‹ Louis 16. et sa courChapitre 10 sur 193 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

faire exercé librement par un intendant de Louis XV.

Le nom de Turgot fortifiait le ministère près de l’opinion ; mais il est à croire que Maurepas, qui n’avait jeté les yeux sur lui ([ue dans cette vue, entendait bien le laisser à la marine, et limiter là son importance. Turgot , mis en contact avec le roi , put l’entretenir de ce qu’il avait fait pour une province et de ses vues d’administration. Louis XVI en fut touché, et lui donna le contrôle général (i).

Les intendants tels que Turgot étaient si rares, que l’élite de la société et les écrivains avaient souvent prononcé son nom. J^es correspondances du moment en retentissent ; Voltaire écrit du fond de sa retraite : « On « dit (pie nous avons un ministre des finances aussi sage « que Sully, aussi éclairé que Colbert ( 2 ). » Écoutonsle encore avec sa grâce moqueuse : « Messieurs les Pâte risiens, je vous demande pardon de vous dire que vous « êtes heureux. » Une des femmes (pii témoigneront le mieux des impressions de la société , écrit de même en cette circonstance : « On commence à avoir besoin de « se taire, pour se recueillir, et pour penser à tout le « bien qu’on attend (3). »

(1) Ce département comprenait l'administration des linances, avec une grande partie des attributions actuelles du ministère de l'intérieur.

(2) Corresp. de Voltaire, éd. Beuehot, t Ï.XX.

(3) Lettres de mademoiselle de J opinasse, t. II, p. 204. — « Astn a redux : so preaclies magniloquent philosophisnr, her fedeunl saturnin régna. » (Cari vie, French Révolution, t. I, p. 40.)

LüUS XVI F. T SA cor».

Un esprit arrêté dans ses vues, tel <jne Turgot, ne pouvait manquer d’entrer en lutte ouverte contre le vieux système d’administration. Il appartenait à l’École des économistes, et son ministère devait être la mise en action de leur doctrine : « C’était la première fois, « dit l’historien des systèmes économiques, qu’il était « donné «à la science de rencontrer un ministre disposé « à réaliser toutes ses conceptions et à tenter sur le vif « toutes ses expériences (i). » Turgot, tout livré à ses travaux d’intendant, trouva du loisir pour aider, par de nombreux écrits, aux progrès de la nouvelle science. L’École alors avait deux chefs qui différaient sur certains points de la doctrine : Turgot adhéra aux grands principes; mais pour le reste il prit position entre les deux camps, et y resta indépendant , tout en acceptant Quesnay et Gournay pour ses maîtres. Il resta fidèle aux hases qu’ils avaient établies, et son originalité consiste à embrasser toute la science dout Quesnay et Gournay voyaient seulement leurs côtés de prédilection. Turgot accepta du premier le principe sacramentel du produit net, regardant avec lui l'agriculture comme l’unique source de la richesse sociale, et, en conséquencede ce faux principe , ne voulant admettre d’autre impôt que l’impôt territorial. Turgot tenait plus particulièrement de Gournay, avec qui il avait vécu d’une

(0 HInnqui, Hixt. de N-'conomie poli /., t. I, p. in.

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