CH AP ITH K IV
pendant point incapable de travail, d’application aux affaires; il était entré beaucoup de faits dans cet esprit consciencieux et lent ; mais il y avait place surtout pour des détails d’administration, des chiffres de statistique, de géographie. Turgot trouva un jour Louis XVI méditant sur un projet de loi , et le rédigeant lui-même; l’intention était excellente, mais l’ordonnance avait trait aux lapins.
Nous allons citer pourtant une lettre inédite, d’un ton viril et très-décidé , qui pourra étonner un peu , venant de Louis XVI; il s’agit d’une question plus grave que celle des lapins : l’extinction de la mendicité. Cette lettre, que nous transcrivons fidèlement sur l’original meme, est de la main du roi , adressée à son ministre Amelot :
« Versailles, le 8juin 1777.
« Les dernières fois que je me suis promener «à pied j’ai été vivement afflige, Monsieur, de la grande quantité de mendiants dont les rues de Paris et de Versailles sont remplies, nonobstant les mesures que j’ai ordonnées depuis plusieurs années à l’effet de faire cesser cette plaie. Demandez au lieutenant général de police et à l’intendant de Paris des mémoires tant sur l’établissement des atteliersde charité ouverts pour occuper les pauvres valides que sur les secours à fournir aux paroisses et aux hôpitaux pour les faire travailler, et pour facilitercn même temps l’admission des infirmes. Je veux savoir comment
2o6 LOUIS XVI ET SA COUR.
il est pourvu à l'entretien (le ces etablissements. La création de nouveaux impôts me répugne; où serait le bienfait pour le peuple s’il y trouvait une charge nouvelle? Il y aurait des mesures tout à la fois d’humanité et de rigueur à prendre pour, d’un côté, secourir la misère réelle, et détruire de l’autre la mendicité effrontée et paresseuse, source de crimes et de scandales. La hase de tout règlement devrait estre que tout mendiant se retirast dans le lieu de sa naissance, à moins qu’il ne prist un état qui pût le faire vivre sans aumosnes, la surveillance serait bien plus efficace et la répression plus sûre. Il ne faut pas non plus souffrir que les mendiants aillent quester et mendier dans l’intérieur des églises, ni aux portes des maisons, cela trouble le service divin, nuit au recueillement des fidcls et amène des vols. Ce point est très-important, n’y aïant rien qui fist plus d’honneur à une administration que l’extirpation de la mendicité. Aux valides le travail, aux invalides les hôpitaux, et les maisons de force à tous ceux qui résistent aux bienfaits de la loy. Tenez la main à l’exécution des règlements qui existent et recommenciez à Lenoir la sévérité. Si ces règlements son insuffisants , il faut que mon conseil y pourvoit et conipletter ce service par une ordonnance.
« Louis (1). »
(I) iN'ous devons à l’obligeance de M. I)entu la communication de cette pièce remarquable qui fait partie de sa Collection d’auto-