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que de caractère et de vues pour l'ensemble du gouvernement. Il était habile, en effet, mais il prenait souvent pour de la prudence sa cauteleuse timidité.
L’homme considérable de ce ministère, c’était Turgot; Maurepas l’avait tiré de l’intendance de Limoges pour le placer d’abord à la marine. Issu d’une ancienne famille de magistrats, Turgot était devenu maître des requêtes, après avoir été prieur de Sorbonne, où il soutint des thèses de théologie avec éclat; mais il ne se sentait point de vocation pour le sacerdoce; malgré les instances de sa famille, il abandonna les ordres, et passa de la Sorbonne à l’Encyclopédie; il avait une ardeur presque égale pour toutes les branches des connaissances humaines, et nourrissait dans la paix de ses études l’ambition d’un savoir universel. C’était un esprit qui, par son étendue et la nature de ses besoins, appartenait à son siècle et à l’école des libres penseurs (i); c’était aussi une à me généreuse et vraiment passionnée pour le bien. Aucun homme de ce temps n’avait nourri plus que Turgot ces belles espérances de bonheur public qui commençaient à naître, et ne fit de sa vie un usage plus désintéressé. Il se sentait né pour l’étude et pour la retraite; et cependant il entra, par une vertueuse consé-
(1) Iustead of a profligate bankrupt, abbé Terray, we bave îiow for controller general, virtuous philosophie Turgot, witli a whole reformed France in lus head. Carlylc. ( French Recotuf ion , 2 r éd., t. I, p. 38.)
queuce de scs principes, dans la vie de l’action et de la pratique. Il avait promené son esprit à travers toutes les sciences, et jamais intendant ne s’appesantit comme lui dans les devoirs de sa charge. Placé par la tournure de son génie sur les hauteurs de la spéculation, c’était par amour pour les hommes, par désir sincère d’ètre utile, que, lui aussi, il aspirait à descendre. Ce que Turgot fit en dix ans dans sa province a rie quoi surprendre; il est même inouï que, sous Louis XV, dans ce temps de despotisme et d’abus, un intendant ait pu s’attribuer tant de pouvoir et de latitude pour le bien. 11 relevait par là en quelque sorte les hommes du bon plaisir; aux plus mauvais jours de ce règne, quand le temps était si dur pour tout le royaume, Turgot abolissait la corvée, rendait libre la circulation des blés, allégeait les charges publiques et osait afficher le souci des intérêts de tous. Il avait fait de sa province une espèce de Salente : c’était un Fénelon à l’œuvre, avec une intelligence plus vive de la réalité, un sens plus fort, une main plus virile. Ses principes étaient nouveaux, surtout pour un administrateur; mais tel était l’ascendant de son caractère, qu’il imposait aux ministres eux-mêmes, et qu’ils laissaient passer ses réformes avec étonnement et respect.
Oui, certes, il n’est rien qui soit plus à l’honneur de Turgot, et d’un effet plus frappant pour le siècle, que cette autorité singulière, que tout ce pouvoir de bien