‹ Louis 16. et sa courChapitre 108 sur 193 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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suites (i). » Voilà à quels ressorts tenait le crédit d’un ministre ( 2 )! Montbarrey ne s’explique point, du reste, sur le secret de celte intrigue; mais il esta croire que la reine intervenait pour d’autres , avec l’ardeur qu’elle mettait à servir les intérêts de tout genre de ses dangereux amis.

Les autres ministres étaient entraînés de même par cette volonté impétueuse, et les plus réservés en faisaient confidence. Le marquis de Hou illé se trouvant à Berlin, y reçut commission de sonder, à son retour, la cour de France sur ses dispositions à l’égard de la Prusse et de la grande alliance dont Frédéric avait le projet. Il s’en ouvrit à M. de Vergennes : « Je représentai au ministre , dit Rouillé , les avantages qui résulteraient pour la France d’entrer dans la grande confédération que le roi de Prusse allait former... 11 en fut frappé et me dit avec un air pénétré : Croyez, monsieur, que je 11 e suis point le maître (3). » Vergennes cependant avait du

(1) Idem, t. II, p. 193-213.

(2) L'auteur s’est appuyé de préférence , pour tout ce qui concerne la reine, sur les témoignages les moins hasardés : madame Campa» , Montjoie , l’abbé Baudeau,etc. Soulavie, le duc de Lauzun, le comte de Tilly , ont été complètement écartés; la fatuité de I.auzun fait naître la plus juste déliance, et les accusations de Soulavie sc ressentent des maisons de Richelieu et d’Aiguillon , dont il était le commensal. Quant au comte de Tilly, qui, sous un air de bienveillance impartiale, incrimine encore la reine, ses affirmations manquent de preuves, et son caractère aurait besoin de caution.

(3) Mém. du marquis de Rouillé, in-8°, p. 33.

pouvoir sur Louis XVI; il l’avait doucement mis en garde contre sa femme et l’esprit autrichien. Mais là , comme sur le reste, le vouloir de la reine fut le plus fort. Louis XVI sesentait annihilé devant elle; avec l’instinct qu’il avait du danger d’être faible il n’alléguait pour excuse que sa faiblesse : « Son esprit, disait-il un jour à Maurepas , en s’accusant d’avoir faibli devant la reine , son esprit a un tel ascendant sur le mien, que je n’ai pu m’en défendre ( i ) . »

Et quel rôle, en effet, pouvait jouer Louis XVI près de cette fière et brillante femme? Il était sans force et sans prestige, n’ayant ni l’esprit ni les formes de cour, taciturne et pesant dans le commerce intime, avec de brusques accès d’humeur ( 2 ); aussi embarrassé de sa femme que de sa couronne , il n’avait avec la reine aucune conformité de nature ni d’éducation. Tandis qu’elle vivait au sein de sa société élégante, le roi partageait son temps entre la chasse et les travaux manuels, ou supputait patiemment le petit détail de ses dépenses particulières (3) ; s’il avait une aptitude marquée, c’était

(1) Mém. du prince. Monfbarrey, t. III, p. 201.

(2) Madame Campan et les plus bienveillants parmi les contemporains parlentde la rudesse, des brusqueries et de ce qu’on appelait à la cour les coups de boutoir du roi. « Sa démarche était lourde et sans noblesse , sa personne plus que négligée; ses cheveux , quel que fût le talent de son coiffeur, étaient promptement en désordre par le peu de soinqu’il mettaità sa tenue. {Mém. de madame Campan , p. 113.)

(3) Journal de Louis A/7 ; lie vue rétrosp ., t. V, passitn .

C fl A P ! T It K IV.

aux occupations d'artisan; s’il lui arrivait de respirera l’aise, c’est lorsqu'il en avait fini avec le conseil et pouvait gagner le petit escalier qui conduisait à sa forge. Il y trouvait son compagnon de travail, le serrurier Garni n, dont il subissait les familiarités. Louis XVI aimait à transporter lui-même dans les combles du palais, oii il travaillait, son enclume et ses lourds ustensiles. Il soumettait sa constitution robuste à toutes ces opérations, et comme en lui tout tendait à descendre, son plus grand amour-propre était peut-être d’y exceller.

Mais ces mœurs d’artisan, dans la vie d’un roi, n'étaient pas faites pour relever une royauté compromise. Du moins Louis XV, en déshonorant la monarchie (r\ était resté roi dans la représentation. Son successeur

(1) « Les manières de Louis XV, dit madame Campan, ne sc ressentaient nullement de ses sentiments et de ses goûts. Sa démarche était aisée et noble ; il portait sa tête avec beaucoup de dignité, sou regard, sans être sévère, était imposant. Il joignait à une attitude vraiment royale une grande politesse. »

Madame Campan dit, en parlant de Louis XVI : « Sss mains noircies par le travail furent plusieurs fois , en ma présence , un sujet de représentations et meme de reproches assez graves de la part de la reine. » ( Mém. de madame Campan, p. 114.)

Nous pourrions ajouter à ces petits faits mille particularités que nous avons été à même de recueillir de la bouche des contemporains. Louis XVI, à la chapelle, chantait d’une voix si fausse et si retentissante que les courtisans ne cessaient de rire durant l’office. On dit encore qu’il ne se piquait pas d’observer, dans la chambre royale, lors des entrées, les plus simples prescriptions de la bienséance.

ternissait l’apparence , cette dernière fleur qui restait encore. Les traces qu’il gardait de ses occupations grossières, ses postures et scs formes pesantes , jusqu’à son énorme appétit , étaient un texte de moquerie pour la jeune cour ; on riait de lui tout haut dans le cercle intime de la reine; et c’était pour cette Vénus le compliment ordinaire que d’appeler le roi son Vulcain (i). Louis XVI en s’abandonnant avec cette insouciance à sa pente naturelle, manquait à ses intérêts d’époux, comme il manquait à sa position. Pauvre roi qui mettait son énergie dans ses mains, à l’heure ou la puissance appartenait aux idées , et qui savait si mal le prix du temps qu’il dérobait à sa fonction. Louis XIII pouvait élever des faucons , et pour le reste se reposer sur Richelieu; mais pendant que Louis XVI s’efforcait sur son enclume, l’État croulait derrière lui. 11 n’était ce-

(1) Le duc de Lauzun, qu’il ne faut citer qu’avec défiance , rapporte qu’il engageait la reine à témoigner au roi plus de considération. — Le baron de Besenval, l’un des intimes du cercle de la reine , se permet plus d’une fois dans ses Mémoires des insinuations malveillantes pour Louis XVI. « La troisième lettre de Pezay fut «* plus heureuse , dit-il : il est vrai qu’il prit le roi par un endroit sen- « sible ; il commença par lui dire du mal de plusieurs personnes. » (T. I, p. 158. )

Madame Gimpan rapporte une facétie du roi , qui donnerait une triste idée du goût de ce prince. La comtesse Diane de Polignac manifestait, comme toutes les femmes , de l’enthousiasme pour le sage de l'Amérique. Louis XVI fit peindre à Sèvres le médaillon de Franklin au fond d’un vase de nuit , et envoya ce singulier présent à la comtesse. ( Mém ., p. 177. )

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