‹ Louis 16. et sa courChapitre 105 sur 193 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dans cette monarchie française qui maintenait tant de vides entre le prince et les sujets, où la représentation royale avait des rites si uniformes et si constants, la fille des Césars prétendit vivre comme ses pères vivaient «à Vienne. Ce fut son bon plaisir de rester Allemande, telle qu’elle avait été élevée, dans ce patriarcat des mœurs impériales, oii les princes , libres de toute gène au dehors, rentrent au palais, adorés, absolus. Marie- Antoinette fut la victime de ces souvenirs de 1* Autriche : elle voulut être adorée aussi, sans rien sacrifier de ses aises et de sa liberté. Pour se délier des chaînes de l’étiquette, elle profita du mouvement général qui tendait «à simplifier les mœurs. Elle s’autorisa de ce retour vers les choses naturelles, que Rousseau avait mises en faveur. Tout cela était conforme aux idées du temps , et néanmoins l’opinion ne lui en tint pas compte. En faisant cette révolution dans tous les usages de la royauté , Marie-Antoinette encourut le blâme delà vieille cour, et le public ne crut y voir que la convenance personnelle qui s’affranchissait d’une surveillance importune.

Mais Marie-Antoinette obéissait bien, en cela, «à ses habitudes et à ses premiers goûts; elle aimait naïvement son chapeau et son tablier de bergère, ses ruisseaux et ses chalets de Trianon. Ce petit parc anglais, qui avait le masque de la nature, la délassait de Versailles, de scs grandes allées solennelles , de ses forteresses de verdure. Trianon était dérobé, accidenté, commode; il était

ir»

LOl'IS XVI ET SA COUR.

agreste autant qu’il fallait à ses habitants , plein de mousses et d’eaux capricieuses, de bouquets d’arbustes semés encourant, et d’allées qui se perdaient en détours, comme la fantaisie des belles reines. Trianon offrait l’aspect d’une peinture de Vateau , quand Marie-Antoinette, suivie de sa troupe légère, y menait sa vie de villageoise, se faisait la batelière du lac , la laitière de l’étable ou la faneuse des petits prés. Cette fille d’empereur, qui portait la tète si haut en traversant les salles de Versailles, la femme de France qui marchait le mieux (i), et dessinait si bien ses courbes altières, s’oubliait comme une enfant dans sa vie intime de Trianon. Elle y avait son petit théâtre, où elle remplissait de préférence les rôles de soubrette. En tout , elle se réduisait aux dimensions de sa maisonnette royale. On rencontrait la reine voyageant en cabriolet , et conduisant le cheval ellemême ( 2 ). Elle s’en allait seule de Versailles*! Trianon, une baguette à la main , n’ayant pour suite qu’un valet de pied , et c’était la concierge qui lui tenait lieu de femme de chambre (3). Ces petites courses légères , comme les appelait Louis XVI, firent naître de sa part quelques représentations à l’origine; la reine y répondit

(1) Mémoires de madame Pigée- l.ebr un, peintre de la reine, t. I, p. G4.

(2) Chronique secrète de Paris , par l’abbé Baudeau , lie eue rétrospectiee , t. III, p. 375.

(3) Métn. de madame Campan , t. I, p. 112.

Page 1