‹ Louis 14 et le Saint-SiègeChapitre 8 sur 14 · CONFÉRENCES DTI PONT-DE-BEAUVOISIN · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES DTI PONT-DE-BEAUVOISIN

traitabie : rien ne peut être plus avantageux à votre personne (i). »

Rasponi sortit donc de Lyon le 27 mai et se rendit au Pontde-Beauvoisin, sur la frontière, où s'ouvrit enfin la nég-ociation, le Romain demeurant en Savoie, et le Français, du côté de deçà. Louis XIV eut un moment la pensée de faire construire une chambre des conférences^ pareille à celle qui a immortalisé l'île des Faisans : il y renonça : "... Je n'estime pas nécessaire, dit-il (2), de perdre le temps à bâtir une loge justement sur les limites des deux Etats; mais il faudra seulement convenir par avance des lieux avec Rasponi et que vous traiterez les affaires, vous entrevisitant également, passant le pont, l'un, une fois et l'autre, l'autre... » Gréquy ne quitta Lyon que le 30 mai (3). Quelque dures que fussent pour Rome les conditions qui avaient un rapport direct avec l'affaire des Corses, l'ambassadeur français avoue qu'il trouva Rasponi sincèrement disposé à traiter (4), et il en arriva bientôt à dresser le texte des articles (H) : « Vous pourrez, lui disait le roi, donner au pape, que vous n'avez qualifié que Saint-Père, le titre de Très-Saint. Il a été fort à propos de mettre dans le corps du préambule ma qualité de fils aîné de rÉglise. Je ne crois pas que le sieur Rasponi ni ceux de qui il dépend aient encore l'audace de melacontester, et, s'ils le faisaient, non seulement vous ne vous en relâchi-riez point, mais vous en témoigneriez un ressentiment comme d'une nouvelle offense qu'ils me veulent faire (6). » Cependant l'entretien qui s'engagea sur Castro lit prévoir une nouvelle rupture (7). Alexandre VII

(1) V. les deux dépêches du roi à Créquy, 29 mai. Une lettre particulière de Lionne informait le duc qu'il n'avait pas à s'en inquiéter. Le roi n'entendait pas le blâmer, mais seulement « mortifier Rasponi et la cour de Rome. »

(2) A Créquy, 15 mai.

(3) Créquy à Lionne, 29 mai.

(4) « La facilité qu'a eue M. Basponi à faire tout ce qu'on a voulu est digne de quelque réfle.vion. » — « Quoique Sa Sainteté ait eu quelque chagrin de ce qu'on l'avait obligé à sortir du royaume, elle trouve bon toutefois qu'il continue ici la négociation en la manière que le roi a voulu. » (22 et 29 mai, et 6 juin. Rome, 151 et loo.)

(5) Créquy à Lionne, 21 juin.

(6) 29 juin.

(1) « A vous dire vrai, je ne crois pas qu'on puisse emporter ce point, »

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offrit seulement de soumettre une seconde fois l'ancien litige aux tribunaux de Rome, congrégation spéciale, chambre apostolique ou rote, juges naturels du feudataire régnant à Parme. Ni la. gii/.stizia, ni la convenienza ne lui commandait un plus grand sacrifice, Louis XIV réclama la désincamération immédiate, c'est-à-dire un démembrement de l'État ecclésiastique. 11 déclara que la révision du procès était « une illusion et une pure moquerie », et Rasponi ayant communiqué à Rome l'ultimatum royal, le pape ne dépassa pas ses premières propositions (1). Cette réponse mit fin aux conférences. Quoique les Français l'eussent prévue (2) et souhaitée (3), ils

— << Présentement tout est réduit à l'affaire de Parme. » — « Tout se réduit à l'affaire de Parme. » (Créquy à Lionne, 4, 11 et 18 juin 1663. Rome, 151 et 155.)

(1) Créquy au roi et à Lionne, 18 et 30 juin.

(2) Dès l'origine, Louis XIV avait annoncé, à point nommé, une rupture qui convenait à ses desseins, et il en rejetait d'avance la responsabilité sur le pape. Avant l'ouverture des conférences, Lionne écrivait (6 mai) à l'ambassadeur du roi eu Espagne : « Je vous dirai bien que je n'en espère rien de bon puisqu'il semble, si les avis d'Italie sont vrais, qu'après que le pape s'est solejinelle- 7nent engagé adonner satisfaction au roi sur Castro, il n'envoie aujourd'hui son plénipotentiaire à Lyon que pour prouver par bonnes raisons qu'il ne la peut donner, et, si cela se passe de la sorte, erit novus error pejor priore. » Quoique Créquy eût rendu hommage aux droites intentions du pape sur la nonciature. Lionne tentait d'accréditer jusqu'en Espagne les mensonges forgés par luimême : « M. Rasponi, disait-il, nous a joué un bon tour. Il est venu à Lyon sur la foi d'un passeport qui lui a été seulement accordé comme à un plénipotentiaire du pape. Dès qu'il a été à Lyon, il a étalé le caractère de nonce, s'est fait traiter comme tel de l'ambassadeur Grimani et de M. le duc de Cié quy, sans en avoir averti le roi, sans en avoir attendu son approbation, n'ignorant pas que S. M. a chassé le nonce Piccolomiui parce qu'il était nonce. Quand M. de Créquy ferait sortir ledit Rasponi du royaume et l'enverrait au Pontde-Beauvoisin, il n'aurait que ce qu'il a mérité. » (Lionne et le roi à l'archevêque d'Embrun, 6 et 24 mai, et 3 juin 1663. Espagne, 45 et 46.)

(3) Le 11 juin, Créquy recommandait au roi quelque modération et ajoutait : A moins que S. M., par d'autres considérations qui regardassent le bien de son service, n'eût envie de laisser traîner l'affaire en longueur. Or, le lendemain, le roi lui écrivait : Je vois par votre dépèche que la cour de Rome veut enfin traiter par intérêt personnel, et pour répondre aux prières des Espagnols et des Vénitiens. « Par d'autres motifs que vous pouvez assez juger, il ne me serait qu'avantageux que cette a/faire durât encore quelque temps. « — Le 19 juin : « La durée de ce différend convient assez à d'autres intérêts que J'ai, pour diverses raisons que vous pouvez bien juger.' « — Le 26 : <. J'en tire dès à présent divers avantages et en pourrai encore tirer de plus grands dans la suite... si on me satisfait, j'en serai fort aise; si on veut encore traîner, c'est peut-être ce qui me convient le plus. » (Rome, 151 et 155.)

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