c'est-à-dire cette belle maxime qu'il a établie qu'il serait difficile, les choses se portant aux extrémités, que l'Espagne abandonnât le saint-siège, pour parler aux termes du duc, quoique je n'aie aucun différend qu'avec les Chigi qui veulent injustement se couvrir d'un manteau qui ne leur appartient pas. Je vois en cela que le duc n'a peut-être pas bien considéré que, si le cas arrivait, c'est-àdire que je fusse nécessité, pour mettre mon honneur à couvert,

(1) Qui portait à Saiat-Germaia le bref du 27 jauvier iivec les dépêches à Iturieta et à Grimani.

(2) 6 mai. Espagne, 46.

de faire passer mes forces en Italie et que quelque autre prince prétendît appuyer contre moi par ses armes une si mauvaise cause, je pourrais bien laisser là les Chigi que je ne manquerais pas de châtier par d'autres moyens, pour ne m'en prendre quà cette puissance qui aurait voulu avec tant d'injustice les protéger; et, si le duc vous tenait encore une fois un pareil discours, vous pourriez bien laisser aller quelque mot qui lui fît concevoir la crainte de ce que je viens dédire. Quant à ce que le même duc a voulu soutenir que le pape n'avait pas l'autorité de rompre l'incamération de l'État de Castro, il ne prend pas garde qu'il pourrait être mis lui-même à l'Inquisition pour soutenir cette doctrine contre la maxime fondamentale qu'établittoujours la cour de Rome que Papa omniapotest, et, àdire vrai, il serait étrange que, m favorahilihus, le pape eût un pouvoir absolu et sans limites, et qu'il ne se trouvât borné et défectueux que quand il s'agit de prendre quelque résolution qui ne lui plaît pas ou qu'il croit lui être préjudiciable. »

Alexandre YII était en droit de désavouer ce qu'avaient fait IturietaetGrimani; mais il ne se départit pas des dispositions conciliantes qu'il avait laissé deviner : il donna les mains à quelque satisfaction; il promit à' écouter des propositions sur Castro et Comacchio. Les detlesdont les papes étaient cautions dépassaient la valeur de ces Etats (1), et l'incamération leur était onéreuse : on pouvait donc transiger de plusieurs manières sur l'exécution du traité d'Innocent X et relever partiellement le prince de ses déchéances. Louis XIV lui-même a inséré dans ses instructions au duc de Créquy (2) la déclaration du souverain pontife : «... Parla réponse, dit-il, qu'un nouveau

(1) " L'ambassadeur de Florence me confie en secret que le trésorier de la Chambre, Corsini, Florentin, et, qui administre l'État de Castro, lui avait protesté que la Chambre payant seulement une partie des rentes aux créanciers pour lesquelles l'État de Castro a été incaméré, et acquittant les autres charges et réparations, y remet plus de cinq ou six mille écus par an. » — « Il me dit que les principaux du collège rétabliraient tout d'un abord le duc de Parme dedans ses biens s'ils en sont faits juges, croyant que l'incamération est invalide et que ces terres sont à charç/e à la Chambre à cause de la dépense, et néanmoins j'ai su d'une personne digne de foi que M. le cardinal Sacchetti a dit qu'il tient cette incamération juste et valide. » (Bourlemont à Lionne, 15 et 23 janvier 1663. Rome, 154.)

(2) 22 avril 1663. Rome, 151.

IXTERVENTIOiV DE GKIMAM ET d'ITURIETA ilo

courrier parti de Rome le 15 mars a apportée, on a su que le pape avait écrit au cardinal d'Aragon et à l'ambassadeur Basadonna, dont voici les propres paroles que l'on a trouvé moyen d'avoir d'un autre ministre auquel il a été adressé : Ha Nostro Signore gradite molto e commendate le fatiche dei signori ministri sostenute in Parigi col zelo,.. . ed, havendo veduto Sua Santità la dicliiaratione sotloscritta da loro nella quale hanno preso sopra di se che negli atTari di Castro e di Gomacchio sara qui data conveniente sadisfazionc, Sua Beatitudine procurara di adempirla con tutte quelle facilita che le siano permesse dalla giustizia e dalla convenienza. A questo efTetto ha Sua Santità deputato suo plenipotentiario M'"" Rasponi, con ordini di portarsi subito a Lione con piena facoltà di trattare e concludere un conveniente aggiustamento anco circa lo Stato di Castro e le valli di Comacchio... » Le pouvoir donné à Rasponi, seul acte qui put engager Alexandre, est en effet conforme aux paroles de ce pontife (1) : « Visâque propterea subscriplione ab eisdem factâ, quâ in se ipsos curam susceperunt quod hic etiam convenienter satisfiet postulatis super vallibus Comacchii et ducatu Castrensi, quodque nos. qui a^quum et justum semper amavimus, faciles erimus in liis concedendis qua^ justitia suadebit ac recta conscientiœ norma permittet. » Régnier et les historiens qui l'ont suivi prétendent qu'aussitôt après la convention passée avec Iturieta et Grimani « tout commença à se disposer, en France, à la reprise de la négociation (2). » Des pièces authentiques prouvent que rien n'est moins vrai. On sait que, dès le 26 janvier, Lionne écrivait à Bourlemont^ en confidence : « Il nous convient que l'accommodement ne se fasse pas si tôt (3)... » Rasponi reçut ses pouvoirs le 23 mars et ceux de Gréquy sont datés du 22 avril seulement (4). Un mémoire rédigé tout entier par Lionne et intitulé : « Moyens pour traîner l'accommodement de Rome » traça d'avance et point par point la con-

(1) Régnier, Preuves, p. iTi.

(2) Page 210.

(3) Rotne, 154.

(4) Réguler, Preuves, pp. 136 et 131.

416 CHAPITRE HUITIÈMK

duite que devait tenir l'ambassadeur du roi (1). Les prétentions de Louis XIV y étaient développées dans les termes les plus durs. Le duc de Créquy doit réclamer la jonction des deux partis, et « poser... comme deux principes indubitables... : 1° Que Sa Sainteté est eng-ag-ée et a promis de donner satisfaction au roi sur Castro et Gomacchio, et, comme ce n'a été que sur ce fondement et à cette condition-là que le roi a condescendu à la reprise du traité, il doit faire appréhender à Rasponi qu'il a ordre de rompre bientôt cet abouchement, s'il reconnaît que, de la part de Rome, on ne procède pas avec sincérité pour l'exécution de cette promesse et qu'on veuille y user de cavillations et d'interprétations captieuses, sous le prétexte de \a. justice et de la convenance, dont il est fait mention sans aucune nécessité (2) dans le dernier écrit que Sa Sainteté a envoyé au cardinal d'Araçon » ; 2" que les articles du second parti ont été précédemment approuvés par le pape et ne peuvent plus être retirés. Le roi daigne prévoir que la jonction provoquera « de grandes réclamations et de vives plaintes. » L'ambassadeur devra répondre que le roi avait autrefois oiïert l'alternative, mais qu'il a recouvré sa liberté entière depuis qu'on a laissé partir le duc « pour une petite pointillé de paroles » ; qu'en vue de se procurer justice par les armes il a fait des dépenses dont il veut être indemnisé ; qu'au surplus la jonction a été acceptée par le pape dans ses confidences avec le cardinal d'Aragon. L'excès manifeste de ces prétentions parut causer quelque embarras à la cour de France. Avant même la réunion des plénipotentiaires, les instructions de Créquy subirent un singulier changement : l'article de Castro passa du premier rang au dernier. « La visée duroi,enlui faisant tenir cettenouvelle conduite de laisser le point de Castro à traiter pour le dernier, élait de se rendre

(1) Mars 1663. Rome, 154.

(2) L'interprétaUon du pape était conforme à celle de Grima ui et d'Iturieta, Grimani avait écrit au pape dans les mêmes termes dont se servait Ale:îaDdre \'II. Racontant ses conférences particulières avec le secrétaire d'Espagne, il écrivait le 20 février : « Mostrai perô [al Iturieta], per avantaggio di negotio, che il partito di Castro e Comaccliio potesse intendersi entro H termini délia convenie?iza c che pareva con qiiesto havessero a cadere l'altre soddisfattioui pretese nelli puuti del carJiual Impériale e restant! ancora... » {Filza 130.)

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plus maître de conclure à point nommé ou no conclure pas l'accommodement^ selon que Sa Majesté l'estimerait plus avantageux au bien de son service, et avec cela de faire tomber sur la cour de Rome do vives et pressantes instances de tous les autres princes (1). »

C'est au moment où Kaspoui s'apprêtait à partir pour Lyon que le sacré collèg-e reçut enfin une réponse de Louis XIV à sa lettre du 21 novembre 1663, et l'on chercherait vainement, sous les paroles rovales, le désir d'une réconciliation sincère. Lionne avait essayé de justifier ce retard par de puériles chicanes sur des formules irréprochables; mais personne ne se méprenait sur la raison de ce silence. Grimani écrivait : « Non seulement on n'a pas répondu à la lettre des cardinaux, mais il paraît qu'on refuse de l'ouvrir... On se propose même de la renvoyer pour apprendre à Rome que, si le roi a jusqu'à présent attaché beaucoup de prix à l'élection de pontifes bien intentionnés pour sa couronne, il ne s'en souciera plus désormais... Il n'a pas besoin de Rome, c'est Rome qui a grand besoin de lui. On veut montrer au sacré collège qu'il est enveloppé dans le même dédain (2). » Enfin, le 16 mars, Louis XIV adressa aux cardinaux une réponse où il se posait en vengeur de leurs libertés opj)riméespar Alexandre Yll, et qui était aussi offensante pour eux que pour le pape (3); il leur disait : « Il importe encore plus à votre honneur commun qu'un assassinat inouï, dont le cardinal Impériale peut avoir été complice et

(1) Dans l'expéditioD authentique que j'ai sous les yeux, cette Addition j^ovle la date du 4 mai 1663. (Rome, IjI.)

(2) FiVca 130. — Grimani était bieu au couraut des idées qi;i domiualeot à Saiut-Gerraain : il traduit presque littéralement, daus cette dépêche, le passage suivant des instructions données au duc de Créquy, en cas de conclave : " 11 y a même plus de hauteur, de réputation et de dignité pour le roi de w: recommander ni exclure aucun candidat, S. M. n'étant pas. Dieu merci, daus la même nécessité que la plupart des autres princes et rois, qui souffrent dans leurs intérêts des préjudices extrêmes quand ils n'ont pas la cour de Rome favorable. La France peut beaucoup mieux se passer de cette faveur que les papes ne peuvent se passer de l'affection du roi et de son royaume... En l'état de gloire où sont aujourd'hui les atfaires de S. M., on peut juger si elle a si grand intérêt à avoir un pape plutôt qu'un autre... » (Hanotaux, Instructions aux ambassadeurs de France, vol. Vl. Rome, 1. 1, p. 128.)

(3) Rome, 134. Cf. nos Recherches, 1<^ édit, p. 10, et r.l/faire des Corses. Revue des questions historiques, juillet 1871.)

inslig-aleur, comme il a été notoirement l'auteur de l'évasion de tous les assassins, ne soit pas mis à couvert sous le manteau de cette pourpre dont le lustre serait bien plus terni par l'impunité du criminel que par son châtiment... Vous aurez vousmêmes du regret d'avoir mis la main à la plume pour une si méchante cause dont néanmoins je ne vous impute rien, sachant assez que, si vos suffrages eussent été libres, et que la cabale, les factions, la complaisance ou des intérêts •particuliers neussent point eu de part en vos délibérations^ vous n'auriez pas soulTert, autant qu'il eût dépendu de vous, que le repos de la chrétienté pût courir risque d'être altéré par une invincible opiniâtreté de soutenir un coupable, que l'autorité du népotisme vous a engagé à favorisersous le prétexte spécieux d'un intérêt commun. » C'était un fâcheux indice des dispositions que la cour de France allait porter aux conférences de Lyon.

CONFÉRENCES DE LYON. — CONFÉRENCES DU PONT-DE-BEAUVOISIN. TRAITÉ DE PISE. MAI 1663 A FÉVRIER 166i.

Conférences de Lyon : diflieultés soulev(''es par Louis XIV, malgré le duc de Oréquy. Le plinipotentiaire du pape expulsé de France. — Conférences du l'onl-de-Beauvoisin : nouvelle rupture provoquée parle roi. — Causes secrètes de cette conduite de Louis XIV : la guerre outre Philippe IV et la maison de Bragance étant arrivée à sa crise décisive, le seul moyen de sauver les Portugais ét«it de retenir en Italie, par la crainte de l'expédition française contre le pape, les garnisons espagnoles du Milanais et de Naples. I,ettre de Louis XIV à Philippe IV, 10 juillet 1663. — Ordre à un corps d'armét- française d'occuper le Parnies^an et le Modénais sou« prétexte de les protéger contre une agression du pape : protestation des deux princes contre les prétentions du roi. A>eux de LouisXIVet de Lionne. — • Scandale causé en Europe par la descente des Français eu Italie au moment où Candie, la Hongrie et Vienne même sont menacées parle Turc. Nouvelles calomnies répandues parla cour do Francecontre Alexandre Vil, ses ministres et sa famille. Opinion publique, en France, sur la politique du roi envers le saint-siège, .i Murmures de la. cabale des bigots. •> Témoignages contemporains. — Usurpation consommée d'Avignon et du Comtat. — Les sir articles gallicans de 1663 arrachés à la Sorhonne. — Manifeste royal du 3 novembre 1663 contre Alexandre VII. — Derniers efforts du pape pour trouver des défenseurs parmi les princes catholiques. Menaces incessantes de Louis XIV à l'Espagne, à Venise, au grand-duc, etc. Avertissements prophétiques delà cour de Madrid à Louis XIV au moment où elle lui abandonne le pape. Nouveaux incidents de la guerre entre les Espagnols et les Portugais. Déclaration de Philippe IV au nonce Bonelli, 10 janvier 1664. — L'armée française prête à envahir les Etats romains : Alexandre Vil cède à la force. Négociations entre Rasponi et Bourlemont : caractère et conduite des deux plénipotentiaires. Traité de Pise, 12 février 1664. Désincamération de Castro, 17 février. Bulle secrète du is février. — Aveux définitifs des Français sur l'affaire des Corses. — Conséquences du traité de Pise.

Uasponi arriva le premier iiLyon, où le duc de Gréquy ne parut que le 10 mai. L'ambassadeur français se louait de ses rapports avecle ministre pontifical, et il en informait le roi(l), qui, au contraire, souleva sur-le-champ d'insoutenables difficultés. Rasponi s'élant présenté comme nonce extraordinaire auprès des rois et princes chrétiens, Gréquy lui reconnut un titre qui relevait l'éclat des nég'ociations;mais Louis XIV feignit de s'en irriter et donna des ordres pour l'expulsion violente du prélat (2). Vainement Gréquy se plaignit d'un désa-

(1) 11 el Ib mai 1663. Rome, \6h.

(2) « Je désire que vous ne répargniez pas plus qu'on /il ici son prédécesseur el

veu qui le discréditait lui-même^, et observa que cette qualité « vaste et indéterminée » ne pouvait se comparera celle d'un « nonce envoyé dans un seul Etat pour y résider auprès du souverain;.... qu'elle était dénuée de toute autre prérogative que celle de l'honneur du rang. En effet, Sire, disait-il encore, le sieur Rasponi n'a prétendu autre chose ;... et, outre que sa conduite en ce regard l'a démontré suffisamment, celle que la cour de Rome y a tenue fait aussi voir assez clairement qu'elle n'a point eu d'autre intention... S'il vous était glorieux que le pape envoyât un ministre dans votre royaume pour rechercher Votre Majesté d'accommodement, cet envoi devenait par conséquent plus honorable, plus l'envoyé se trouvait revêtu d'un caractère éminent... (1) » Louis XIV répondit : u J'ai trouvé bien fortes les considérations qui vous avaient obligé à ne faire aucune difficulté de reconnaître ledit Rasponi en sa nouvelle qualité de nonce ; mais j'ai cru d'en avoir de plus fortes encore de ne lui continuer pas ce traitement, non que je ne convienne et que je n'eusse fait les mêmes réflexions que vous sur la différence que vous établissez très judicieusement d'un nonce qui me serait directement envoyé pour faire cette fonction là auprès de moi, d'avec un autre qui n'a qu'une mission vague et qui ne lui donne autre droit ni avantage que de prendre le rang de ce caractère, mais, par d'autres raisons plus générales comme celles de traiter avec toute dureté la cour de Rome, en toutes les occasions qui s'en offriront, jusques à ce qu'elle m'ait satisfait, et ne lui laisser passer jusque là quoi que ce soit dont elle puisse tirer avantage dans le monde, enfin la mortifier de toutes les manières; encore avec cela aura-t-on biendela peine à acheverde la porter àce qui est de la raison... C'est moi qui, parmes propres sentiments, corrige votre propre modération: moi qui suis le dur et, s'ils veulent encore, l'in-

que vous le contraigniez de sortir saas délai de LyoQ et de mes Etals, le faisant accompagner jusqu'à la frontière. Et, pour cet etîet, je vous aiiresse une lettre que j'écris au prévôt des marchands pour lui dire qu'il ait à vous donner entière créance et à exécuter tout ce que vous lui ferez connaître être de mes intentions sur la personne dud il Rasponi. »(Le roi à Créquy, 19 mai 1663. Rome, loi et IbS.) (1) A Lionne et au roi, 22 mai 1663. Rome, 151 et lo-o.

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