CHAPITRE IV
blesse se dressa contre elle, et la famille royale, imbue des traditions, comme la noblesse, la vit avec prévention et froideur. De si fatales circonstances n’aidèrent pas à gagner a la France cette belle étrangère; et quand la Dauphine fut devenue reine , la méfiance et la défaveur des grands descendirent dans la nation. Ce fut le mal irréparable de sa destinée, et ce mal vint surtout de ses nouveaux parents , de ce faisceau d’ennemis que sa maison comptait autour du trône (i), et qui de bonne heure prirent leurs sûretés contre elle, en la perdant dans l’opinion. Toute à Choiseul, que l’Autriche lui recommandait, elle se découvrait aux coups des Richelieu, desd’Aiguillon, du chancelier Maupeou, qui combattaient dans la jeune reine l’ancien ministre. A la manière dont ces coups furent dirigés, il faut reconnaître une puissante cabale , décidée à la déshonorer (2). Ce ne furent point de ces jeux de la médisance , de ces malignités couvertes qui rongent à petit bruit les réputations. La i^eine fut ouvertement déchirée, livrée à des attaques atroces, du
(1) 13 juillet 1774. « Il règne à la cour une division abominable.. , La carmélite a écrit une lettre fanatique et très-impérieuse à la reine, ainsi qu’à la maison d’Autriche... » (1 Chronique secrète de l’abbé Baudeau : Revue rétrospective , t. III, p. 283. Mém. de madame Campan , 1. 1, p. 192.)
(2) « La reine a contre elle un parti qui en dit beaucoup de mal : c’est celui des anti-Choiseul , le chancelier avec sa prêtraille, le d’Aiguillon et ses valets , et toute la cour de Mesdames. Les brigues sont abominables à cette nouvelle cour. ■> ( Chronique secrète de, l’abbé Baudeau : Revue rétrospective, t. III, p. 273.)
LOi;iS XVI ET SA COUR.
premier jour qu’elle régna (i). Il s’établit des ateliers de calomnies, qui jetèrent dans le public plus de contes odieux sur elle, plus decliansons, de vers et de prose de cette espèce, qu’il n’en fut jamais dirigé contre personne ( 2 ). Cette cabale se flatta delà faire tomber si bas, que force fût de la renvoyer à Vienne. Et ce qu’il importe de dire, c’est que la famille royale trempait dans ces machinations. I^es quatre tantes de Louis XVI, ennemies passionnées de Choiseu 1(3), ne pardonnaient point à leur nièce Tardent appui qu’elle lui donnait. Elles étaient femmes d’ailleurs, et le rôle brillant auquel une jeune et belle reine était naturellement appelée choquait leurs vieilles prétentions. Mesdames tantes passaient leur temps à critiquer ses modes, ses démarches, ses plaisirs, à dénoncer l’Autriche dans ses plus simples actions.
Auprès du trône, Marie- Antoinette rencontrait encore d’autres sentiments non moins ennemis. Les com-
(1) Mém. de madame Campait , t. I, p. 9.
(2) « L# jour de la naissance du dauphin, on jeta dans l’Œil de bœuf un volume entier de chansons manuscrites contre la reine. » {Mém. de madame Campait , t. 1, p. suiv.)
(3) « On tire à boulets rouges sur la reine; il n’y a pas d'horreurs
qu’on n’en débite, et les plus contradictoires sont admises par certaines gens C’est la calwlc jésuitique du chancelier et des vieilles
tantes qui fait courir tous ces bruits-là , pour perdre s’ils peuvent cette pauvre princesse, et pour être seuls maîtres de la cour...
« Ce sont les vieilles tantes qui s’agitent... C'est de là que partent les satires détestables qui courent contre la reine. » ( Chronique secrète de l’abbé Baudeau : Revue rétrosp ., année 1774, t. II, p. 281 à 283. — Voir Soulavie , Mém. du règnede l.ouis XVI, t. U, p. 7 1.