‹ Louis 14 et le Saint-SiègeChapitre 9 sur 14 · CONFÉRENCES DU PONT-DK-BEAUVOISIN Ï · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES DU PONT-DK-BEAUVOISIN Ï

simulèrent une violente indignation. Le duc de Créquy écrivit : « Il faut plus que des paroles et des menaces... » L'abbé Falconieri me rendit une lettre du nonce et « ne me dit rien de particulier; mais une chose que je dis l'étonna assez; car, comme M. l'ambassadeur de Venise me disait, en sa présence, qu'au lieu de porter les choses à l'extrémité, il eût été bien plus convenable que loroi employât ses armes contre les Turcs, je répondis assez brusquement que, tant que l'accommodement ne serait point fait, les Turcs du roi seraient tnessieurs les Chigi (1). Je crois que Tabbé n'a pas accoutumé d'entendre parler si fermement sur une semblable matière. )> — <(. Sa Majesté, répondit Lionne, nous a commandé à tous de songer chacun, cette nuit, ce qu'il estimerait qu'il y aura à faire de mieux pour son service dans cette conjoncture, pour mettre la cour de Rome à la raison... Il ne se peut rien ajouter à l'indignité de son procédé... — ... Jenecomprends pas comment elle peut avoir eu à tel point toute honte bue pour — après avoir fait donner une promesse parécritpardeux ministres publics qu'elle satisferait sur le point de Castro, si Sa Majesté consentait au renouement de la négociation, — oser vous offrir un parti que vous avez déjà rejeté à San Qurico, quand même on ne lui faisait aucune instance pressante sur ce même point et qu'on ne traitait que sur le second parti. La lettre que Rasponi vous a écrite et que je vous renvoie n'est guère moins insolente (2). Le roi en est piqué plus que je ne puis vousdire, et est bien résolu de faire toutes choses pour ne souffrir pas qu'on ait ajouté impunément tant d'indignités aux anciens outrages. Le déplaisir qu'a Sa Majesté le plus sensible, c'est de ne se trouver pas présentement en état de faire ressentir les effets de son indignation à la maison Chigi aussi promptement qu'elle voudrait; mais ces messieurs ne perdront rien pour l'attente et, à le bien prendre, les longueurs de cette

(1) Au roi et à LioDue, 30 juin et 3 juillet 1663. Rome, loi et 155.

(2) Régnier, Preuves, p. 139 : Rasponi rappelle au duc la convention arrêtée entre eux dans chacune de leurs conférences, in ogni sessione ;que le désaccord final sur un seul article remettra tout en question, et eu conséquence, il n'y a rien de fait :.., che, non aggiustandosi tutti i punti, per mollo che ai f'ossimo accostuti negli altri. non se dovesse lirar conseguenza, ne averne per uggiusluto veruvo. i'^^ juillet 1663.

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affaire leur seront préjudiciables en toutes façons et avantageuses à Sa Majesté (1). » La séparation des négociateurs convenait si bien aux vues du roi que le duc de Créquy reçut l'ordre de prendre le chemin le plus court pour regagner Paris, de peur que Grimaui et Iturieta me ménageassent un rapprochement entre lui et le nonce (2).

Quels sont les intérêts, les desseins mystérieux auxquels Louis XIY faisait si souvent allusion dans ses dépêches et qui le portaient à trahie?' raccommodement de Rome? Une note inédite de Colbert nous révèle le vrai mobile de cette politique (3) : « Outre la raison, dit ce ministre, que le roi avait de donner temps au pape de reconnaître la faute qu^il faisait, Sa Majesté en avait Kne autre beaucoup plus pidssante^ savoir, que, pendant tout le temps que F Italie serait menacée de ses armes, il serait impossible au roi d'Espagne de tirer toutes les troupes et toutes les assistances qu'il pourrait, sans cette considération, tirer du duché de Milan et du royaume de Naples, ce qui ferait une si grande diversion des forces qu'il pourrait employer contre le Portugal que cela seul le pouvait sauver. » Louis XIV s'était obligé par le traité des Pyrénées à ne secourir la maison de Bragance ni directement ni indirectement ; mais il la violait tous les jours cette pai^ole. Il faisait passer à Lisbonne de l'argent et une élite d'officiers français (4), et cet appui, à peine déguisé, permettait aux Portugais de résister avec succès à tous les efforts de l'Espagne. C'est précisément pendant les conférences de Lyon et du Pont-de-Beauvoisin que l'armée d'Alphonse VI, victorieuse dans les batailles de la Degèbe et d'Ameyxial, reconquit la ville d'Evora(5). Philipe IV espérait reprendre l'avantage^ lorsque la cour de France fit servir l'af-

(i) 3 et 7 juillet 1663. Rome, loi et 155.

(2) Le roi à Créquy, 7 juillet.

(3) « Copie d'un manuscrit de Colbert », conservée dans le volume de France, Négociations, 1662 à 1669, 57, aux Archives des Affaires étrangères.

(4) Le plus distingué d'entre eux était le lieutenant général de Schomberg, dont les victoires amenèrent la séparation définitive de l'Espagne et du Portugal.

(5) Cette armée, commandée par les comtes de Villallor et de Schomberg, ■< avait été recrutée par les Anglais, au moyeu des sommes considérable? que Louis XIV avait accordées secrètement aux Portugais. » (Mignet, Succesuon d'Espagne, t. I«f. p. 317.)

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