CHAPITRE IV
La reine, son éducation , sa position en France , sa société intime. — Caractère et genre de vie de Louis XVI. — Monsieur, le comte d'Artois, le duc d’Orléans et les autres princes du sang. — Ministère de Calonne, ses opérations, scs prodigalités. — Procès du collier. — Crédulités et superstitions de l’époque. — Découvertes scientifiques. — Traité de commerce entre la France et l’Angleterre. — Affaires des Louches de l’Escaut. — Déficit des finances. — Projets de Calonne.
Le vieillard dontLouis XVIdéplorait la perte méritait bien peu ses regrets; plus qu’un autre, il avait compromis les réformes et ruiné l’espérance que la France avait eue dans le roi. Sa mort, cependant, qui, venue plus tôt, eût été une délivrance, mit un embarras de plus dans les affaires. L’inquiet Maurepas, en garde contre toute? concurrence, arrêtait avec adresse l’essor que la reine voulait prendre à ses dépens: sa mort livra à Marie-Antoinette la position qu’elle ambitionnait. Un autre événement y contribua encore , et décida sa prépondérance. Elle devint mère; ce fut d’abord une fdle qu’elle mit au inonde; puis elle donna un héritier ail trône, pende
temps après ^i). Cet événement fait comme deux parts de la vie de Marie-Antoinette. Dans la première, marquée par une stérilité de dix ans , la fille de Marie-Thérèse manqua de ce qui pouvait le mieux la rendre française, de cette maternité qui naturalise les reines en France. Chez elle, l’espérance d’être mère s’affaiblissait d’année en année; et qu’avait-elle en perspective? D’aller, en cas qu’elle survécût au roi , finir sa vie en Autriche ; voila ce qu’elle avait, à craindre, et ce que la F rance peut-être osait espérer. Ce fut au milieu de circonstances les moins faites pour fixer son cœur chez nous qu’elle s’y trouva jetée. L’Autriche l’avait donnée comme le gage, la consécration d’une alliance impopulaire. Sitôt venue, elle se vit disgraciée, pour ainsi dire, dans l’homme d’Etat qui avait conclu son mariage. Elle se trouva placée en suspicion, au milieu d’une réaction politique. L’archiduchesse blessa les vanités de rang, comme les habitudes d’alliance de la monarchie. La haute no-
(l) Le 22 octobre 1781. — Le roi était affecté d’un défaut de conformation qui laissa peu d’espérance , pendant plusieurs années, de lui voir un héritier. On y remédia seulement après huit ans de mariage. « Vers la fin de 1777 , dit madame Campan, la reiuc, un matin, s’avança vers moi, en me disant: Je suis reine de France. L’attachement du roi pour la reine prit alors tout le caractère de l’amour. Le bon Lassone, premier médeciu du roi et de la reine , me parlait souvent de la peine que lui avait faite un éloignement dont il avait été si longtemps à vaincre la cause, et ne me paraissait plus avoir que des inquiétudes d’un genre tout différent. » {Mém. de madame Campan > 1. 1, p. 187 )